Ce pionnier des monospaces délivre encore un agrément inattendu
Avant l’Espace, il y a eu le Chrysler Voyager qui, en version V6, se signale par une grande douceur mécanique. Mieux encore, son habitacle immense se double d'une ambiance inimitablement américaine ! Si on veut embarquer sa famille nombreuse dans un youngtimer original, il n’y a pas mieux.

Non, la Renault Espace n’a pas inventé le genre du monospace, appellation certes apparue bien après sa commercialisation, en 1984. Auparavant, il y avait eu la Fiat 600 Multipla en 1956, qui a connu un certain succès sans toutefois être copiée, puis, bien plus tard, en 1983, le Mitsubishi Space Wagon et le Dodge Caravan, qui, lui, a popularisé le genre. Aux USA, les vans aménagés et transformés en véhicules routiers avaient du succès depuis le VW Combi, mais demeuraient des utilitaires par leurs prestations dynamiques, car il s'agissait d'abord d'utilitaires.

Au début des années 70, chez Chrysler, on s’est mis à réfléchir à un véhicule faisant le lien entre ces vans et les automobiles. Pour la petite histoire, à l’époque, la marque au Pentastar possédait Simca, alliée à Matra, dont des membres ont vu les travaux préliminaires sur un véhicule familial surélevé : de là est sûrement née l’idée de l’Espace.
En attendant, Chrysler embauche Lee Iacocca, ancien numéro 2 de Ford, qui, enthousiaste, pousse le projet du futur Voyager en 1978. Il faut dire qu'avec l'ingénieur Hal Sperlich, venu comme lui de chez l'ovale bleu, il avait déjà envisagé ce genre de véhicule. Après de longues hésitations (le marché est inédit donc risqué), on opte pour un design rassurant, rejetant des propositions de carrosserie monocorps jugées trop radicales.

On le développe sur le châssis des futures K-cars, ces modèles de crise dotés d’une plate-forme moderne dotée d’une mécanique en position transversale avant lancées avec succès en 1981. Le tout apparaît fin 1983, et se voit commercialisé sous deux marques du groupe Chrysler : Dodge (le Caravan) et Plymouth (le Voyager). Le succès est immédiat : Dès 1984, les ventes frôlent les 200 000 unités, signe que le marché attendait ce genre de voiture compacte, très spacieuse, économique et confortable.

La Renault Espace se vendant bien en France, où la Nissan Prairie est aussi appréciée, les dirigeants de Chrysler se disent que leur familiale y trouverait son public. Le nom Chrysler étant bien plus connu que Dodge ou Plymouth en Europe, c’est lui qui est retenu, et c’est ainsi que le Chrysler Voyager, appellation inconnue aux USA, débarque chez nous dès la rentrée 1988. Il s’agit en réalité du Dodge, tout juste restylé, recevant de nouveaux projecteurs, étrangement engoncés dans leur cadre pour l’Europe, alors qu’ils sont affleurants aux USA. Allez comprendre.

Il est proposé en France avec deux moteurs, le 2,5 l de 102 ch et le V6 3,0 l (d’origine Mitsubishi) en 141 ch. Trois finitions sont au programme, SE et SE Luxe (en 2,5 l) ainsi LE (en V6), cette dernière incluant les 7 places, la clim, le régulateur de vitesse, le siège conducteur électrique, la radio K7 et la boîte auto à 3 vitesses. Belle dotation ! Les prix sont compétitifs : de 118 000 F à 170 600 F (48 200 € actuels selon l'Insee), contre 146 700 F à un Espace 2000 TSE sans clim ni boîte auto et en 5 places.

L’américain étant bien garanti (7 ans anticorrosion et 3 ans ou 110 000 km pour le moteur) et diffusé par l’efficace réseau Sonauto (important également Porsche et Seat), il connaît son petit succès chez nous. Près de 1 350 sont vendus en 1989, ce, même si le V6 est handicapé par sa grosse vignette. Par la suite, ce Voyager, établi sur la plateforme S (avec un essieu arrière rigide allié à des ressorts à lames), recevra une nouvelle boîte auto à 4 rapports et gestion électronique début 1990, puis n’évoluera plus guère jusqu’à l’arrivée de son remplaçant, en fait une évolution profonde, en 1991.

Combien ça coûte ?
L’engin est bien rare en France, vu son âge. Comptez de 6 000 € à 7 000 € pour un exemplaire en très bon état, suivant qu’il s’agit d’un 2,5 l ou d’un V6.

Quelle version choisir ?
La vignette n’étant plus d’actualité, autant prendre le V6, bien plus agréable à l’usage et pas tellement plus gourmand sur route et autoroute.

