États-Unis : Pourquoi des milliers de conducteurs s’en prennent aux caméras de surveillance routière
Aux États-Unis, une vague de sabotage d’une ampleur inédite vise un réseau de caméras de surveillance routière accusé de dérives liberticides et de surveillance illégale des citoyens.

Ce qui s’apparentait au départ à des actes de vandalisme isolés se propage comme une trainée de poudre à travers les États-Unis.
Une coalition citoyenne s’organise pour saboter les caméras d’analyse automatiques des plaques d’immatriculations de la société Flock Safety déployée sur l’ensemble du territoire.
Une base de données partagée sans mandat
Chacune des 100 000 caméras prend des clichés de chaque véhicule qui passe dans son champ de vision. Plaque d’immatriculation, marque, couleur, jusqu’au moindre signe distinctif sont enregistrés.
Le véritable problème réside dans le traitement des informations. Les données collectées par Flock sont automatiquement centralisées et partagées sur une plateforme accessible par l’ensemble des services de police partenaires. Un policier peut ainsi requérir en quelques clics l’historique complet des déplacements de n’importe quel citoyen, sans avoir à solliciter le moindre mandat judiciaire.
Abus de pouvoir et flicage privé
Cette facilité déconcertante à pister les individus, en dehors de tout cadre contradictoire ou contrôle d’un juge, a ouvert la porte à des dérives.
Une enquête publie par le Washington Post a révélé qu’au moins 50 policiers avaient été formellement accusés d’avoir détourné la plateforme à des fins personnelles. Dans la majorité des cas pour espionner les allées et venues de leur compagne ou de leur ex-conjoint.
La presse rapporte également des cas où le réseau Flock a été utilisé par des policiers pour traquer des femmes cherchant à souscrire une interruption volontaire de grosses dans un État voisin -un acte pénalisé dans plusieurs États conservateurs ou encore transmettre de manière illégale la position de migrants sans papiers aux agents fédéraux de l’immigration.
Face aux critiques, la direction de Flock, a qualifié publiquement une partie de ses opposants de "terroristes". Cela n’a fait que renforcer le mouvement de résistance.
Une alliance transpartisane inédite
La fronde réunit des franges de la société que tout oppose. À gauche, les défenseurs des droits civiques dénoncent une surveillance d’État ciblant les minorités et le droit à la santé. À droite, les libertariens et les mouvements constitutionnalistes y voient une atteinte au Quatrième amendement, qui protège les citoyens contre les perquisitions et saisies non motivées.
Sur le terrain, les associations de citoyens se constituent pour sommer leurs conseils municipaux de rompre leurs engagements avec Flock. La démarche semble porter ses fruits. Comme Los Angeles, plus de 70 municipalités ont officiellement résilié leurs contrats avec la firme ces derniers mois, selon le décompte de l’Union Américaine pour les Libertés Civiles (ACLU).
Dans le paysage politique américain, cette révolte contre la surveillance généralisée voit des citoyens de tous horizons unis pour réaffirmer le droit fondamental à circuler librement.




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