Comment Vinci Autoroutes entend devenir un poids lourd de la recharge
Vinci Autoroutes, via sa filiale Voltix vient d’inaugurer la station de recharge la plus puissante de France destinée au fret. Nouvel acteur de l’électrification des transports, le groupe prend un nouveau virage stratégique à l’approche du renouvellement des concessions autoroutières françaises.

Élus, professionnels, entrepreneurs, il y aurait même dû y avoir un ministre, si la contestation lycéenne n’en avait décidé autrement. Ce vendredi 2 octobre, au cœur du parc technologique de Sologne, Vinci, via sa filiale Voltix, inaugure la station de recharge électrique la plus puissante de France.
Cette première aire mégawatt (MCS) de l’Hexagone -quatre bornes de 1,5 MW chacune- s’invite en pionnière de la décarbonation des transports routiers, capable de recharger un poids lourd en 30 minutes. Une nouvelle diversification stratégique pour Vinci à quelques années du renouvellement des concessions autoroutières françaises.

De la rente foncière à la distribution énergétique
Sur le marché de l’automobile grand public, Vinci a appliqué une stratégie de gestionnaire d’espace. Plutôt que d’assumer le risque technologique et les coûts d’entretien, le groupe a mis ses aires de services en concession. Tesla, Ionity ou Totale Énergies ont ainsi développé leurs réseaux de recharges sur ses aires autoroutières. En contrepartie, Vinci perçoit un loyer foncier fixe combiné à une redevance sur chaque kilowattheure vendu. Tout en profitant du trafic induit dans les boutiques et restaurants attenants.
Avec le transport de marchandise, Vinci change de paradigme, et devient lui-même opérateur électrique. Le marché du poids lourd à batteries en est encore à ses balbutiements, mais son essor semble d’ores et déjà acté. La Stratégie Nationale bas carbone (SNBC 3) vise une baisse de 26 % des émissions du secteur logistique d’ici à 2030 avec l’objectif de la neutralité carbone en 2050.
Par ailleurs, le fret routier représente 89 % du transport terrestre de marchandises en France. S’emparer des futurs nœuds de recharge revient à anticiper une future explosion du marché et à s’accorder une position dominante.

L’attrait du volume et le modèle transporteurs
Si l’investissement initial (Capex) d’une borne mégawatt apparaît pharaonique -entre 200 000 € et 300 000 € l’unité MCS- sans compter les millions nécessaires au raccordement haute tension, la rentabilité à long terme s’avère bien plus prévisible que celle des voitures grand public.
Recharger un camion doté d’une batterie de 600 kWh à 900 kWh, équivaut à brancher 10 voitures d’un coup sur une même borne. Et contrairement aux véhicules particuliers, dont l’utilisation sur autoroute culmine les week-ends et lors des grands départs, les camions tournent sur des flux logistiques constants chaque jour de la semaine, de jour comme de nuit. De quoi permettre des rotations aux bornes ultra-régulières. Avec une gestion plus fine des besoins.
Les contrats interentreprises signés avec les géants de la logistique et les éventuelles clauses de « capacité réservée » connectées aux logiciels de planification qui permet aux transporteurs de réserver sa borne permet de garantir un flux d’occupation et de trésorerie régulier pour Voltix. Nicolas Notebaert, président de Vinci Concessions voit son groupe « comme précurseur pour amorcer des projets intéressants » concernant la décarbonation du transport.
S’affranchir de l’incertitude concernant les péages
Cette offensive répond à une logique de diversification sur le long terme. Les contrats historiques des concessions autoroutières de Vinci en France arriveront à échéance à l’horizon 2032-2036.
Les discussions concernant les futures conventions semblent épineuses. L’État propriétaire du réseau, souhaite redéfinir les termes et la durée des contrats. Les conditions pourraient être financièrement moins favorables au concessionnaire. D’où l’idée de développer un nouveau business plan.
En déployant un plan de 90 millions d’euros, cofinancé par Ademe investissement, le fond Épopée Gestion -tous deux co-actionnaires de Voltix- et l’union Européenne, le groupe entend implanter une cinquantaine de stations comme celle de Vierzon en Europe, dont une vingtaine en France. Notamment sur l’axe stratégique Bretagne-Nord-Mediterranée, mais hors réseau concédé. « Nous sommes en manque de place sur les aires d’autoroute par rapport aux besoins des poids lourds » explique Louis Dupasquier, Directeur général de Voltix. La transition énergétique se joue aussi sur le terrain de la disponibilité foncière.





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