Hausse du pétrole : Faut-il généraliser l’indexation carburant à l’ensemble des professionnels ?
Face à la volatilité structurelle des prix à la pompe, des nombreux professionnels souhaitent que soit étendu le bouclier légal d’indexation dont bénéficie le transport routier, à l’ensemble des professionnels dépendants de leurs flottes automobiles. Bonne idée ou miroir aux alouettes ?

Alors que prix du baril dépasse de nouveau les 100 $ et que les prix à la pompe atteignent de nouveaux sommets, de nombreux gestionnaires flottes s’attendent à ce que la flambée des prix ait un impact négatif sur leur activité.
Pour se prémunir des aléas des cours pétroliers, les professionnels, dont les flottes sont encore majoritairement thermiques (90 % VUL carburent au gazole), demandent que l’indexation carburant (différent de la prime carburant de 100 €) jusqu’alors réservée aux entreprises de transport routier soit étendue à l’ensemble des professionnels utilisant leur véhicule pour travailler.
Privilège des uns, détresse des autres
La France possède une singularité juridique. Depuis la loi du 5 janvier 2006, le secteur du transport routier bénéficie d’une mesure « d’indexation carburant » qui permet au professionnel de répercuter directement le coût au client. Le gazole augmente, le client paie le surcoût. S’il baisse, il récupère la différence.
Mais qu’en est-il du plombier ou du maçon qui voit sa marge s’effondrer entre la signature du devis et le début du chantier ? Qu’en est-il du commercial dont les indemnités kilométriques restent fixes ? La tentation d’élargir le bouclier législatif à d’autres professions semble ainsi légitime. Elle n’est pourtant pas sans risque.
L’impact sur les prix et la transition énergétique
Généraliser l’indexation carburant par décret reviendrait à attiser le feu de l’inflation. Si chaque secteur -de la manufacture au commerce de détail- ré percute instantanément la hausse de l’or noir, c’est in fine le consommateur final qui devra payer la note. Avec comme perspective le retour de la spirale infernale « prix-coûts » que la Banque centrale européenne souhaite juguler.
La généralisation de l’indexation serait également un mauvais signal envoyé à la transition énergétique. Pourquoi faire l’effort de verdir sa flotte si on peut répercuter automatiquement le prix du carburant sur le client final.
C’est précisément parce qu’elles n’ont bénéficié d’aucune indexation carburant que 24 % des entreprises outre-Manche1 ont été contraintes de réviser la composition de leur flotte. La contrainte financière reste à ce stade le principal moteur de la transition énergétique, qu’on le veuille ou non.
Compter sur le contrat plutôt que sur l’État
Pour protéger leurs marges, les entreprises ne doivent pas attendre de nouvelles mesures étatiques.
Face à la contrainte budgétaire des finances publiques, le « quoi qu’il en coûte » devient bien illusoire. Impossible aujourd’hui de généraliser de manière permanente à l’ensemble de l’économie le bouclier carburant.
Pour pérenniser leur activité et absorber les coûts de l’énergie, les entreprises doivent généraliser l’usage de clauses d’indexation dynamiques (révisions adossées à des indices officiels NCR, INSEE…). Au moment de signer le contrat ou de répondre à un appel d'offres, les deux parties fixent un mois de référence et intègrent le prix du gazole à cette date.
Le pari de la transparence et de la clareté
Contrairement à une augmentation brute et arbitraire des tarifs, l’indexation formalise le lien entre le coût du carburant et la facture finale. Cela introduit de la transparence et automatise l’ajustement à la hausse (mais aussi à la baisse) des prix.
Le point critique de cette démarche réside dans le rapport de force commercial. Répercuter la hausse des coûts expose indéniablement l’entreprise à un risque de perte de clientèle, les clients finals cherchant eux aussi à préserver leurs propres marges. Un client qui refuse toute clause d’indexation fait porter l’intégralité du risque sur son prestataire, ce qui de fil en aiguille finira à terme par fragiliser toute la chaîne.
Ne vaut-il pas mieux prendre le risque de négocier plutôt qu’accepter des contrats à prix fixes dans un marché pétrolier volatil qui in fine conduit mécaniquement à détruire sa trésorerie avec le risque de frôler la cessation de paiements en cas de pics répétés et subits des cours du brut.
1- Fuel-price-impact-on-fleets, Right Fuel Card





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