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Ce pionnier des monospaces délivre encore un agrément inattendu

Dans Rétro / Youngtimer

Stéphane Schlesinger

Avant l’Espace, il y a eu le Chrysler Voyager qui, en version V6, se signale par une grande douceur mécanique. Mieux encore, son habitacle immense se double d'une ambiance inimitablement américaine ! Si on veut embarquer sa famille nombreuse dans un youngtimer original, il n’y a pas mieux.

Ce pionnier des monospaces délivre encore un agrément inattendu

Non, la Renault Espace n’a pas inventé le genre du monospace, appellation certes apparue bien après sa commercialisation, en 1984. Auparavant, il y avait eu la Fiat 600 Multipla en 1956, qui a connu un certain succès sans toutefois être copiée, puis, bien plus tard, en 1983, le Mitsubishi Space Wagon et le Dodge Caravan, qui, lui, a popularisé le genre. Aux USA, les vans aménagés et transformés en véhicules routiers avaient du succès depuis le VW Combi, mais demeuraient des utilitaires par leurs prestations dynamiques, car il s'agissait d'abord d'utilitaires.

Fin 1983, le Dodge Caravan est dévoilé, qui incarne le premier monospace moderne, même si ce terme n'existe alors pas. Notez les doubles projecteurs superposés.
Fin 1983, le Dodge Caravan est dévoilé, qui incarne le premier monospace moderne, même si ce terme n'existe alors pas. Notez les doubles projecteurs superposés.

Au début des années 70, chez Chrysler, on s’est mis à réfléchir à un véhicule faisant le lien entre ces vans et les automobiles. Pour la petite histoire, à l’époque, la marque au Pentastar possédait Simca, alliée à Matra, dont des membres ont vu les travaux préliminaires sur un véhicule familial surélevé : de là est sûrement née l’idée de l’Espace.

En attendant, Chrysler embauche Lee Iacocca, ancien numéro 2 de Ford, qui, enthousiaste, pousse le projet du futur Voyager en 1978. Il faut dire qu'avec l'ingénieur Hal Sperlich, venu comme lui de chez l'ovale bleu, il avait déjà envisagé ce genre de véhicule. Après de longues hésitations (le marché est inédit donc risqué), on opte pour un design rassurant, rejetant des propositions de carrosserie monocorps jugées trop radicales.

Particularité du Dodge Caravan, une porte coulissante côté droit, dont l'ouverture a été soigneusement étudiée.
Particularité du Dodge Caravan, une porte coulissante côté droit, dont l'ouverture a été soigneusement étudiée.

On le développe sur le châssis des futures K-cars, ces modèles de crise dotés d’une plate-forme moderne dotée d’une mécanique en position transversale avant lancées avec succès en 1981. Le tout apparaît fin 1983, et se voit commercialisé sous deux marques du groupe Chrysler : Dodge (le Caravan) et Plymouth (le Voyager). Le succès est immédiat : Dès 1984, les ventes frôlent les 200 000 unités, signe que le marché attendait ce genre de voiture compacte, très spacieuse, économique et confortable.

A l'arrière, le Dodge Caravan américain conserve des feux intégralement rouges, hormis la lampe de recul. L'aspect "woody", en faux bois, est très apprécié aux US. Il n'y pas d'ouvrant arrière gauche, hélas.
A l'arrière, le Dodge Caravan américain conserve des feux intégralement rouges, hormis la lampe de recul. L'aspect "woody", en faux bois, est très apprécié aux US. Il n'y pas d'ouvrant arrière gauche, hélas.

La Renault Espace se vendant bien en France, où la Nissan Prairie est aussi appréciée, les dirigeants de Chrysler se disent que leur familiale y trouverait son public. Le nom  Chrysler étant bien plus connu que Dodge ou Plymouth en Europe, c’est lui qui est retenu, et c’est ainsi que le Chrysler Voyager, appellation inconnue aux USA, débarque chez nous dès la rentrée 1988. Il s’agit en réalité du Dodge, tout juste restylé, recevant de nouveaux projecteurs, étrangement engoncés dans leur cadre pour l’Europe, alors qu’ils sont affleurants aux USA. Allez comprendre.

Pour 1988, le Dodge Caravan est légèrement restylé, adoptant de nouveaux projecteurs. C'est cette évolution qui sera importée en Europe sous l'appellation Chrysler Voyager.
Pour 1988, le Dodge Caravan est légèrement restylé, adoptant de nouveaux projecteurs. C'est cette évolution qui sera importée en Europe sous l'appellation Chrysler Voyager.

