Ces villes qui imposent le port du casque en trottinette ont-elles raison ?
Certaines questions voient leurs réponses paraître évidentes. Mais c’est sans compter la défense des libertés individuelles. Pourtant, Nice, Vence, Étampes et plus récemment Ormesson-sur-Marne ont imposé le port du casque en trottinette. Avec amende à la clé. Mais ont-elles raison ?

« Cette décision intervient dans un contexte marqué par une augmentation significative des accidents impliquant ces engins, avec 9 décès et près de 300 blessés recensés en 2025, soit une hausse annuelle de 8 %. Les conducteurs, souvent jeunes, sont particulièrement exposés à des blessures graves en l’absence d’équipements de protection adaptés » tels sont les propos relevés par nos confrères de Citoyen94.
Les 9 décès couvrent l’ensemble du Val-de-Marne pour l’année 2025 écoulée. Dans les faits, en 2025, il y a eu 80 décès en EDPM. Oui, parce que ce n’est pas si simple. La mobilité est aussi ordonnée que la chambre d’un ado en pleine crise. Et dans le lot, on trouve les skates électriques, les gyroroues et d’autres engins, importés, non homologués et mal utilisés. Loin, très loin de la trottinette électrique à 500 balles en tête de gondole à la Fnac.
La trottinette sans défense, sans lobby
L’Automobile a 40 millions d’automobilistes, le vélo a une flopée d’associations, la moto a la FFM (et la FFMC lorsqu’ils sont en colère).
La trottinette électrique n’a rien. Ce sont plus de 2,5 millions d’utilisateurs en France (en 2024 contre 620 000 en 2020). Elle permet de rouler à 25 km/h par tous les temps, pèse en moyenne 20 kg, offre environ 12 à 40 km d’autonomie, coûte entre 300 et 800 balles (soit 3 fois moins qu’un vélo à assistance électrique), sert à remplacer la voiture pour les trajets courts, mais se fait marteler par les médias parce que c’est un sujet sans risque et facile.
En 2025, sur les 2,5 millions d’utilisateurs estimés, l’ONISR recense 900 blessés (enfin moins, car ça tient compte de tous les EDPM, dont le skate, la gyroroue et autres accessoires pas forcément homologués) pour 80 décès.
C’est à la fois peu et beaucoup.
Chuter en trottinette, mode d’emploi
Ce n’est pas rien 80 morts et 900 blessés, bien que ce soit à relativiser compte tenu des millions de trajets quotidiens. Mais les études d’accidentologie (l’institut VIAS a dressé quelques schémas) montrent plusieurs choses plus ou moins intrigantes. À commencer par ces 23 % des accidents, qui sont des chutes sans tiers impliqué, dont 10 % causées par des facteurs liés à l’infrastructure (petites roues bloquées dans une bouche d’égout, trou dans la chaussée).
On peut ajouter que la nuit ne change pas grand-chose, avec un équilibre entre les accidents nocturnes et diurnes. Toutes les trottinettes vendues aujourd’hui disposent de feux de stop, de phares automatiques avant et arrière et de clignotants. Certaines disposent même d’un mode warning.
Non, ce qui trône en tête des causes d’accidents (avec plus de 40 %) est le sacro-saint alcool et sa copine la drogue. Les utilisateurs se trouvent trop défoncés pour rouler en voiture, alors prennent le vélo ou la trottinette pour rentrer chez eux. Et forcément, ils n’y arrivent pas toujours, ou du moins en un seul morceau.
Enfin, vous pouvez ajouter, et ce malgré l’interdiction, le téléphone en trottinette et les voyages à deux (dont une majorité de parents avec leur gamin devant, sans casque évidemment).
Pour en être un utilisateur, téléphoner en trottinette est encore plus risqué, puisqu’il est nécessaire d’avoir les deux mains sur le guidon. Sinon, en cas de relief imprévu, vous mangez le bitume.
Tout ça c’est mignon, mais le casque dans l’histoire ?
Le coût d’un trauma crânien
On va être direct : lors d’une chute en trottinette, c’est la tête qui risque le plus de prendre. À la différence d’un vélo, sur lequel les forces sont réparties différemment.
Une étude du CDC à Austin a révélé que près de la moitié des blessures chez les utilisateurs de trottinettes concernent la tête, et que seulement 1 % des 190 blessés portaient un casque.
Et c’est logique ! la trottinette, c’est le principe de l’hélicoptère, selon un autre axe. Le poids du rider compense la force exercée sur le guidon. L’ensemble s’annule et le moteur propulse le tout. Mettez un obstacle au niveau de la roue et vous créez un superbe soleil.
Et le casque intégral est nettement plus recommandé. Certes, ça donne un air idiot mais vous êtes sur une trottinette, donc niveau charisme, c’est déjà perdu.
Mais en cas de chute, vous n’aurez pas besoin qu’on vous refasse les dents. D’autant qu’il existe des casques légers de VTT qui protège la mâchoire.
Les jeunes en ligne de mire
Évidemment, les jeunes se pensent souvent invincibles (la perception du danger s’accroît avec l’âge). Mais pas que.
Si les statistiques vont bien dans ce sens, avec les deux tiers des tués en EDPM qui ont entre 18 et 44 ans, c’est aussi une logique sociale. Les trottinettes sont plus transportables et plus abordables que les vélos électriques.
Une excellente trottinette commence à 350 euros (elle permet de rouler dans toutes les conditions).
Moralité : mettez un casque, libérez une place aux urgences.
Qui sommes-nous pour vous dire quoi faire ? Personne. Comme personne ne contrôlera votre casque ou le taux d’alcoolémie dans votre sang au retour d‘un dîner familial, parce que vous vous en sentez capable.
La liberté de finir la moitié du cerveau sur la chaussée a deux problèmes. Le premier est le coût pour la société. Un peu froid, direct, brutal mais réel : payer pour la bêtise de quelqu’un qui a volontairement pris un risque, c’est agaçant.
Mais le second est plus grave.
Les hôpitaux français ont perdu 43 500 lits en dix ans, tandis que les passages aux urgences repartent à la hausse (21,3 millions en 2024), saturant des services où 85 % des établissements ont déclenché un plan de tension cet hiver.
Dans ce contexte, chaque traumatisme crânien évitable par le port du casque, c’est une place aux urgences libérée pour quelqu’un d’autre.
Alors oui, c’est gênant, ça décoiffe (qui a la chance d’avoir encore des cheveux), mais porter le casque permet de rouler l’esprit tranquille. Donc oui, l’imposer est une bonne idée. C’est un peu l’équivalent de la ceinture de sécurité. Et encore, pas vraiment, puisque l’efficacité du casque ne varie pas selon la morphologie du reste du corps.
Pour rappel, une trottinette électrique, ce sont 500 € à l’achat, 100 €/an d’assurance et une consommation de 1,2 kWh/100 km.



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