Martin Parr : effarante lucidité
Le jeudi, c’est le jour où les routes (de nuit) de l’automobile et de la culture se croisent.

Il est fortement recommandé de voir la formidable exposition consacrée à Martin Parr au Musée du Jeu de Paume à Paris, jusqu’au 15 mai.
Cet accrochage troublant se regarde avec d’autant plus d’émotion que le photographe britannique est mort le 6 décembre 2025 à l’âge de 73 ans.
Devant les prises de vues de Martin Parr, avec ses couleurs saturées et ses scènes de la vie ordinaire, on est confronté à la face la plus pathétique et la plus déprimante de notre société. Malheureusement, il ne s’agit pas d’une mise en scène ; cette vision brute et féroce reflète la réalité et la vulgarité de notre époque. Martin Parr s’est attardé sur les lieux de loisirs livrés à la turpitude et à l’indécence, survolant les plages couvertes de corps de vacanciers négligés et de poubelles regorgeant des déchets de la société consommation, témoignages de la monstruosité du tourisme de masse. Les instants captés par Martin Parr sur les lieux de divertissement font d’abord sourire avant d’inspirer la désespérance et la tristesse devant tant de laideur, de laisser-aller et de solitude.

Forcément, quand l’automobile passe devant l’objectif de Martin Parr, ce n’est pas pour la vénérer. Il observe comment la voiture s’insinue dans les vies en polluant les paysages à l’image d’une famille endormie à l’ombre de sa Renault 5 ou des enfants au regard vide déambulant dans une Saab qui dérange les animaux sauvages dans un parc animalier.

Une série de clichés en noir et blanc montre des épaves de plusieurs Morris Minor, icônes des années 1950 ; une magnifique réflexion sur l’abandon et l’impermanence. Partout dans le monde, les restes de voitures hors d’usage témoignent de cet attachement dérisoire et désespéré au passé ; ils jalonnent les prés, des terrains vagues et de vagues terrains devenus no man’s land. Les carcasses reposent pour l’éternité, affalées, amputées, envahies par la végétation, rongées par la rouille, livrées au temps qui passe.

Ces machines déchues, immobilisées, interrogent sur l’attrait singulier qu’exercent les ruines dans la culture occidentale. « De quelque part que je jette les yeux, les objets qui m’entourent m’annoncent une fin et me résignent à celle qui m’attends », se lamente Diderot, solennel et lucide, dans sa Poétique des ruines. À méditer en regardant la photo du touriste qui lui-même fait un selfie. Pathétique. Martin Parr a quitté ce monde trop tôt.


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