Vélo d’occasion : à 2,50 € le litre, plus personne ne fait la fine bouche
En quelques années, acheter d’occasion vous a fait passer de radin à malin. Le virus a forcément touché le marché du vélo. C’est d’ailleurs le seul secteur du marché du cycle à avoir progressé en 2025. Il fallait donc découvrir ça de plus près.

Le Salon Vélo in Paris 2026 faisait la part belle à de grands stands de vente qui tentaient tant bien que mal de se mettre un client sous la dent. Au milieu, Rutile. Rutile vend des vélos reconditionnés. Et c’est une sacrée bonne idée.
Parce que le prix moyen que les Français sont prêts à mettre dans un vélo électrique se situe autour de 2000 euros dans les magasins comme Decathlon et 3 500 euros chez les vélotistes (mais ce chiffre est faussé, à cause de l’attrait pour le vélo de performance). Que celui-ci soit reconditionné ou neuf, tant que les garanties sont là, ça va. En 2026, à 2,50 € le litre de gasoil, il n’y a plus de profil type. Les gens veulent juste survivre financièrement et non porter une bannière affichant leur revendication politique. Le vélo d’occaz attire donc tout le monde : qu’importe le sexe, l’âge ou le niveau de vie. Pédale ! Oui, mais pas à n’importe quel prix !
En 2026, pour 2000 balles, on a vraiment que dalle ?
Non. Les prix ont baissé et la qualité est remontée. Exactement l’inverse de 2021 d’ailleurs. Mais voilà, les 2 000 euros pour un vélo reconditionné permettent d’accéder à un modèle qui, neuf, en valait entre 1 000 et 2 000 de plus. Ça fait réfléchir.
Je suis donc allé interroger Adrien Goxe, cofondateur de Rutile, un réseau de vente de vélos reconditionnés. Et c’est marrant, puisqu’on est presque dans le cas de figure de la voiture électrique.
Adrien a à peu près mon âge mais mesure 10 cm de plus. C’est donc assis que nous avons échangé, logique.
Comment on en vient à vendre du vélo d’occaz ?
Ce n’est pas Adrien, mais Thibaud Thomé qui est à l’origine de cette aventure. Il voulait s’acheter un vélo d’occasion. Mais c’était la jungle. Des vélos volés refourgués sur Leboncoin, des échanges avec des particuliers sans réelle garantie. Il y avait bien les boutiques, mais c’était souvent du dépôt-vente et les prix neufs étaient élevés.
Nous sommes en 2021 et les vélos sont autant recherchés que des cartes Pokemon. Il manque un tiers de confiance. Qu’à cela ne tienne, Thibaud crée Rutile. Adrien le rejoint 6 mois plus tard. En 2022, ils testent le marché, en 2023 ils internalisent le reconditionnement, en 2025 ils lèvent 2 millions d’euros.
Ça cartonne et Rutile a vendu 1 500 vélos en 2025 et espère en vendre 3 000 en 2026.
Aujourd’hui, ils ont un site d’e-commercce et des showrooms physiques qui font office d’ateliers, appelés Rutileries où vous venez essayer les vélos pour en acheter. Il y en a à Lyon, Ivry-sur-Seine et bientôt à Nantes, Aix-En-Provence et Toulouse. C’est d’ailleurs ça qui les différencie d’Upway, l’autre grand concurrent. Parce que pour eux, un vélo se doit d’être vu et essayé.
Ce sont donc des rendez-vous pris sur le site qui s’effectuent à distance au téléphone ou en visio, pour vous conseiller vers le type de vélo qui vous convient. Le vélo choisi est alors livré en 48h. Comme un magasin. Le côté « reconditionné » s’efface, si ce n’est le prix logiquement plus abordable.
L’entretien est réalisable, mais les ateliers sont dédiés aux clients de Rutile afin de ne pas créer de délais ingérables.
Les vélos (batterie, cadre et moteur) sont garantis un an.
Comment sont choisis les vélos pour être revendus ?
Bon, tout ceci est bien sympa, mais comment on approvisionne un stock de vélos à reconditionner ? Parce que garantir un vélo de qualité, ce n’est pas récupérer tout et n’importe quoi.
Sachez que 95 % de l’approvisionnement (le sourcing en langage LinkedIn) vient des professionnels du cycle, notamment des retours de leasing.
La semaine dernière, j’évoquais que seulement 50 000 vélos de fonction avaient trouvé preneur en France en 2025, contre plus de deux millions en Allemagne, Belgique et Pays-Bas. Ce sont ces vélos, très majoritairement qualitatifs, qui arrivent sur le marché de l’occasion. La vie est parfois bien faite.
