L’Audi V8, un incroyable vaisseau hi-tech et… oublié !
Outre sa technologie de très haut niveau pour son époque, l’Audi V8 symbolise stratégie de montée en gamme de son constructeur : voici le jalon sans lequel la dynastie des A8 n’aurait pu voir le jour… Un morceau d’histoire puissant, luxueux et abordable, ça vous dit ? Dès 8 000 €.

Les collectionnables sont des autos revêtant un intérêt particulier, donc méritant d’être préservées. Pas forcément anciennes, elles existent pourtant en quantité définie, soit parce que le constructeur en a décidé ainsi, soit parce que leur production est arrêtée. Ensuite, elles profitent de particularités qui les rendent spécialement désirables : une motorisation, un châssis, un design, ou un concept. Enfin, elles sont susceptibles de voir leur cote augmenter. Un argument supplémentaire pour les collectionner avant tout le monde !
Dans son irrésistible montée en gamme, Audi a tenté une première fois d'attaquer les BMW Série 7 et Mercedes Classe S dès 1988 avec son improbable V8. Celle-ci se nomme d'après son moteur, le premier du genre produit par Audi depuis sa renaissance. Allié à la fameuse transmission intégrale Quattro, il constitue un ensemble unique sur le marché, ce qui devait assurer son succès à la voiture, par ailleurs très luxueusement équipée. Cela n'a pas fonctionné commercialement, mais l'Audi V8 demeure un engin atypique, puissant et emblématique d'une époque où la marque aux anneaux savait où elle voulait aller. Un jalon bourré de caractère, à collectionner d'urgence, car sa cote monte !

Une série de coups bien assénés. Depuis sa renaissance en 1965, l’histoire d’Audi ressemble à une course de longue haleine jalonnée d’exploits. On pense à la première 100 (1968), conçue en catimini, à la 200 Turbo qui réintroduit en 1979 la suralimentation dans le haut de gamme, à la fameuse Quattro (1980) qui popularise la transmission intégrale, voire à la 100 C3 au Cx record lors de son lancement en 1982…
Les ventes croissent de façon exponentielle, l’image de marque également, pourtant, BMW et Mercedes restent devant. La raison ? Leurs succès sur le marché US, où Audi a plus de mal à percer. Cela dit, cela change avec la 5000 (l’appellation de la 100 C3 outre-Atlantique), dont la ligne ultramoderne plaît. Audi dispose du turbo, mais manque de ce gros moteur dont raffolent les Américains : un V8. Alors, on s’attèle à la tâche dès 1984 en partant de deux 4-cylindres 1,8 l qu’on allie, et en 1988, au salon de Paris l’Audi V8 est lancée.

En gros, il s’agit d’une 200 Quattro 20V dotée d’un 8-cylindres en V à quatre arbres à cames en tête, d’un avant spécifique, de voies élargies (avec un nouveau train arrière à bras supplémentaires) et de presque toutes les options possibles. Son bloc de 3 562 cm3 (soit deux fois 1 781 cm3, la cylindrée d’une Golf II GTI par exemple), tout alliage développant 250 ch grâce à ses 32 soupapes s’allie à une toute nouvelle boîte auto ZF à quatre rapports gérés par électronique, et, bien sûr, à la sophistiquée transmission intégrale permanente chère à Audi.

La V8 (qui aurait pu s’appeler 300) a de quoi donner la réplique à des rivales aussi prestigieuse que les BMW 735i E32, Jaguar XJ6, Mercedes W126 420 SE, d’autant qu’elle dispose d’un atout spécifique : les quatre roues motrices. Hélas, tout ceci se paie cher sur la balance (1 710 kg) et chez son concessionnaire : 420 000 F, soit 118 800 € actuels selon l’Insee. Ce prix tarif colossal va certes de pair avec un équipement riche : clim auto, sellerie en cuir à réglages électriques, hifi, ABS, hifi, et même le système Procon-Ten qui éloigne le volant du conducteur en cas de choc. En option, on trouve le correcteur d’assiette, le toit ouvrant, la banquette chauffante voire le régulateur de vitesse.

La sauce prend-elle ? Non. D’une part, l’Audi V8 coûte 85 000 F de plus qu’une BMW 735i, d’autre part, elle ne se différencie guère visuellement d’une 100 diesel. Pas très prestigieux. Et un autre handicap, plus inattendu celui-ci, vient des USA. Audi a été l’objet d’un scandale injustifié qui a totalement ruiné non seulement la carrière de sa 5000 mais aussi son image. Résultat, la V8, qui est exportée outre-Atlantique, s’y vend très mal, alors même que la Lexus LS400 y fait un malheur...

En janvier 1990, l’Audi peut s’équiper d’une boîte 6 manuelle, puis elle se décline en version L (pour Lang, étirée de 30 cm) et en juillet 1992, elle bénéficie d’une vraie évolution. Revu, son moteur passe à 4,2 l et 280 ch, de quoi frôler les 250 km/h ! En sus le double airbag et le régulateur de vitesse sont désormais de série. Mais le prix, gonflé à 520 000 F (138 000 € actuels) n’aide absolument pas la voiture à se vendre.