Il est proposé en France avec deux moteurs, le 2,5 l de 102 ch et le V6 3,0 l (d’origine Mitsubishi) en 141 ch. Trois finitions sont au programme, SE et SE Luxe (en 2,5 l) ainsi LE (en V6), cette dernière incluant les 7 places, la clim, le régulateur de vitesse, le siège conducteur électrique, la radio K7 et la boîte auto à 3 vitesses. Belle dotation ! Les prix sont compétitifs : de 118 000 F à 170 600 F (48 200 € actuels selon l'Insee), contre 146 700 F à un Espace 2000 TSE sans clim ni boîte auto et en 5 places.

En Europe, le Chrysler Voyager arrive fin 1988 et s'équipe d'un nouvel éclairage, normes oblige, mais ses projecteurs sont encastrés dans leur logement, alors qu'ils sont affleurants aux US. Bizarre.
En Europe, le Chrysler Voyager arrive fin 1988 et s'équipe d'un nouvel éclairage, normes oblige, mais ses projecteurs sont encastrés dans leur logement, alors qu'ils sont affleurants aux US. Bizarre.

L’américain étant bien garanti (7 ans anticorrosion et 3 ans ou 110 000 km pour le moteur) et diffusé par l’efficace réseau Sonauto (important également Porsche et Seat), il connaît son petit succès chez nous. Près de 1 350 sont vendus en 1989, ce, même si le V6 est handicapé par sa grosse vignette. Par la suite, ce Voyager, établi sur la plateforme S (avec un essieu arrière rigide allié à des ressorts à lames), recevra une nouvelle boîte auto à 4 rapports et gestion électronique début 1990, puis n’évoluera plus guère jusqu’à l’arrivée de son remplaçant, en fait une évolution profonde, en 1991.

A l'arrière, le Chrysler Voyager bénéficie de feux adaptés à l'Europe, dotés de clignotants oranges.
A l'arrière, le Chrysler Voyager bénéficie de feux adaptés à l'Europe, dotés de clignotants oranges.

Combien ça coûte ?

L’engin est bien rare en France, vu son âge. Comptez de 6 000 € à 7 000 € pour un exemplaire en très bon état, suivant qu’il s’agit d’un 2,5 l ou d’un V6.

Le Voyager existe en 7 places. Les sièges ne sont pas indépendants, mais ils se rabattent, peuvent former un lit et la banquette du fond coulisse.
Le Voyager existe en 7 places. Les sièges ne sont pas indépendants, mais ils se rabattent, peuvent former un lit et la banquette du fond coulisse.

 

Quelle version choisir ?

La vignette n’étant plus d’actualité, autant prendre le V6, bien plus agréable à l’usage et pas tellement plus gourmand sur route et autoroute.

En finition LE, le Chrysler Voyager s'équipe de jantes en alliage léger et de rails de toit. Ici en 1989.
En finition LE, le Chrysler Voyager s'équipe de jantes en alliage léger et de rails de toit. Ici en 1989.

Les versions collector

Plutôt le V6, surtout avec l’intérieur en velours rouge, tellement US et dépaysant.

 

Que surveiller ?

D'une conception inhabituellement sérieuse chez Chrysler, le Voyager profite d'une excellente fiabilité. Les pièces sont peu courantes en Europe mais abondent aux USA. Le site rockauto.com se fait fort de les importer.
D'une conception inhabituellement sérieuse chez Chrysler, le Voyager profite d'une excellente fiabilité. Les pièces sont peu courantes en Europe mais abondent aux USA. Le site rockauto.com se fait fort de les importer.

Les voitures du groupe Chrysler ont souvent été problématiques du point de vue de la fiabilité. Mais ce Voyager a bénéficié d’une conception soignée, qui se traduit par une excellente fiabilité mécanique. De nombreux exemplaires ont enchaîné les centaines de milliers de kilomètres sans panne majeure, moyennant un entretien simple mais à respecter. Le 2,5 l a besoin d’un changement périodique de courroie de distribution, tandis que le V6 profite d’une chaîne sans maintenance avant un fort kilométrage.

Les transmissions sont sans ennuis particulier, mais la boîte auto demande des vidanges régulières (tous les 25 000 km maxi) avec une huile précise (Mopar ATF 4) pour demeurer solide. Autour du moteur, les accessoires ne sont pas éternels (alternateur, compresseur de clim) donc assurez-vous que tout fonctionne. Dans l’habitacle, le vieillissement se révèle étonnamment bon, mais il s’agit des véhicules dépassant les trente ans, donc les petits dysfonctionnements électriques sont fréquents, alors que le ciel de toit peut s’avachir. En réalité, le vrai problème sera de sourcer les pièces détachées en France (c’est bien plus facile aux USA où ce minivan a été écoulé à des millions d’unités) et de trouver un mécano qui entretiendra le Voyager.

