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Fatbike : il fallait bien un méchant dans l’univers du gentil vélo

Le fatbike est devenu l’ennemi du cycle numéro 1. En Hollande d’abord, puis dans le reste de l’Europe ensuite. À chacun ses combats, me direz-vous. Certes, mais il y a un truc qui cloche avec celui-ci.

Fatbike : il fallait bien un méchant dans l’univers du gentil vélo

Le fatbike est le nouvel ennemi des gens en mal de mortels combats. Ont-ils raison ? Tient-on un véritable danger urbain ? J’ai voulu vérifier. Pour ça, je me suis fait 48 heures de vélo à Amsterdam (avec ses émanations de weed), j’ai testé une dizaine de ces vélos « fatbikes », j’ai analysé les chiffres et constats d’accidents qui y sont liés (ou non d’ailleurs). Le tout saupoudré d’un échange avec une personne politique qui avait réagi à la critique de son discours sur Caradisiac. Rien que ça !

Le monstre du Loch Ness

Bon, tout ceci est bien mignon, mais commençons déjà par poser les bases : le fatbike n’existe pas plus que le SUV. Il n’y a pas de critère réglementaire spécifique qui le définit, si ce ne sont des boudins de 7 cm de large pour l’un et des roues de 21 pouces pour masquer la haute garde au sol et les passages de roues proéminents pour l’autre. Dans la pensée populaire, le fatbike se gratifie d’une géométrie empruntée à la moto, aussi confortable qu’une randonnée avec un caillou dans chaque chaussure, mais offrant le style de Lorenzo Lamas qui aurait fini sa carrière chez Uber Eats. Dans la réalité, le fatbike est un VTT (souvent musculaire) à gros pneus qui dévale les pentes de montagnes.

Fatbike : il fallait bien un méchant dans l’univers du gentil vélo

Dans notre histoire, il est surtout question de vélos importés de Chine, via AliExpress et autres marketplaces du genre, dont le moteur ne respecte pas le règlement UE n° 168/2013 ni la norme NF EN 15194, qui limitent la puissance nominale à 250 W et l’assistance à 25 km/h (et que j’avais abordés dans l’essai du VTT Amflow).

Concrètement, deux familles cohabitent sur le marché « underground » de l’illégalité : les modèles débridés d’origine et ceux qui peuvent l’être par exécution logicielle.

Le problème étant posé, ces vélos seraient super dangereux d’après les médias et le gouvernement (et les chiffres hollandais, vous le verrez plus loin). Assez pour qu’on établisse des lois et un encadrement spécifique. Le hic : la loi punit déjà ce genre d’engin. Mais, surtout, l’autre problème, plus grave, n’est pas la vitesse.

La loi qui encadre les VAE (et que personne n’applique)

La LOM (loi n° 2019-1428 du 24 décembre 2019 d’orientation des mobilités, article 42) a réécrit les articles L317-1 et L317-5 du Code de la route pour intégrer expressément les VAE et les EDPM (trottinettes, gyroroues, hoverboards). Avant la LOM, le débridage des vélos était sanctionné, mais le statut du VAE débridé restait flou. Ce n’est plus le cas depuis fin 2019.

Un vélo débridé ou non homologué, c’est jusqu’à 30 000 € d’amende, un an de prison et la saisie du véhicule pour l’utilisateur. Pour le pro qui fabrique, importe, vend ou monte le kit, c’est 2 ans de prison et la même amende.

Donc ça s’enflamme beaucoup, mais il suffirait d’appliquer la loi existante pour régler ce problème.

L’angle mort : la responsabilité des marketplaces

Le L317-5 ne punit pas que le débrideur. Il vise le pro qui « fabrique, importe, expose, met en vente, vend ». Toute la chaîne, du fournisseur chinois au site marchand français. Or, ces « vélos » sont livrés en 48 heures et bénéficient même des aides régionales.

En 2024, l’inspection des transports néerlandaise (ILT) a saisi 16 500 fatbikes illégaux.

En France, la mention « pour usage privé, interdit sur la voie publique » exonère les revendeurs de toute implication légale. Imaginez vendre des armes avec la mention « ne pas tuer des gens avec ». Bien c’est pareil.

État des lieux : pourquoi le fatbike est dans le collimateur ?

Fatbike : il fallait bien un méchant dans l’univers du gentil vélo

Les drames existent bel et bien. Aux Pays-Bas surtout, avec une extrapolation à environ 5 000 hospitalisations annuelles, dont la moitié des victimes a moins de 16 ans et l’une d’elles y a laissé la vie. Mais pas de lien direct avec les fatbikes, ni avec les effluves de marijuana qui embaume les voies cyclables (ou la nuit, l’alcool et même les trois en même temps). On avait bien évoqué l’âge et le non-port du casque chez les personnes de plus de 60 ans. Mais ce n’est pas le problème ici.

En 2024, j’avais repris point par point le discours de Maud Gatel sur l’absurdité de viser un type de vélo à gros pneus plutôt que de combattre directement les vélos débridés. Ce qui m’a valu un échange téléphonique sur le fait que le terme était absurde.

Le chiffre-clé brandi par le marché : 96 % des fatbikes vendus en France seraient non conformes selon l’UESC (Union des Entreprises Sport & Cycle), avec environ 125 marques actives, surtout chinoises, qui distribuent via les marketplaces. Je n’ai pas eu accès à la méthodologie de l’étude.