Celle-ci vivotera jusqu’à l’arrivée de sa remplaçante, l’A8, apparue en 1994, qui connaîtra une destinée toute autre grâce à sa structure en aluminium. Un autre coup marqué par Audi, après l’échec de la V8. Avec celle-ci, le constructeur d’Ingolstadt, bridé par un directoire de VW très prudent, n'a pu se doter d’un haut de gamme qu'à moindre frais, un peu comme Peugeot avec la 604 et encore, sans la carrosserie spécifique. Un modèle de transition en somme, dont Ferdinand Piëch, nommé patron d’Audi en 1988, espérait vendre 14 000 unités annuelles. Au total, ce seront moins de 22 000 exemplaires qui s’écouleront en six ans…

Combien ça coûte ?
En bon état, une Audi V8 3,6 l débute à 8 000 €, et culminera à 13 000 € si elle est vraiment très belle. Ajoutez aisément 2 000 € pour une 4,2 l. Evidemment, en cas de très faible kilométrage, les prix s’envolent, surtout en Allemagne, où la V8 est déjà bien plus chère qu’en France. Il ne serait pas étonnant qu’il en aille bientôt de même chez nous… Les Lang ? A titre indicatif, Bonhams a vendu une belle 4,2 l (mais à réviser) pour 14 560 € en Allemagne en décembre 2024.

Quelle version choisir ?
Vu le faible écart de prix, mieux vaut une 4,2 l, plus performante, équipée et aboutie.

Les versions collector
Toutes, en particulier les 4,2 l, moins courantes que les 3,6 l auto, surtout avec la boîte manuelle. Les Lang sont plus rares mais pas forcément plus recherchées.

Que surveiller ?
L’Audi V8 pâtit de cette combinaison de caractéristiques a priori délétère : fabrication ancienne et haute technicité. Heureusement, elle bénéficie d’une construction de haute qualité, et affiche une grande fiabilité moteur. Son V8 encaisse de très gros kilométrages, à condition d’avoir été bien entretenu, ce qui passe par un changement (coûteux) de la courroie de distribution tous les 120 000 km maxi.
De son côté, la transmission complète a besoin de vidanges régulières, ce qui n’empêche pas une faiblesse du convertisseur de la boîte auto. A surveiller également, l’état des bobines. Dans l’habitacle, le vieillissement est excellent, mais les dysfonctionnements électriques sont potentiellement nombreux, alors que l’afficheur de l’ordinateur de bord perd ses pixels. Le souci, ce sont tous les petits pépins que l’on peut rencontrer vu l’âge de la voiture (silentblocs à changer, connecteurs défectueux, etc.), pas forcément simples à trouver, Audi n’ayant pas développé de programme très évolué pour ses anciennes.
Surtout, les freins avant, de conception originale (les étriers mordent les disques par l’intérieur) sont très, très onéreux : plus de 600 € pièce. Bizarres, ils sont souvent surnommés UFO (OVNI en anglais). Dans tous les cas, il faut opter pour un exemplaire dûment suivi, et sans corrosion, même si la V8 résiste vaillamment à la rouille, ses tôles étant galvanisées. Globalement, sa maintenance coûte cher, ce qui est logique vu son standing.

Sur la route
La ligne tendue de la V8 affiche un charme typiquement eighties. On peut ne pas aimer, mais personnellement, j’y suis sensible, même si elle se différencie trop peu de celle d’une banale 100 C3. Même topo dans l’habitacle, qui reste celui de la 100 dans ses grandes lignes. Dans le détail, la profusion de bois et de cuir lui confère un certain cachet, d’autant que la finition est très soignée.

On est fort bien installé dans les sièges, et on trouve une position de conduite impeccable, même si le volant ne se règle pas. Etonnant… Mais la visibilité panoramique tranche avec l’ambiance panzer des modèles actuels ! Le moteur envahit ce cockpit chic et vintage d’une sonorité typiquement V8, mais feutrée. D’ailleurs, l’insonorisation demeure remarquable, tout comme le confort général, les suspensions effaçant les inégalités très proprement. De sorte qu’en conduite tranquille, cette Audi distille un grand agrément.

Seulement… Son 3,6 l, s’il séduit par sa douceur et son onctuosité, manque de punch. Il s’exprime mieux dans les tours, seulement, la boîte auto, douce mais lente, et le poids élevé le musèlent. De plus, si la V8 rassure et file de façon imperturbablement droite sur autoroute, elle n’aime pas les virolos, où elle se révèle pataude et sous-vireuse. En réalité, on a affaire à un vaisseau autoroutier, certes un peu gourmande : 13 l/100 km en moyenne.
L’alternative youngtimer
Audi A8 W12 (2001 – 2002)

Vous voulez un vaisseau-amiral Audi aussi excessif que la V8 en son temps ? Alors il faut vous tourner vers l’A8 W12, au moteur exceptionnel. En effet, celui-ci, en réalité l’assemblage de deux VR6 (ce qui rappelle le V8, assemblage de deux 4-cylindres 1,8 l), comporte 12 cylindres en W. Cela donne un 6,0 l développant 420 ch, qui s’allie, bien sûr à une transmission intégrale et une boîte auto ZF Tiptronic à 5 rapports.
Grâce à une construction en aluminium, l’ensemble reste sous les deux tonnes, ce qui favorise l’obtention de hautes performances : 250 km/h au maxi, pour un 0 à 100 km/h effectué en 5,8 s. Cela dit, le but de cet engin est bien le confort et non le sport, comme en témoignent la carrossée allongée (5,16 m) la suspension pneumatique et l’équipement considérable. Une Audi superlative, rapide, confortable, sûre et exclusive. Elle ne sera produite qu’à 650 unités environ. Dès 18 000 €.
Audi V8 (1989), la fiche technique
- Moteur : 8 cylindres en V, 3 562 cm3
- Alimentation : injection
- Suspension : jambes de force, triangles, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis (AV) ; bras superposés ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis (AR)
- Transmission : boîte 4 automatique, quatre roues motrices
- Puissance : 250 ch à 5 800 tr/min
- Couple : 340 Nm à 4 000 tr/min
- Poids : 1 710 kg
- Vitesse maxi : 235 km/h (donnée constructeur)
- 0 à 100 km/h : 9,2 s (donnée constructeur)
> Pour trouver des annonces d'Audi anciennes, rendez-vous sur le site de La Centrale.




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