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La France à la carte : une passionnante histoire du papier pliant et difficile à replier

Dans Loisirs / Livres

Michel Holtz

Dans son ouvrage, le journaliste Jean-Claude Raspiengeas retrace la folle épopée culturelle et technique de cet objet culte qui a colonisé nos boîtes à gants : la carte routière. Avant la dictature du GPS, on y découvre comment une simple stratégie pour vendre des pneus a façonné les routes de France et l’imaginaire de générations de voyageurs.

La France à la carte : une passionnante histoire du papier pliant et difficile à replier
320 pges passionnantes aux éditions des Équateurs.

C’est plus qu’une somme : c’est une histoire culturelle et technique de la France, et elle est signée du journaliste Jean-Claude Raspiengeas. Le critique culturel s’est mué en Sherlock Holmes pour remonter le fil du temps et de l’histoire de la carte routière qu’il relate dans la France à la carte.

Cette histoire, qui remonte à 1905, débute par une opération de com des frères Michelin qui n’ont qu’une idée en tête : vendre du pneu. Alors ils déploient leurs armes pour envoyer les Français sur les routes, du moins ceux qui ont les moyens de s’offrir une voiture.

Guides, cartes et signalétique pour vendre des pneus

Ces armes, ce sont les fameux guides, rouges et bleus, mais aussi les cartes routières. Sept ans après les premiers modèles, déjà dépliables et impossibles à replier, Michelin couvre la France entière. De même que très vite, la signalétique Michelin va se propager dans tout le pays, grâce à un subterfuge.

Lors du salon de l’aéronautique de 1912, le président de la République Armand Fallières se rend sur le stand Michelin. On lui tend un registre qu’on l’invite à signer et il s’exécute, pensant qu’il s’agit du livre d’or du Manufacturier.

Mais c’est une pétition qui entend pousser les autorités à déléguer à Michelin la couverture du pays en signalétique routière. Nombre de particuliers l’ont déjà signé, mais une fois que l’hôte de l’Élysée a posé sa griffe, même par erreur, l’affaire est pliée et les deux frères décrochent le marché.

La suite est connue. Les panneaux envahissent le pays jusqu’en 1946, l’année ou l’État se réapproprie la signalétique publique. Pour les cartes routières, malgré la tentative de l’IGN (Institut géographique national), Michelin gardera un quasi-monopole, ne laissant que 10 % du marché à son homologue public.

Le GPS se préoccupe du temps, la carte de la distance et de la liberté

Mais si l’IGN n’a pas eu la peau de la bonne vieille carte, le GPS aura finalement réussi à (presque) éliminer la grande feuille de papier des boîtes à gant. Sauf chez les routiers, comme le raconte Jean-Claude Raspiengeas qui les conservent précieusement dans leur camion, et pour qui la carte reste le « juge de paix ».

Quelques nostalgiques sont eux aussi restés accros au papier. Par poésie, mais aussi parce que la carte livre des distances, et donne tous les choix possibles. À l’inverse des GPS qui ne donnent que quelques itinéraires et insistent plus sur le temps gagné que sur les distances parcourues.

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