Bruce McLaren, l’homme derrière la légende : un documentaire loin d’être ordinaire
Fauché en pleine gloire à seulement 32 ans, le pilote et constructeur néo-zélandais, étoile filante du sport auto revit dans un excellent doc sur Prime Video. le cinéaste Roger Donaldson s’est penché sur la vie de cet homme pressé pour livrer un portrait complet de l’hyperactif qui avait une jambe plus courte que l’autre.

C’est l’histoire diablement bien racontée d’un diable d’homme. Certes, le documentaire McLaren, l’homme derrière la légende date de 2017, mais il est désormais disponible sur Prime, et, malgré son titre d’une affligeante ringardise, il mérite vraiment que l’on y sacrifie 1h32.
L’un des atouts de ce film, c’est son réalisateur, qui signait là sa dernière œuvre à ce jour, et son premier doc. Car Roger Donaldson est un cinéaste de longs-métrages qui, s’il n’est pas un génie à la hauteur de Chaplin ou Orson Welles, sait néanmoins raconter une histoire, ce qui manque souvent cruellement dans l’univers du doc.
Un handicap qui donne des ailes ?
Néo-zélandais comme le pilote-concepteur-créateur d’entreprise, Donaldson raconte la vie de cet homme pressé. Celui qui avait une jambe plus courte que l’autre, suite à une maladie osseuse contractée dès le berceau, a passé plusieurs années de sa jeune vie, allongé, immobilisé et entravé.
Est-ce ce handicap qui l’a poussé à courir dès que ses liens ont été défaits ? Car il ne s’est plus jamais arrêté. Quittant la Nouvelle-Zélande sous les ailes de son mentor Jack Brabham, il file en Europe vers la F2, puis la Formule 1 chez Cooper. Il va vite et, à 22 ans devient le plus jeune vainqueur d’un grand prix en 1959.
Mais il veut que son nom apparaisse sur sa voiture en grand, et pas seulement le long du cockpit, avec son rhésus sanguin. Il veut concevoir ses propres machines et gagner avec son auto à lui.
Il va le faire, en CanAm, en F1, avec des hauts et des bas. Pour développer ses autos et renflouer son écurie, il va faire des piges ailleurs, notamment chez Ford, pour qui il gagnera, excusez du peu, les 24h du Mans, sur une GT40 en 1966.

L’homme pressé enchaîne les courses pour lui et pour les autres, entre les États-Unis et l’Europe. Il installe ses ateliers près de l’aéroport de Heathrow à Londres, en jetlag permanent.
Donaldson nous entraîne dans son sillage avec des images d’archives impressionnantes et quelques reconstitutions qui trouvent parfaitement leur place. Mais le réalisateur de comédies (Cocktail) et de films de science-fiction (La Mutante) maîtrise aussi l’art de l’interview, et évite les sempiternels commentaires solennels en voix off.
Ils sont ici livrés par les proches de Bruce McLaren, et nombre d’entre eux ne sont aujourd’hui plus de ce monde. Mais c’est la voix du pilote lui-même qui reste la plus frappante, et pas seulement au travers des interviews qu’il a pu donner.
Car le bouillonnant Néo-Zélandais avait pris l’habitude d’enregistrer ce qu’on appelle aujourd’hui des « vocaux ». Il gravait sur des bandes magnétiques des messages adressés à ses parents restés en Nouvelle-Zélande, avant de leur expédier.
Maudit Goodwood
Mais c’est par téléphone, en pleine nuit, à l’autre bout du monde, qu’ils ont appris la nouvelle de l’accident, ce 2 juin 1970. C’était l’heure du déjeuner sur le circuit de Goodwood, mais Bruce McLaren, qui avait passé la matinée à tester sa nouvelle CanAm, voulait faire un dernier tour de piste pour valider un réglage sur son aileron. Mais il y avait ce foutu poste des commissaires, au bord de la ligne droite.
Il devait pourtant être démoli, il ne l’a pas été à temps. L’aileron de la voiture du pilote s’est sans doute détaché et il a quitté la piste à 280 km/h pour s’encastrer dans le poste. Il avait 32 ans.
Mais McLaren a survécu à McLaren, est devenu l’une des plus grandes écuries de F1 de la planète et a développé son activité de production de série, tant voulue par son créateur. D’autres bons génies se sont penchés sur ses autos, ils s’appellent Ron Dennis et Gordon Murray. Mais c’est une autre histoire.




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