Les taxis ont fait grève pour la garder : l’inusable Mercedes W123 fête ses cinquante ans
Mercedes la plus vendue de l’Histoire, la berline moyenne W123, qu’on a très souvent vue en version 240D, fête son jubilé, mais le constructeur, étrangement, n’en fait guère cas. Dommage, car elle incarne à la perfection son ADN.

« Les Mercedes sont des voitures de pauvres », m’a lancé un jour le patron de Mercedes Heritage, Marcus Breitschwerdt. Etait-ce de la provocation ? Pas tant que ça. Pour lui, des gens peu fortunés s’offraient une berline à l’étoile pour son prix de revient très intéressant. Certes, la mise de fonds était conséquente, mais ils la gardaient longtemps, elle ne tombait jamais en panne, coûtait peu à l’entretien et se revendait cher.
Au bout du compte, ils s’y retrouvaient financièrement, en tout cas bien plus qu’avec des autos plus abordables. Ce qui explique pourquoi les Mercedes ont longtemps été très mal équipées : leur clientèle recherchait, bien avant les gadgets, la longévité de leur monture. Et celle-ci devait conserver d’excellentes prestations essentielles, notamment en matière de confort, de comportement routier, voire de sécurité, d’où un niveau technologique toujours élevé.

Tout ceci, aucune Mercedes ne l’incarne mieux que la W123, la berline moyenne lancée en 1976. Pour la développer, le constructeur a fait une chose totalement inimaginable à l’heure actuelle : il a pris son temps. Les études ont débuté en 1968, et, alors que techniquement la W123 se cale sur les grandes lignes de sa devancière, la W114/115, il a fallu huit années avant qu’elle ne sorte. Plus fort encore, alors qu’elle aurait pu être dévoilée dès 1975, Mercedes a retardé sa commercialisation histoire d’être bien sûr que tout était impeccable. Il faut dire que celle à laquelle elle succédait se vendait encore très bien.

La W123 apparaît en janvier 1976, et d’emblée, elle est sans faiblesse. Moderne, son design supervisé par Friedrich Geiger, est imaginé pour ne pas vieillir prématurément. Côté trains roulants, les quatre roues sont indépendantes et surtout, les bras superposés avant, inspirés de la Classe S W116, sont conçus pour limiter la plongée au freinage tout en préservant la stabilité à haute vitesse.
De son côté, la structure recourt aux zones à déformation programmée (une invention due à un ingénieur maison, Béla Barenyi) et la colonne de direction est à absorption d’énergie. Sous le capot, les moteurs vont de 2,0 l à 2,8 l, et de 90 ch à 177 ch en essence. En diesel, les cylindrées s’échelonnent de 2,0 l à 3,0 l, pour des cavaleries allant de 55 ch à 80 ch.

Les prix ? Ils sont lourds, débutant à 46 500 F (35 110 € actuels selon l’Insee), sachant qu’une Citroën CX 2000 débute à 33 860 F. Les ventes démarrent fort, et les taxis s’arrachent les versions diesels, surtout la 240D. Elle récupère en effet l’inusable bloc OM616 déjà vu dans W114, développant 65 ch. C’est peu mais suffisant pour atteindre 140 km/h.

L’équipement de série est faible (pas de compte-tours ni de vitres électriques), mais tout est disponible option, y compris la boîte auto, la clim, le cuir… En 1977, la gamme 123 s’enrichit du coupé, de la limousine et du break, ce dernier étant aussi le premier… jamais produit en série par Mercedes. La 123 va peu évoluer, gagnant toutefois régulièrement en puissance.

Par exemple, en 1978, la 240D grimpe à 72 ch, la 280E à 185 ch, en 1980, la 200 passe à 109 ch, et cette année-là, la 123 devient le diesel le plus rapide du monde. Dans sa variante 300 TD Turbo-diesel, capable de 170 km/h grâce à ses 125 ch ! Plus inattendu encore, toujours en 1980, la 123 peut s’équiper d’un ABS, alors que, chose tout à fait inattendue, dès 1982, elle reçoit en supplément l’airbag conducteur, en plus de diverses modifications et d’un équipement enrichi incluant la direction assistée en série sur toutes les versions. Fin 1984, la remplaçante de la 123, la W124, est annoncée.

Mais, les taxis allemands, la jugeant moins solidement fabriquée, n’en veulent pas ! Résultat, ils font grève pour que soit prolongée la fabrication de leur 123, ce que Mercedes refusera. Elle prend fin en 1985, après que 2,7 millions d’exemplaires ont été produits. Record absolu pour la marque ! Inusable (sauf par la rouille…), la W123 sert encore au quotidien dans bien des pays, certaines accumulant les millions de kilomètres. On a même vu une 300D démarrer après avoir été sous l’eau durant plusieurs jours en Espagne. Elle n’a demandé qu’un gros nettoyage !

Chose assez surprenante, la cote des diesels est au moins aussi élevée que celle des essences, hommage à leur longévité hors normes. Une voiture solidement fabriquée, inusable mécaniquement et capable de rouler à l’huile (possiblement végétale, le principe même du moteur diesel), n’est-ce pas là la clé du développement durable, la solution rêvée contre l’hyper-consommation et donc l’arme ultime dans lutte contre l’épuisement des ressources de la planète ?






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