Ma première voiture, une Citroën BX pourtant si moquée, restera à jamais gravée dans mon cœur
SÉRIE DE L’ÉTÉ. Toute l’année, nous, journalistes de Caradisiac jugeons les nouveautés selon une grille de notation précise, qui nous permet d’établir des avis les plus objectifs possible. Mais une voiture, c'est aussi - surtout - une question de coup de cœur, et on peut s’attacher à un modèle en dépit de ses défauts (look, image de marque…). Cette série d’été permet aux membres de la rédaction de déclarer leur flamme à la voiture de leur choix, en toute mauvaise foi si besoin. Et pour moi, ce sera à ma première voiture.

Les premières fois sont toujours marquantes, dans un sens ou dans l’autre. Mais on s’en souvient généralement toute sa vie. Et la première voiture fait partie de ces souvenirs qui jamais ne s’effacent. Demandez autour de vous : tout le monde se souvient de sa première voiture, le plus souvent avec les yeux emplis de nostalgie.
Je ne fais pas exception à la règle. Et pourtant, ma première voiture fut une auto diamétralement à l’opposé de ce que l’on imagine du premier carrosse d’un jeune conducteur. Point de Peugeot 205, de Renault Super 5 ou de Citroën AX. Point de Fiat Panda ou Uno, point d’antique Ford Fiesta ou Opel Corsa. Non pas qu’elles ne me faisaient pas envie, mais j’avais jeté mon dévolu sur une bonne « voiture de papy ». Son archétype en réalité : une Citroën BX ! Peut-être que Christian Clavier et Jean Réno dans "Opération Corned-beef" n'ont pas été complètement étranger au fait que je m'y intéresse, eux qui ont violenté durant 90 minutes une pauvre Bx "toute neuve" dans le film. En tout cas, je peux vous dire que je me suis suffisamment fait « railler » pour mon choix à l'époque, et je reste poli.

Une version « 15 TGE » restylée, de 1989 et 89 000 km, dotée de son moteur 1.6 à carburateur (oui je me suis battu avec le starter manuel), développant la cavalerie extraordinaire de 82 ch, payée très exactement 12 000 francs en 1998 à un couple de retraités qui n’arrivait plus à s’en extirper à l’arrêt. Une pile de facture attestait de son bon entretien, et son état était en tout point exceptionnel.
Mais pourquoi ? Pourquoi ??
Mais pourquoi un tel choix ? Déjà à l’époque, personne n’en voulait plus de cette voiture. Image de « voiture de vieux », esthétique trop carrée, suspension « gerbante »… Mais il fallait que je conjugue des finances aussi sèches que la France après la canicule, et le besoin d’espace. Car je comptais bien partir en vacances avec les potes ! Et la BX, pour cet usage, était la voiture idéale.
Cinq vraies places spacieuses, et un coffre pouvant accueillir les bagages de tout le monde. Je pouvais caser mes longs skis en biais, en rabattant juste un côté de la banquette, quand je partais seul en Savoie. Je me souviens même avoir casé 7 personnes à bord, dont deux dans le coffre, pour me rendre à une de ces fameuses « soirées de l’ESSEC ». Risqué, mais c’était une autre époque. En tout cas elle était bonne à tout faire.

Je pense bien que durant toute ma durée de possession, c’est-à-dire entre 1998 et 2001, et avant d’être remplacée par une plus moderne Ford Focus, « ma » BX a été « la » BX la plus rapide de tout le Val-d’Oise. Car loin de la conduire comme ses propriétaires habituels, je la menais comme un jeune permis insouciant, filant à 100 sur le périphérique parisien, et prenant sa V-Max sur l’autoroute A15, soit 190 compteur (oups, bon, y’a prescription) avant de débouler sur le pont de Gennevilliers à tout berzingue.
Elle ne m’a jamais lâché. Son embrayage si, sur la route de retour d’une semaine en Suisse. J’ai fait 600 km en double débrayage. Remplacé pour 1 000 francs. Oui, moins de 160 euros d’aujourd’hui. Elle consommait en moyenne 8 litres/100 d’un carburant à 1 euro le litre à l’époque. Et son entretien était basique et économique. Alors je n’en avais rien à faire qu’on se moque de ma BX, de son look démodé, de son comportement de paquebot (mais quel confort !), et de son côté repoussoir à nanas.