Les versions collector
Plutôt le V6, surtout avec l’intérieur en velours rouge, tellement US et dépaysant.
Que surveiller ?

Les voitures du groupe Chrysler ont souvent été problématiques du point de vue de la fiabilité. Mais ce Voyager a bénéficié d’une conception soignée, qui se traduit par une excellente fiabilité mécanique. De nombreux exemplaires ont enchaîné les centaines de milliers de kilomètres sans panne majeure, moyennant un entretien simple mais à respecter. Le 2,5 l a besoin d’un changement périodique de courroie de distribution, tandis que le V6 profite d’une chaîne sans maintenance avant un fort kilométrage.
Les transmissions sont sans ennuis particulier, mais la boîte auto demande des vidanges régulières (tous les 25 000 km maxi) avec une huile précise (Mopar ATF 4) pour demeurer solide. Autour du moteur, les accessoires ne sont pas éternels (alternateur, compresseur de clim) donc assurez-vous que tout fonctionne. Dans l’habitacle, le vieillissement se révèle étonnamment bon, mais il s’agit des véhicules dépassant les trente ans, donc les petits dysfonctionnements électriques sont fréquents, alors que le ciel de toit peut s’avachir. En réalité, le vrai problème sera de sourcer les pièces détachées en France (c’est bien plus facile aux USA où ce minivan a été écoulé à des millions d’unités) et de trouver un mécano qui entretiendra le Voyager.

Sur la route
Compact en son temps, le Voyager l’est encore plus aujourd’hui, les modernes étant surdimensionnées. Sa calandre imposante donne le ton : embarquement pour les US. A l’intérieur, on est impressionné par le volume, alors que la finition semble bien plus solide que dans un Espace contemporain.

La modularité, en revanche, demeure en retrait : banquette centrale en rabattable en deux parties, la 3e coulisse, et s’il n’y a pas de boîte à gants, on trouve un rangement fermé sous le siège avant droit. Au volant (réglable), on profite d’une position de conduite agréable, l’ambiance rappelant plus un break surélevé qu’un monospace. Très souple et onctueux, le moteur V6 s’allie à une boîte douce et un peu lente pour former un ensemble homogène.

Ça se conduit en douceur, et délivre de bonnes performances, le tout en silence, la transmission tirant très, très long : à 130 km/h, le moteur tourne à moins de 2 000 tr/min ! La tenue de route saine constitue une bonne surprise, d’autant que la suspension apparaît souple sans engendrer de mouvement de caisse excessif. A l’avant, elle est très confortable, moins à l’arrière, mais là encore, l’ensemble est homogène. Même le freinage se révèle encore convenable ! La consommation aussi, s’établissant à environ 10 l/100 km en moyenne. On s’attendait à pire.
L’alternative youngtimer
Chrysler Voyager III (1995 – 2000)

Bien plus grand que les Voyager 1 et 2, le 3e arbore une carrosserie charismatique (pour un monospace), fluide, très moderne et disponible en deux tailles (jusqu’à 5,07 m de long !). Pourtant, la plate-forme n’évolue que peu, et l’essieu arrière rigide suspendu par des lames demeure ! Immense à l’intérieur, l’américain peut compter sur une gamme très complète, comptant quatre moteurs à essence, dont deux V6 (un 3,3 l de 158 ch et un 3,8 l de 166 ch).
Un 2,5 l turbo-diesel VM est aussi au programme (115 ch), et le gros V6 s’accouple même à une transmission intégrale. Quatre niveaux de finition figurent au catalogue en France, où il constitue le fer de lance de Chrysler et se vend très correctement, alors que dans le monde, il est de loin le monospace qui a le plus de succès. Le Voyager III est retiré en 2000. A partir de 3 000 € en très bon état.
Chrysler Voyager V6 (1990), la fiche technique
- Moteur : 6 cylindres en V, 2 972 cm3
- Alimentation : injection
- Suspension : jambes McPherson, ressorts hélicoïdaux, triangles, amortisseurs, barre antiroulis (AV) ; essieu rigide, ressorts à lames, amortisseurs, barre Panhard, barre antiroulis (AR)
- Transmission : boîte 4 automatique, roues avant motrices
- Puissance : 141 ch à 5 000 tr/min
- Couple : 231 Nm à 2 800 tr/min
- Poids : 1 518 kg
- Vitesse maxi : 177 km/h (donnée constructeur)
- 0 à 100 km/h : 9,8 s (donnée constructeur)
> Pour trouver des annonces de Chrysler Voyager, rendez-vous sur le site de La Centrale.




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