Thomas Cazenave, maire de Bordeaux, compte bien mener la guerre à ces vélos et augmenter le nombre de contrôles. C’est qu’ils roulent à plus de 40 sur les pistes cyclables. Comme certains cyclistes, mais eux le font à la force des jambes. La vitesse semble être moins le souci que la manière de l’atteindre.

Systématiquement, le combat sonne comme une ode à Don Quichotte dont les moulins à vent seraient à pédales, au nom de la noble cause de la (non moins fameuse) sécurité.

Mon expérience avec les fatbikes

Fatbike : il fallait bien un méchant dans l’univers du gentil vélo

Mon travail implique de tester tout type d’engins : des voitures (et oui), des scooters, des trottinettes, des gyroroues, des trucs qui peuvent me tuer (skates électriques, OneWheel) et des vélos, parmi lesquels les fatbikes.

Ces derniers ne sont généralement pas super agréables à utiliser. La géométrie est une aberration, et le plaisir frôle le 2/10 (parce que ça reste cool de prendre l’air). Mais aucun n’était débridable. Ni par logiciel, ni par manipulation directe. Au mieux, ceux équipés d’une gâchette la voyaient, elle, débridée. De quoi les transformer en cyclomobiles de 250W totalement légaux sous réserve d’une assurance.

Bref, j’ai du mal à comprendre ce chiffre de 96 %. Surtout quand il vient d’un syndicat qui regroupe des distributeurs qui, eux, ne vendent pas de fatbike. Le biais est structurel : l’UESC a un intérêt direct à pointer du doigt la concurrence chinoise low-cost. Ce n’est pas un mensonge, c’est un angle.

D’ailleurs, lors de ce fameux échange téléphonique, j’avais demandé les chiffres et études qui permettaient d’affirmer que ces vélos étaient dangereux. Mon interlocuteur n’en avait pas. C’était « un ressenti lorsqu’ils roulaient sur les pistes cyclables ». Aussi, quand j’ai demandé s’il y avait beaucoup de lois fondées sur le ressenti, je n’ai pas eu de réponse.

Le vrai problème de ces vélos, ce sont leur conception en mousse et leurs batteries

Le combat des autorités est une volonté de rétablir l’ordre dans les sacro-saintes pistes cyclables. Mais le vrai sujet, ce sont ces vélos eux-mêmes, leurs batteries et les BMS médiocres qui engendrent des incendies. Un véritable problème que certains immeubles ont traité, en interdisant purement et simplement le stationnement de ces « vélos » dans les parties communes. D’autant qu’ils ne sont pas faits pour être débridés. Ils sont faits pour rien à part être vite jetés en réalité.
Ajoutez-y les composants bas de gamme qui cassent rapidement (jusqu’au cadre) et vous avez un engin qui prend 45 km/h sans être capable d’en encaisser 25 km/h, tout en pouvant mettre le feu à un immeuble lors d’une charge.

Apporte-moi mon repas, mais en souffrant STP !

Pendant ces 48 heures sur les pistes d’Amsterdam, j’ai roulé à côté des mêmes utilisateurs qu’à Paris : des livreurs avec le sac Picard vert isotherme et le combo jogging noir-doudoune.

Il n’y a pas de statistiques précises, mais au ressenti, les fatbikes sont principalement utilisés par les livreurs.

J’ai pu échanger avec certains d’entre eux et ils débrident à max 32 km/h et encore, pas souvent. Sinon, leur autonomie est divisée par 2 à 3 (leurs fatbikes ont l’efficience d’une armoire). C’est surtout la gâchette d’accélération qui les intéresse. Après avoir passé 10 h à livrer des Happy Meal froids, le moindre ersatz de repos est bon à prendre. Mais c’est toujours illégal (quand le cyclomobile est homologué, allez comprendre).

Manifestement, dans le ressenti (quel concept magique) collectif des pistes cyclables, il y a quelque chose qui passe mal dans le fait de se faire doubler par celui qui apporte le menu poke bowl et thé matcha Comme si la fluidité du livreur cassait la mise en scène. C’est, là encore, un ressenti.

Le mauvais procès d’un faux coupable qu’on peut détester

L’interdiction d’un type de vélo est juridiquement bancale, techniquement contournable et politiquement paresseuse. Avant de l’envisager, il y avait peut-être une étape simple à franchir : appliquer la loi qui existe déjà.

Mais je ne vais pas les défendre, ces gros vélos. Pour en avoir essayé une flopée, les retirer du paysage ne changerait rien, compte tenu du marché du cycle actuel, principalement de celui de l’occasion, qui permet, à tarif équivalent, de rouler avec des vélos qualitatifs et (nettement) plus endurants et durables. De là à les faire interdire…

Et ce vélo-cargo fatbike, légal, qui permet d’amener les enfants à l’école plutôt qu’avec le Modus DCI qui n’a plus son CT, on l’interdit aussi ?
Et ce vélo-cargo fatbike, légal, qui permet d’amener les enfants à l’école plutôt qu’avec le Modus DCI qui n’a plus son CT, on l’interdit aussi ?

Mais je doute qu’une loi contre une typologie de vélo soit la solution. Elle va déplacer le problème plutôt que le résoudre. Les fatbikes changeront de forme et non de fond. La source du souci est une volonté de gagner du temps, encore et toujours, pour en avoir plus pour soi ou gagner plus d’argent. Mais prendre de la hauteur sur les problèmes sociétaux ne semble pas être une priorité politique, même à l’échelle européenne.

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