Parce que vous savez quoi ? C’est bien à son volant que j’ai, contre vents et marées, réussi à séduire celle qui allait devenir ma femme. Oui, au début, elle passait à côté d’elle sans la voir quand on rentrait de soirée, oui elle disait gentiment « bon, au moins, t’as une voiture... ». Mais elle a elle aussi commencé à l’apprécier, voire plus, jusqu’à en écrire une (toute) petite nouvelle. Je ne résiste pas au plaisir de vous en faire part ici, sous forme d’hommage :
"La BX"
"Cette fameuse et indécrottable Bx, avec laquelle il a osé me draguer ! Ca n’avait pourtant rien de facile, mais il l’a fait, envers et contre toute forme de logique en matière d’esthétique, car pour être parfaitement honnête, une Bx c’est moche, voire mochissime.
Pour les non-initiés, voici ce qu’est une Bx :
Normalement, c’est une voiture. Mais je serai d’avis de la classer dans la famille des amphibiens, type grenouille. Bien sûr, on rencontre rarement des grenouilles pourvues d’un moteur et d’essuie-glaces, mais dans le même temps, pardonnez mon ignorance en auto-zoologie, je n’aurais jamais cru qu’un véhicule pourrait avoir une telle ressemblance avec ce petit animal.
Le dos en pente, les fesses carrées, l’avant aplati et un regard rectangulaire complètement inexpressif, la Bx n’a rien pour elle… Ni rondeurs, ni courbes, plus qu’énigmatique, c’est une « eunuque-machine ». Du charme, elle n’en a pas, elle le rompt !
Détail à première vue complètement rébarbatif, mais aux effets tout à fait surprenants : la « créature » repose sur un système hydraulique qui est à la base de tout son fonctionnement. Autant dire que sans eau, la bête meurt… pur hasard ? Et lorsque l’on met le contact, la Bx se soulève d’une quinzaine de centimètres… mais peu s’en faut qu’elle le fasse toujours de la même façon. Non ! À chaque nouveau sommeil son nouveau réveil, et la Bx a ses humeurs. Mal dormit ? Elle commence par soulever ses fesses. Fait un joli rêve ? Elle démarre la tête la première.
Quand on coupe le moteur, la bête continue de vivre : elle s’affaisse aussi doucement qu’elle s’était relevée, avec la même insolence, ce qui donne l’étrange impression de ne plus être seul maître à bord : le Frankenstein de l’automobile échappe à son créateur !
Bien que son physique provoque l’irruption de quelques boutons, les performances de la Bx font illusions. Si elle se réveille à son rythme, elle peut malgré tout être rapide sur le bitume, et avec un peu d’audace, on peut prétendre pousser la bête jusqu’à 150 km à l’heure ! Avec un tel élan, la grenouille ne gobe pas les mouches, elle les tue à coups de pare-brise…
Même si je ne crois plus aux contes de fées, j’ai pourtant eu droit au prince et au crapaud d’acier, les deux pour le prix d’un seul. Quelle aubaine ! Bien sûr, le constructeur précise : « Les princes ne sont pas montés en série sur ce modèle, nous déconseillons à nos utilisateurs d’embrasser la Bx ». En toute franchise, ça vaut mieux ainsi."
Florence Cailliot d’Ivernois (paix à ton âme)








Déposer un commentaire
Alerte de modération
Les données que vous renseignez dans ce formulaire sont traitées par GROUPE LA CENTRALE en qualité de responsable de traitement.
Les données obligatoires sont celles signalées par un astérisque dans ce formulaire.
Ces données sont utilisées à des fins de :
Vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement de ces données, d’un droit de limitation du traitement, d’un droit d’opposition, du droit à la portabilité de vos données et du droit d’introduite une réclamation auprès d’une autorité de contrôle (en France, la CNIL).
Pour en savoir plus sur le traitement de vos données : Politique de confidentialité
Alerte de modération