Pourquoi personne n’ose dire "Vive la voiture électrique !" (pas même les constructeurs)
Paradoxe : les ventes de voitures électriques décollent mais ce véhicule reste mal-aimé des constructeurs, nostalgiques d’un temps ou le thermique les plaçait au centre du monde. Ils n’ont pas su raconter une histoire positive autour de la watture et une grande partie des automobilistes reste insensible à ses attraits. Le clivage est, aussi, culturel.

Les prochains mois diront si l’année 2026 sera celle du décollage mais, semble-t-il, quelque chose est en train de se lever du côté des voitures électriques. Leurs ventes progressent, l’offre s’élargit enfin à des véhicules pas trop chers, le contexte géopolitique leur fournit un formidable argument commercial alors que la fiscalité n’a jamais autant poussé à leur adoption et pénalisé le thermique.
Pourtant, ce qui pourrait apparaître comme l’aube d’une nouvelle ère pour l’automobile se déploie dans un silence poli mais assourdissant. Alors que leurs concurrents chinois célèbrent les "nouvelles énergies" - promesse il est vrai de leur hégémonie prochaine - les constructeurs européens et japonais ne crient pas "vive l’électrique!". Pratiquants par la force des choses mais guère croyants, ils se rallient à la Fée électricité même si elle ne les survolte pas vraiment. Pour s’en convaincre, il suffit d’entendre leurs patrons trépigner contre les engagements pris par l’Europe à l’horizon 2035 dès que Bruxelles intervient sur le sujet. Même ceux qui ont avancé leurs pions avec le plus de succès sur l’électrique – comme BMW ou Renault – y vont de leur persiflage.
On peut résumer l’engagement des grands groupes historiques au regard de la transition énergétique l’électrique à un lapidaire "bien obligés…". Bien obligés de rompre avec un ordre ancien qu’ils maîtrisaient, leur était financièrement plus profitable et, pour les Allemands, garantissait leur domination mondiale. Bien obligés de sauter dans l’inconnu à grands frais et de devoir affronter de nouveaux venus exemptés des contraintes économiques et réglementaires des pays socialement avancés.
L’électrique ? Bien obligés…
Bref, cela saute aux yeux : du garagiste au grand patron, ceux que les Anglo-Saxons appellent les "legacy car makers" (littéralement les groupes porteurs du patrimoine historique de l’automobile) n’aiment pas l’électrique. On peut comprendre. Le passage à cette énergie, accéléré par le Dieselgate a quelque chose d’une punition imposée par « les politiques ». Sauf que cela fait une décennie qu’il ne fait aucun doute que cette technologie incarne malgré ses défauts l’avenir de la décarbonation – on laissera aux climatosceptiques le soin de démontrer le contraire – et que les chinois, par calcul délibéré, ont décidé d’en faire leur mantra. Trop longtemps, ces mêmes "legacy car makers" ont tourné autour du pot (d’échappement) et il a fallu que "les politiques" déclenchent les warnings pour qu’ils se réveillent. Résultat ; ils ont pris un gros retard technologique et se sont privés des économies d’échelle qui expliquent, aussi, pourquoi les chinois sont moins chers.
Les constructeurs qui auraient dû basculer par conviction stratégique mais ne l’ont fait que par contrainte réglementaire ne sont pas seuls à traîner les pieds. À vrai dire, la plupart des automobilistes manquent d’enthousiasme. Il y a le prix, bien sûr, et l’autonomie, sans doute, mais aussi une opposition – que l’on peut définir comme culturelle - souvent sourde voire parfois exprimée ouvertement. En ces temps agités où rares sont les avancées technologiques qui suscitent une adhésion franche et massive, la voiture, électrique ou autonome, ne fait pas exception. Pour parler bagnole et passer un bon moment sans risque de verser dans la controverse, mieux vaut causer anciennes.
Les constructeurs automobiles n’ont pas – et pour cause – été en mesure de raconter une histoire positive autour de la watture comme ils l’ont fait hier pour le diesel ou le SUV. Et les journalistes ? Divisés sur la question, ils ont fait l’effort de traiter avec objectivité d’un objet qui ne les enthousiasme guère ou tenté de ramer à contre-courant pour raconter que l’accélération d’une voiture à piles est bluffante, que sa conduite n’a rien d’ennuyeux et que la recharge n’a plus rien d’anxiogène.
Alors, comment atténuer le clivage autour des voitures électriques ? Pas avec des discours technologiques creux. La parité des prix avec les thermiques, l’amélioration des vitesses de recharge et des autonomies seront déterminantes mais cela ne saurait suffire. Les vibrations, la sonorité de la mécanique et même les odeurs du moteur à explosion font partie du patrimoine sensible de bien des conducteurs. On ne raye pas cela de la mémoire collective d’un coup de polish. Pour certains ce sera difficile, douloureux car c’est un processus de deuil, on le sait. Un conseil aux conducteurs de voitures électriques : ne manquez jamais une occasion de la faire conduire à un agnostique voire à un réfractaire.




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