Look Pininfarina, gros diesel à l’ancienne, ces deux grandes voyageuses vous étonneront
Mues par des 2,5 l turbo-diesel, les Alfa Romeo 164 TD Super et Peugeot 605 2.5 TD sont encore performantes. Spacieuses et confortables, elles conviennent parfaitement à un usage familial, et leur mécanique ne comporte pas ou peu d’électronique. Le tour pour une somme modique… Mais laquelle choisir ?

Dans les années 90, avant l’ère des monospaces et surtout des SUV, les grandes berlines se vendaient encore assez bien, car les familles nombreuses les prisaient. Celles-ci faisaient passer l’espace et le confort avant le luxe, de sorte que les constructeurs généralistes proposaient ce genre d’auto, en plus des premiums. On en trouvait à des prix presque accessibles, comme l’Alfa Romeo 164 et la Peugeot 605.
Toutes deux issues de projets stylistiques dus à Pininfarina, elles se ressemblent beaucoup visuellement, mais aussi techniquement. Ces deux vaisseaux-amiraux sont ainsi des tractions, et ils s’équipent de diesels puissants, des 2,5 l leur permettant de passer les 200 km/h. A l’époque, c’était valorisé ! Aujourd’hui, ces longues berlines sont âgées, mais on en trouve encore en bel état, et leur mécanique, presque totalement dépourvue d’électronique, reste accessible à de vrais mécanos. Quel est le meilleur choix, dès 3 500 € ?
Les forces en présence

Alfa Romeo 164 TD Super (1992-1998), berline 4 portes, 5 places, 4 cylindres, 2,5 l turbo-diesel, 125 ch, 1 510 kg, 202 km/h à partir de 4 000 €

Peugeot 605 2.5 TD (1994-1999), berline 4 portes, 5 places, 4 cylindres, 2,5 l turbo-diesel, 130 ch, 1 570 kg, 201 km/h, à partir de 3 500 €
Présentation : des destins contrariés

A la fin des années 70, le groupe Fiat et Saab s’allient pour développer des hauts de gamme à la plate-forme commune. L’Etat italien propriétaire de l’IRI possédant Alfa Romeo fait pression pour accéder à cette base. Pourquoi ? Pour offrir à la marque milanaise un vaisseau-amiral à moindre frais : les caisses sont vides. Pininfarina est invité à l’élaboration du design, et dès le salon de Francfort 1987 : la 164 est présentée.

Elle séduit par sa beauté, mais les puristes regrettent qu’il s’agisse d’une traction. Surtout qu’à l’avant, À l’avant, le capot plongeant oblige les ingénieurs à incliner les jambes de force, ce qui nuit à la motricité, très critiquée les versions puissantes. Cela ne concerne pas la turbo-diesel, annoncée en 1987 comme les autres 164, mais commercialisée en 1989. Elle bénéficie d’un 2,5 l à 4 culasses séparées et doté d’un arbre à cames latéral entraîné par une cascade de pignons. Conçu par VM Motori, collaborant avec Alfa depuis l’Alfetta turbo-diesel de 1979, ce 4-cylindres produit 117 ch pour un couple de 258 Nm.

Comme la 164 est aérodynamique (Cx de 0.30), elle peut, selon Alfa, pointer à 200 km/h. C’est, sur le papier, le diesel le plus rapide d’Europe, la Mercedes 300 Turbo-Diesel de 143 ch n’y étant pas commercialisée. Fin 1992, la 164 se dédouble, ses variantes supérieures, légèrement restylées, adoptant le suffixe Super.
A cette occasion, le diesel passe à 125 ch, mais les performances n’augmentent pas des masses car le surcroît de confort et d’insonorisation entraine un surpoids. Il faut dire que la Super embarque d’emblée la clim auto, l’ABS, les jantes en alliage, les sièges chauffants ou encore l’alarme. Ceci se paie relativement cher : 195 000 F en 1993 (49 500 € actuels selon l'Insee). En 1994, la version de base devient Super (avec les gros boucliers), et l’autre variante devient Super L, avec un gros équipement. En 1997, la Super de base gagne l’airbag et la clim de série, entrainant la disparition de la L, alors qu’en 1998, la 166 remplace la 164, produite à 45 602 unités en diesel.

