L'incroyable secret de l'Alfa Romeo Duetto : pourquoi tout le monde se trompe sur son nom depuis 60 ans ?
On l’appelle Duetto alors qu’Alfa Romeo n’a pas eu le droit d’utiliser cette dénomination. Mais, pourquoi ? Voici l’histoire de ce nom que le Spider 1600 n’aurait jamais dû avoir.

Oubliez tout ce que vous savez sur l’Alfa Romeo Duetto. Sortie voici 60 ans tout juste, au salon de Genève 1966, cette italienne iconique a pourtant relativement mal débuté sa carrière. Cela commence par un trouble identitaire fort : le constructeur ne sait pas comment la nommer. Comme elle dérive de la géniale Giulia, pourquoi pas tout simplement Giulia Spider ?
Tout simplement parce que cette dénomination est déjà prise, par l’ancienne Giulietta Spider qui a été rebaptisée Giulia en recevant le 1,6 l de la berline éponyme, en 1962. Aussi, quand en 1966 apparaît la remplaçante de cette jolie découvrable, emblématique de la Dolce Vita, comment la baptiser ?

Comme chez Alfa Romeo, on cherche à marquer le coup, on se dit que récupérer Spider 1600 ne suffira pas. Alors, on imagine un joli coup marketing : on va organiser un concours, où on demandera au grand public de nommer la découvrable. « Ecco il nuovo Spider : dategli il nome. Diventerà famoso », « voici le nouveau Spider : donne-lui un nom. Il deviendra célèbre ». Quelque 140 501 personnes répondent, dont la majorité a opté pour Pinin ou Pininfarina, du nom de la maison italienne qui l’a dessinée. Seulement, il revient à un jury de désigner la meilleure suggestion, et il retient plutôt Duetto, arrivé en 3e position. Après un tirage au sort, c’est un certain Guidobaldo Trionfi, de Brescia, qui gagne le prix, à savoir un Spider blanc qui lui est remis le 17 juin 1966.

En toute logique, la voiture est renommée Duetto. Seulement… L’appellation est déjà utilisée dans l’industrie, et donc déposée, par la société Pavesi, qui fabrique des gâteaux, dont un, appelé évidemment Duetto. Le biscuitier intente un procès à Alfa Romeo, et le gagne ! Conséquence, le constructeur n’a pas le droit de l’utiliser, de sorte que seulement 190 Spider 1600 le porteront avant la décision de justice. Dommage, car Duetto colle tellement bien à la voiture que le grand public, déjà marqué par le concours, continuera à l’appeler ainsi.

Alfa Romeo compensera l’interdiction en organisant un lancement mondial très glamour, à l’aide d’un bateau chargé de célébrités qui trimballera un Spider des côtes génoises (un autre gâteau, tiens), jusqu’aux USA, marché crucial, en passant par la Côte d’Azur. La voie du succès ? Pas tout à fait. En réalité, le Spider est assez fraichement accueilli par la clientèle. Croyez-le ou nous, mais sa ligne surnommée (encore !) « Os de seiche » ne fait pas l’unanimité.

Elle est jugée étrange, voire fluette, quand celle de la Giulietta Spider séduisait par son classicisme et ses proportions parfaites. De surcroît, le prix du Spider 1600 est très élevé, donc il frôle l'échec commercial. L'erreur n'est pas permise face, par exemple, à une MGB à l'esthétique très réussie et aux qualités reconnues. Pire, fin 1966 apparaît la Fiat 124 Spider, elle aussi dessinée chez Pininfarina, dont le design plait beaucoup plus.

Comme la turinoise est nettement moins chère, c’est elle qui devient un succès commercial. Alfa Romeo, qui s'est trompée, devra intégralement relooker son Spider et le doter d’un moteur plus puissant pour qu’enfin, il trouve son public. Cela débute fin 1969 quand il est restylé, adoptant alors une poupe tronquée dite « coda tronca », accompagnée d’un pare-brise plus incliné, le tout permettant à la voiture de paraître bien mieux assise sur la route. En 1971, un gros 2,0 l de 132 ch s’installe sous le capot de l’Alfa Spider qui s’envole pour longtemps.



















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