Pourquoi baisse-t-on le volume de la radio au moment de faire un créneau ?
C’est un réflexe que partagent la majorité des automobilistes : lors d’une manœuvre délicate, le premier geste est de couper, ou de baisser la radio. Mais pourquoi notre cerveau est-il incapable de gérer un solo de guitare et une marche arrière en même temps ? Entre limites cognitives du cortex préfrontal et astuces de notre système nerveux, décryptage d’un bug humain.

C’est un curieux phénomène, mais il est partagé par nombre de conducteurs. C’est comme un réflexe : lorsque l’on s’approche d’un péage ou, plus souvent encore, lorsque l’on tente une manœuvre délicate comme un créneau ou une marche arrière, on baisse le son de la radio avant de passer la marche arrière ou de tourner son volant.
Mais pourquoi diable donc serions-nous incapables d’écouter Metallica tout en se garant ? La rudesse du groupe de heavy metal n’y est pour rien : nous ne sommes que de pauvres humains limités par notre cortex préfrontal. C’est cette zone du cerveau qui est accaparée pour nous permettre de réaliser des tâches complexes. Et, sauf exception, le cortex en question ne peut pas tout et pour éviter qu’il ne déborde d’injonctions, il faut en éliminer quelques-unes.
Une simple histoire de cortex préfrontal
Se garer correctement ou écouter du metal, il faut donc choisir. Mais un créneau est-il une tâche tellement complexe qu’elle peut faire sauter les plombs de notre cerveau ?
Pour Jean-Pascal Assailly, psychologue, ancien chercheur à l’Inrets (Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité) et auteur d’Homo Automobilis, un livre ou il se penche sur les comportements des conducteurs, l’affaire n’est pas si simple. « C’est un geste que de nombreux automobilistes excéutent tous les jours, mais pour autant, il met en marche un système complexe à base de coordination entre les mains, les yeux et les pieds ». Et si tout un chacun est capable de faire la vaisselle en écoutant les infos, la conduite automobile est plus compliquée et exige plus de concentration.
Sauf que nous ne sommes pas tous égaux face à l’ampleur de cette tâche cognitive de la conduite, « on ne s’appelle pas tous Fernando Alonso continue le chercheur. Il y a ceux qui s’en rendent compte, coupent le son pour se concentrer, et les autres ».
Selon lui, dans la majorité des cas, on se rend compte du risque élevé, de notre cerveau qui déborde et on coupe le son. L’exception à cette règle existe, et elle est plutôt accidentogène, « car ce qui est valable pour un créneau sans autre conséquence que de la tôle froissée l’est aussi pour un virage abordé à 120 km/h ou lieu de 80 ». Sauf Alonso, plus à même de négocier que nous.

Mais certains conducteurs, qui ne sont ni pilotes de F1 ni multitâches, sont parfaitement capables de faire leur petit créneau sans coupe le son. Des chercheurs américains se sont penchés sur leur drôle de cas et expliquent, dans un article scientifique de la revue Accident Analysis & Prevention qu’ils sont capables d’effectuer automatiquement et sans même y penser, une drôle d’opération : une réduction automatique du son.
Leur cerveau coupe le son en somme. Interrogés par les chercheurs après leur créneau, avec une radio à fond les ballons, ils sont incapables de retenir ce que l’animateur a dit dans le poste.
Après la radio, l’écran de l’auto
En fait, ces drôles de cobayes ont simplement éliminé d’eux-mêmes, à leur corps défendant, une partie de la charge mentale qui leur incombait. Le cerveau a ses mystères et nous ne sommes pas tous égaux devant ses capacités. D’autant qu’à la radio, s’est ajouté un nouvel élément dont le conducteur doit aujourd’hui tenir compte : c’est l’écran de sa voiture, ou de son téléphone, qui lui fournit souvent lui-même plusieurs informations.
La technologie évolue plus vite que nos cerveaux et il est peut-être urgent de couper le son et l’image en cas de manœuvre complexe. Pour la radio, pas de souci : les podcasts évitent de louper une émission. Quant au GPS de nos autos, on peut se tromper de trajet : il nous retrouvera toujours pour nous mener à bon port.
Ce bug humain presque universel, les constructeurs le connaissent et nombre de voitures modernes ont adopté un dispositif qui réduit le son lors d’une marche arrière. Il ne leur reste plus qu’à appliquer la politique de l’écran noir dès que l’auto détecte une manœuvre.




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