Peugeot et le haut de gamme, ça n’est pas une success-story. Le constructeur sochalien est très près de ses sous, ce qui est judicieux pour concevoir et vendre des autos moyennes, mais pose problème pour le haut de gamme. Exemple avec la 604, une bonne auto mais insuffisamment développée, faut d'un budget suffisant, et assez mal vendue. Pour sa remplaçante, la 605, le lion dépense nettement plus d’argent, comptant rentabiliser une partie des investissements en partageant sa plate-forme avec la Citroën XM.

Mais la 605 bénéficie de trains roulants spécifiques, notamment un superbe essieu arrière à doubles triangles et correction active de pincement. Pour la ligne, les designers maison, emmenés par Gérard Welter, sont mis en concurrence avec ceux de Pininfarina, qui raflent la mise en 1985. Les mêmes qui œuvrent alors sur la 164… Alors pour éviter toute ressemblance excessive, les Français travaillent d’arrache-pied, et quand la 605 sort en septembre 1989, elle est critiquée pour ressembler trop… à la 405. Cela dit, elle entame joliment sa carrière, avant en 1992 de créer le scandale : Peugeot les rappelle toutes car leur fiabilité est désastreuse.

La faute, apparemment à des économies de bouts de chandelle décidées juste avant la commercialisation. Le mal est fait, la carrière de la 605 est ruinée. Le restylage de 1994 corrige pourtant tous les défauts, et surtout apporte un nouveau diesel, un 2,5 l turbo développant 130 ch. La 605 2.5 TD passe les 200 km/h ! Elle est proposée en deux finitions, SR (ABS de série à 198 000 F, 49 400 € actuels selon l'Insee) et SV (clim auto et sono en sus, à 243 400 F - 60 750 € selon l'Insee). Peugeot tape dur sur les prix ! Par la suite, le constructeur va revoir sa copie. En juillet 1997, la SR devient Executive, gagnant au passage le double airbag, la sono et la clim auto, alors que la SV s’enrichit notamment du régulateur de vitesse. En mai 1999, la 605 disparaît, produite à 254 500 unités.
Fiabilité/entretien : une Alfa théoriquement plus simple

Mécaniquement, l’Alfa 164 récupère un bloc éprouvé, et très solide si on l’entretien correctement et si on l’utilise comme un diesel, non un bloc de course. On surveillera bien le refroidissement, sinon les culasses en souffriront, mais on apprécie qu’il n’y ait pas de chaîne de distribution à changer. Sainement conçue, la 164 ne pose pas énormément de soucis par ailleurs, si ce n’est des fuites aux cardans (mais on a une jauge pour surveiller le niveau de la boîte). La suspension vieillit normalement, et l’habitacle, d’une qualité moyenne, vieillit pourtant bien. Evidemment, les pépins électriques sont toujours à craindre, mais rien de catastrophique. Reste le souci de trouver des pièces spécifiques.

Nouveau à sa sortie, le moteur de la 605 a posé quelques soucis de culasse jusqu’en 1996 : normalement, ils sont tous résolus. En revanche, il faut en changer la courroie de distribution avant 100 000 km, et c’est une opération fastidieuse car elle entraîne des arbres d’équilibrage. Cela dit, le bloc est très endurant, tout comme la boîte si elle est vidangée de temps à autres. La suspension ne pose pas tellement de soucis (heureusement, car sa réfection est pénible), mais gare à la pompe de direction assistée, qui peut fuir. Dans l’habitacle, à la qualité à peu près convenable, le vieillissement est correct, malgré un ciel de toit qui a tendance à s’avachir et des soucis de vitres électriques notamment. A noter que nos deux rivales sont bien protégées contre la rouille, même si, vu leur grand âge, elle peut attaquer leurs soubassements.
Avantage : Alfa Romeo. Plus simple à entretenir, la 164 gagne ici pour cette raison.

Vie à bord : largesses et austérité
Dans l’Alfa Romeo, on est d’abord impressionné par l’espace disponible, tant à l’avant qu’à l’arrière. On est au large ! Les sièges se révèlent accueillants, et la finition de la Super vaut bien mieux que ce que l’on en a dit, même si on n’est pas dans une BMW. On apprécie les nombreuses petites attentions, comme les accoudoirs centraux et les doubles lampes de lecture à l’arrière.
A l’avant, certes, le tableau de bord est d’un dessin très simple et un peu austère dans sa partie faisant face au passager droit, alors que certains plastiques deviennent collants avec l’âge. Mais la luminosité est importante et l’équipement plutôt important. Quant au coffre, il se révèle spacieux mais son seuil est trop haut et la banquette reste fixe.

