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Des doudous pour les allergiques à la voiture moderne

Volant Hypersquare, fausses calandres ou bruitages artificiels, les artefacts se multiplient à bord des voitures modernes. Leur fonction consiste à jouer le rôle d’exhausteur de plaisir de conduire ou, le plus souvent, à faciliter symboliquement la transition vers l’électrique. Des artifices qui font office d’objet transitionnel, à la manière d’un doudou.

Des doudous pour les allergiques à la voiture moderne
Appliquer l’appellation Turbo à une voiture électrique, comme le fait Porsche sur sa Taycan, ajoute une indéniable plus-value émotionnelle.

Il fait beaucoup parler de lui, le volant Hypersquare de Peugeot. C’est la moindre des choses pour un objet aussi éminent, transformé en rectangle alors qu’il était, depuis la queue de vache des premières automobiles, immuablement circulaire. La marque promet « une conduite plus intuitive, plus instinctive, plus engageante » et les premiers essais confirment que la différence est palpable. Pourtant, l’Hypersquare n’y est pas pour grand-chose.

Son ressenti est généré par le système « by-wire » qui supprime la liaison mécanique au profit d’une commande électrique digitale. Le résultat serait à peu près le même avec un volant classique. « Certes, mais il est important de donner un côté spectaculaire à ce genre d’innovation » fait-on valoir chez Mercedes. La firme de Stuttgart a dévoilé le 2 avril un volant tout aussi anguleux que celui de Peugeot pour sa propre direction « by wire » et ses roues arrière directionnelles. Un exhausteur de sensations, si l’on comprend bien.

À ce titre, on peut classer l’Hypersquare et ses alter ego dans la catégorie des artefacts, phénomènes artificiels créés par l’homme pour stimuler l’imaginaire de ses semblables. Et dans l’univers automobile, des artefacts ce n’est pas ce qui manque, en particulier lorsqu’il s’agit d’accompagner l’effacement du moteur thermique. Par exemple, les fausses calandres qui coiffent le capot des modèles électriques allemands. En terme fonctionnel, elles ne servent évidemment à rien mais leur présence honore la grande tradition des marques premium d’outre-Rhin. Surtout, elle rend symboliquement plus acceptable pour leur aimable clientèle la délicate transition vers la voiture électrique. Les modèles chinois, suédois, coréens ou français s’en passent.

Sur les BMW électriques, comme ici le nouvel iX3, le double haricot de calandre est avant tout un élément de style qui a pour vertu de rassurer les aficionados de la marque.
Sur les BMW électriques, comme ici le nouvel iX3, le double haricot de calandre est avant tout un élément de style qui a pour vertu de rassurer les aficionados de la marque.

La pseudo-calandre de la BMW iX3 comme des Mercedes CLA et GLC serait donc une sorte de doudou. Un objet transitionnel, rassurant, susceptible d’atténuer la douleur de la séparation avec un siècle de moteur à explosion. Idem pour ce qui est des bruitages qui, à bord de certaines électriques (l’Alpine A390 entre autres), tentent de reconstituer plus ou moins maladroitement le noble hennissement d’un attelage de cylindres lâchant ses chevaux. Encore un remède à la perte des repères. Dans la même veine, il faut aussi évoquer les boîtes de vitesses à deux rapports qui équipent des modèles électriques chez Porsche, Audi ou Mercedes. Sous couvert de recherche d’efficience – argument moyennement convaincant - l’idée est de suggérer la montée en régime non linéaire d’un modèle thermique.

Ces madeleines de Proust reconstituées ont pour objectif de fendre le plafond de verre qui continue de détourner de l’électrique nombre d’amateurs de véhicules, en particulier sur le haut de gamme. Et ce n’est pas une sinécure car on sait qu’il est des symboles automobiles qui s’accrochent comme des moules à un bouchot. Longtemps, la présence d’un compte-tour fut incontournable, y compris à bord des voitures à boîte automatique. Sans parler des sorties d’échappement et des aérateurs factices.

Il ne faut pas moquer ces artifices, effets placebo et gimmicks qui se donnent pour mission de réenchanter l’automobile. Ou, au moins, de maintenir un lien émotionnel en organisant le soutien psychologique autour du légitime processus de deuil auxquels sont confrontés certains à l’heure de passer à l’électrique. Ils sont plus efficaces que le discours parfois pathétique des marques autour du plaisir de conduire une voiture électrique qui célèbre le silence de fonctionnement alors qu’il faudrait évoquer l’effet tapis volant, feeling autrement plus excitant.

Remercions quand même les constructeurs d’offrir, même sous forme d’ersatz, un peu de grain à moudre aux pauvres automobilistes condamnés à rouler sous l’étroite surveillance des radars à bord de voitures largement standardisées, peu importe la motorisation. Au fond, ces artefacts racontent la difficulté de faire émerger des repères suffisamment attractifs pour donner envie de dépenser une fortune pour prendre le volant, rond ou rectangulaire, d’une nouvelle voiture.

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