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"On joue avec le feu" : pourquoi le moteur de l’économie automobile menace de caler

Dans Flottes auto / Mobilité pro

Lionel Bret

Longtemps perçues comme la locomotive infatigable du marché automobile français, les flottes d’entreprises traversent une zone de turbulences inédite. Pris en étau entre une fiscalité de plus en plus coercitive et une envolée spectaculaire des coûts des véhicules, le marché B2B se porte plus mal que celui des particuliers. Un risque pour la transition énergétique, le secteur automobile et les recettes fiscales de l’État.

"On joue avec le feu" : pourquoi le moteur de l’économie automobile menace de caler
La mauvaise santé du marché des flottes fait craindre un effet domino pour l'ensemble du secteur automobile ©imageBROKER/Jochen Tack/Newscom/MaxPPP

Selon les dernières données sectorielles à fin mai 2026, la part des professionnels sur le marché des véhicules neufs s’effrite inexorablement. Depuis le début de l’année le marché B2B ne pèse plus que 33,8 % des immatriculations de véhicules neufs.

Le repli des professionnels s’inscrit à contre-courant de la dynamique observée chez les particuliers. Portées par un effet de rattrapage et stimulées par des aides ciblées (leasing social, déploiement de la LOA et de la LLD), les acquisitions des ménages ont bondi de 15 % (57 070 unités, soit 44 % de part de marché) en mai. Depuis le début de l’année le marché des particuliers progresse même de + 5,67 % (315 653 unités) alors que celui des entreprises affiche une tendance inverse (-5,87 %, 274 952 VP/VUL).

Le sursaut des ménages et le décrochage des professionnels

Ces mauvais chiffres du B2B sont surtout dus à la chute des véhicules particuliers (-8,02 %) tandis que les véhicules utilitaires légers (VUL) fléchissent plus légèrement (-2,41 %). Et cela n’est pas nouveau. Dés 2025, le secteur professionnel avait tiré la sonnette d’alarme en bouclant l’année sur un repli de -8,64 % (723 640 unités) et même -10 % sur le seul segment des VP. Un bilan bien plus mauvais que celui du marché national (-5,14 %).

Pris en étau par l’accélération de la pression des pouvoirs publics français et européens pour le verdissement des parcs, le monde professionnel a choisi la prudence. Le durcissement des malus écologiques et la fonte des avantages fiscaux accordés aux véhicules hybrides rechargeables (PHEV, en chute de -17,75 % à fin mai) compliquent l’équation. À l’instabilité réglementaire, s’ajoute la hausse des prix des voitures neuves (+ 29 % depuis 2019), renchérissant d’autant le coût des loyers financiers. Une situation qui pousse les directeurs financiers à prolonger leurs contrats de LLD actuels de six ou douze mois plutôt que de s’engager sur de nouveaux modèles.

Entreprises : la tentation du désengagement

« Plus de complexité, moins de visibilité et des hausses de coûts, cela fait un contexte qui est peu favorable à une reprise et une accélération des volumes commandés par les entreprises », décrypte Régis Masera, directeur de l’Arval Mobility Observatory.

Seul le segment de la motorisation 100 % électrique tire son épingle du jeu réglementaire, (+ 70,49 % à fin mai, 81 367 unités) pour atteindre 29,59 % de part de marché des flottes (et même 39,55 % sur le seul segment des VP). À l’inverse, l’essence s’effondre de -36,88 % et le diesel recule de -13,44 %, bien qu’il maintienne sa domination sur les utilitaires (70,65 % de PDM). La bonne dynamique des modèles à batterie ne permet pas de compenser la baisse des volumes et à tirer le marché hors de l'eau.

Pour Régis Masera, « on joue avec le feu ». Le désengagement des entreprises dépasse le simple fléchissement conjoncturel. Rappelant que les crises passées (pénuries de puces, flux de stocks) n’avaient jamais impacté le volume global des flottes sur les dix dernières années, le Directeur de l’Arval Mobility Observatory s’inquiète de la rupture amorcée en 2025 et confirmée en 2026.

Les entreprises achètent historiquement une voiture neuve sur deux en France. Si elles se désengagent directement de la mobilité pour revenir à l’ancien système des indemnités kilométriques (IK), cela entraînera des répercussions sur l’ensemble du secteur automobile.

Les conséquences sur l’économie

Les flottes d’entreprises alimentent 75 % des rotations du marché du véhicule d’occasion (VO). En prolongeant leurs contrats, les entreprises réduisent les restitutions. À terme, la mise sur le marché de VO récent va se raréfier. Avec un effet d’inflation tarifaire. Un cercle vicieux qui va pénaliser les ménages qui se portent de plus en plus vers de très anciens modèles (plus de 15 ans). Avec un impact négatif sur la décarbonation du parc automobile.

L’atonie du marché aura également une répercussion sur les recettes fiscales. « Par tranche de 100 000 voitures en moins, c’est 600 millions d’euros de TVA en moins pour les caisses de l’État », prévient Régis Masera. Or, le marché français accuse déjà un déficit de 400 000 véhicules par rapport à l’année de référence 2019. L’électrification des parcs risque même d’accentuer cette baisse avec une moindre perception des taxes sur les carburants.

Face à une transition à marche forcée et les coûts de véhicules prohibitifs, le modèle automobile français vacille sur ses bases. En voulant verdir trop vite et sans visibilité, les pouvoirs publics risquent de briser la dynamique des flottes, la véritable locomotive du marché français.

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