Rutile rachète également des vélos directement aux constructeurs. Parfois pour un défaut de peinture. Plus coûteux à reprendre qu’à laisser à Rutile. Pour Adrien, ce sont les équivalents des fruits et légumes moches. J’avoue qu’à l’évocation de ce terme, j’imaginais un Too Good To Go du vélo, qui permet de repartir avec un panier de composants. Mais je m’égare.
Tout ceci permet d’avoir environ 1 000 vélos en stock quasiment en permanence.
Les vélos de particuliers, oui, mais pas n’importe lesquels
Enfin, il y a des offres de reprise de vélos de particuliers en boutique. Mais attention, ce n’est pas pour récupérer des biclous Wish ou les Moma Bike, Fiido, Engwe et autres ADO Bikes achetés en marketplace. Pas de vélo jetable, trop galères à reconditionner. Puis qui en voudrait ?
Mais ce n’est pas tout. Les vélos Nakamura ou Decathlon ne sont pas repris non plus. Notamment pour des soucis d’approvisionnement de pièces détachées, et de fiabilité moteur (les Ananda avaient causé du souci). Bosch, Yamaha et Shimano sont principalement plébiscités (avec du Mahle pour des vélos spécifiques qui visent la légèreté).
Chaque vélo est soumis à 50 points de contrôle et la batterie bénéficie d’une mesure précise de son SOH avant validation. Idem pour le moteur, obligatoirement logé dans le pédalier. Seules de rares exceptions à moteur arrière sont acceptées. Les réparations sont faites à base de pièces OEM et la chaîne est systématiquement remplacée. Tout ceci permet d’obtenir un label « reconditionné certifié ».
C’est là que se situe la différence entre acheter de l’occasion et du reconditionné. Dans le second cas, le vélo a été entièrement retapé et s’avère finalement plus proche du neuf. C’est quelque chose qui se fait également en automobile, dans les garages sérieux.
En revanche, pour la reprise, le kilométrage n’est pas forcément un souci. Ce fut le cas d’un modèle qui affichait 18 000 km au compteur et pour lequel la batterie possédait encore 92 % de sa capacité.
Des marques de vélos conseillées ?
Je n’ai pas pu m’en empêcher. Je voulais savoir quelles étaient les marques de vélos conseillées, bien qu’à force d’essayer des vélos, j’en avais ma petite idée. Des noms sont ressortis, comme Lapierre, Yuba, Focus, Conway, Victoria, UTO (en plus des Tern, Focus, Haibike) pour n’en citer qu’une partie.
Évidemment, le stock tourne et les vélos disponibles fluctuent au rythme des arrivages. Certains modèles affichent jusqu’à -60 %. Logique, les prix neufs de ces modèles ayant déjà fortement chuté, les versions reconditionnées sont encore plus abordables.
La voiture électrique et le vélo d’occasion, même combat ?
J’ai passé pas mal de temps sur La Centrale dernièrement. Comme mon métier me permet d’essayer des voitures (eh oui, je ne fais pas que des vélos et des trottinettes), mes proches m’ont sollicité pour leur trouver une voiture électrique d’occasion. Et le schéma est à peu près le même. Contrôler l’état de santé de la batterie, évaluer le niveau du système multimédia, notamment le planificateur d’itinéraire. Et c’est ainsi que des modèles vendus neufs à 70 000 € se trouvent entre 22 000 et 28 000 € avec moins de 60 000 km sur le marché de l’occasion. Comme quoi, la peur de l’électrique s’efface avec le temps et l’arrivée des bonnes affaires.
Finalement, la classe moyenne qui subit de plein fouet l’inflation est pile dans la cible de ce genre de business. Garder un certain niveau de qualité, mais rogner sur le neuf sans que ça n’impacte l’utilisation. Le meilleur des deux mondes, tant qu’il y aura du stock et donc des achats neufs en amont.



Déposer un commentaire
Alerte de modération
Les données que vous renseignez dans ce formulaire sont traitées par GROUPE LA CENTRALE en qualité de responsable de traitement.
Les données obligatoires sont celles signalées par un astérisque dans ce formulaire.
Ces données sont utilisées à des fins de :
Vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement de ces données, d’un droit de limitation du traitement, d’un droit d’opposition, du droit à la portabilité de vos données et du droit d’introduite une réclamation auprès d’une autorité de contrôle (en France, la CNIL).
Pour en savoir plus sur le traitement de vos données : Politique de confidentialité
Alerte de modération