Abouti, le Chrysler Voyager, ici un V6 de 1990 avec la calandre mate reçue cette année-là, régale par sa douceur de fonctionnement et son homogénéité.
Abouti, le Chrysler Voyager, ici un V6 de 1990 avec la calandre mate reçue cette année-là, régale par sa douceur de fonctionnement et son homogénéité.

Sur la route

Compact en son temps, le Voyager l’est encore plus aujourd’hui, les modernes étant surdimensionnées. Sa calandre imposante donne le ton : embarquement pour les US. A l’intérieur, on est impressionné par le volume, alors que la finition semble bien plus solide que dans un Espace contemporain.

Tableau plutôt classique dans le Chrysler Voyager V6. Le faux bois amuse, mais l'équipement très riche satisfait amplement.
Tableau plutôt classique dans le Chrysler Voyager V6. Le faux bois amuse, mais l'équipement très riche satisfait amplement.

La modularité, en revanche, demeure en retrait : banquette centrale en rabattable en deux parties, la 3e coulisse, et s’il n’y a pas de boîte à gants, on trouve un rangement fermé sous le siège avant droit. Au volant (réglable), on profite d’une position de conduite agréable, l’ambiance rappelant plus un break surélevé qu’un monospace. Très souple et onctueux, le moteur V6 s’allie à une boîte douce et un peu lente pour former un ensemble homogène.

Le coffre du Voyager peut accueillir jusqu'à 3 250 l de chargement quand on a retiré les banquettes : immense !
Le coffre du Voyager peut accueillir jusqu'à 3 250 l de chargement quand on a retiré les banquettes : immense !

Ça se conduit en douceur, et délivre de bonnes performances, le tout en silence, la transmission tirant très, très long : à 130 km/h, le moteur tourne à moins de 2 000 tr/min ! La tenue de route saine constitue une bonne surprise, d’autant que la suspension apparaît souple sans engendrer de mouvement de caisse excessif. A l’avant, elle est très confortable, moins à l’arrière, mais là encore, l’ensemble est homogène. Même le freinage se révèle encore convenable ! La consommation aussi, s’établissant à environ 10 l/100 km en moyenne. On s’attendait à pire.

 

L’alternative youngtimer

Chrysler Voyager III (1995 – 2000)

Le Chrysler Voyager de 3e génération apparaît bien plus modernen que ses devanciers et reçoit une porte coulissante gauche. Mais sa technique demeure proche. Ici en 1995
Le Chrysler Voyager de 3e génération apparaît bien plus modernen que ses devanciers et reçoit une porte coulissante gauche. Mais sa technique demeure proche. Ici en 1995

Bien plus grand que les Voyager 1 et 2, le 3e arbore une carrosserie charismatique (pour un monospace), fluide, très moderne et disponible en deux tailles (jusqu’à 5,07 m de long !). Pourtant, la plate-forme n’évolue que peu, et l’essieu arrière rigide suspendu par des lames demeure ! Immense à l’intérieur, l’américain peut compter sur une gamme très complète, comptant quatre moteurs à essence, dont deux V6 (un 3,3 l de 158 ch et un 3,8 l de 166 ch).

Un 2,5 l turbo-diesel VM est aussi au programme (115 ch), et le gros V6 s’accouple même à une transmission intégrale. Quatre niveaux de finition figurent au catalogue en France, où il constitue le fer de lance de Chrysler et se vend très correctement, alors que dans le monde, il est de loin le monospace qui a le plus de succès. Le Voyager III est retiré en 2000. A partir de 3 000 € en très bon état.

Chrysler Voyager V6 (1990), la fiche technique

  • Moteur : 6 cylindres en V, 2 972 cm3
  • Alimentation : injection
  • Suspension : jambes McPherson, ressorts hélicoïdaux, triangles, amortisseurs, barre antiroulis (AV) ; essieu rigide, ressorts à lames, amortisseurs, barre Panhard, barre antiroulis (AR)
  • Transmission : boîte 4 automatique, roues avant motrices
  • Puissance : 141 ch à 5 000 tr/min
  • Couple : 231 Nm à 2 800 tr/min
  • Poids : 1 518 kg
  • Vitesse maxi : 177 km/h (donnée constructeur)
  • 0 à 100 km/h : 9,8 s (donnée constructeur)

> Pour trouver des annonces de Chrysler Voyager, rendez-vous sur le site de La Centrale.

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