Tout comme la 164, la 605 profite d’un habitacle vraiment spacieux, aussi bien à l’avant qu’à l’arrière (même si la garde au toit reste juste). La largeur semble même supérieure à celle de l’Alfa ! On ne trouve plus ce genre d’ambiance aérée dans les voitures modernes. Les sièges, très accueillants, garantissent un excellent confort.
En revanche, les petites attentions ne sont pas aussi nombreuses que dans l’Alfa, et en SR, l’équipement est pingre. Quant à la finition, elle vaut celle de l’italienne, mais pas plus. Le tableau de bord n’est pas plus avenant, plutôt moins même, son dessin demeurant vraiment banal. Quant au coffre, ici non plus, il n’est pas transformable mais le volume est important et surtout, le seuil plus bas que celui de l’Alfa. A environ 500 l, les volumes se valent.
Avantage : Peugeot. Pas mieux finie que la 164, la 605 gagne de peu grâce à son habitabilité encore meilleure et son coffre plus accessible.
Sur la route : des diesels qui déménagent

On est assis un peu haut dans l’Alfa 164 2.5 TD Super dont la console centrale fait fouillis. Au démarrage, le moteur vibre un peu trop, mais ensuite, il se calme, même s’il reste très présent. Surtout, il répond tout le temps. Performant dès les bas régimes, donc très souple, il pousse très gentiment et assure d’excellentes reprises, sur tous les rapports. Belle disponibilité !

Maniable, la boîte a aussi un étagement très long, ce dont le moteur s’accommode parfaitement, au bénéfice de l’insonorisation et de l’économie sur autoroute. La tenue de route ? Elle est très bonne, les trains roulants étant d’un guidage réussi, surtout à l’arrière, alors que la direction, précise et consistante, renvoie ce qu’il faut d’informations. La suspension manque parfois un peu de douceur, mais l’auto est plaisante sur long trajet, et son freinage reste relativement efficace.

Dans la 605 aussi, on est assis un peu trop haut, mais l’ergonomie semble plus claire que dans l’Alfa. Le moteur apparaît bien vite mieux isolé également. Plus silencieux en accélération, il fait preuve d’une disponibilité et d’une vigueur très comparables à celles de la 164, bien secondée lui aussi par une boîte à l’étagement judicieux.

Mais là où la Peugeot fait la différence, c’est par son comportement. Direction précise, train avant façon scalpel, arrière fidèle, la 605 n’a pas vraiment vieilli. Elle se laisse maltraiter comme une petite GTI et tient remarquablement la route. Etonnante ! La Peugeot freine encore correctement, mais pas mieux que l’Alfa, et se montre un peu moins bien insonorisée à vitesse stabilisée. Mais sa suspension filtre nettement mieux les inégalités.
Avantage : Peugeot. La 605 gagne grâce à son comportement hors pair et son confort supérieur à celui de la 164, les chronos restant similaires.
Budget : grandes et abordables

Devenue très rare, l’Alfa 164 2.5 TD réclame entre 4 000 € et 7 000 € suivant son état, ce qui compte plus que son kilométrage. Elle avale 7,2 l/100 km en moyenne. Pour sa part, la Peugeot varie entre 3 500 € et 6 000 € dans le meilleur des cas, mais consomme 8,0 l/100 km en moyenne

Avantage : égalité. Certes plus chère, l’Alfa 164 est aussi plus frugale que la 605, d’où ce match nul.
Verdict : la 605 gagne

Certes, elle n’a pas le charisme de la 164. Certes, sa maintenance est un peu moins simple. Certes, elle boit un peu plus que sa rivale. Mais la 605 impressionne toujours par son habitabilité, son confort et surtout son comportement routier exceptionnel pour son époque, et encore remarquable actuellement. Très fiable (si, si !) à condition d’avoir été bien entretenue, elle demeure une excellente routière surtout si sa clim fonctionne encore, alors que son réservoir de 80 l permet une autonomie de près de 1 000 km. Ou comment voyager loin et dans le confort sans se ruiner !

| Thème | Avantage |
| Fiabilité/entretien | Alfa Romeo |
| Vie à bord | Peugeot |
| Sur la route | Peugeot |
| Budget | Egalité |
| Verdict | Peugeot |
> Pour trouver des annonces d'Alfa Romeo et de Peugeot 605, rendez-vous sur le site de La Centrale.








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