La plus fabuleuse voiture de l’Histoire fête ses 100 ans, elle est française et nous avons roulé à son bord !
Pensée en 1926, la Type 41 Royale matérialisait les rêves les plus fous d’Ettore Bugatti, qui voulait proposer aux grands de son monde une voiture démesurée. Par sa longueur mais aussi la taille de son moteur, ses performances et… son prix. Cent ans après, elle est plus impressionnante que jamais, surtout quand on en est passager !

« Rien n’est trop beau, rien n’est trop cher ». Ces paroles d’Ettore Bugatti annoncent la démesure de la voiture qu’il veut concevoir pour les personnages les plus puissants et riches de la planète, en particulier les nobles : la type 41 Royale. Que de chemin parcouru depuis la minuscule Bébé qu’il a créée pour Peugeot !
L’Italien naturalisé français va consacrer énormément de temps et d’argent à son projet fou, aux caractéristiques superlatives. L’empattement atteint 4,30 m, le moteur 8-cylindres en ligne dépasse les 10 l de cylindrée, le poids flirte avec les 3,5 tonnes avec certaines carrosseries, et la vitesse maxi passe les 200 km/h. Tout ceci mis ensemble n’existe alors pas.

Le premier prototype roule dès la fin 1926, voici bientôt cent ans, et il s’équipe alors d’un gigantesque moteur de 14,7 l de cylindrée ! La voiture est commercialisée en 1927, avec un 12,7 l, au prix stratosphérique de 600 000 F, soit trois fois celui d’une Rolls-Royce… Bugatti n’étant pas légitime sur ce segment de l’hyper-luxe, la Royale ne se vend pas comme prévu : sur les 25 envisagées, 6 seulement seront produites à l’époque, et la première vendue… en 1932. En tout, quatre seulement trouveront preneurs.

Perte totale pour Ettore ? Non. Il parviendra à écouler le moteur de la Royale, mais pas pour une voiture : pour des autorails assez fantastiques. Après sa mort en 1947, les deux Royale possédées par la famille Bugatti seront finalement vendues. Il s’agit du coupé Napoléon type 41100, acheté par l’alsacien Fritz Schlumpf en 1958 et du coach Kellner type 41141, repris par Briggs Cunningham dans les années 50. Ce dernier se portera aussi acquéreur de la berline de voyage type 41150 au style « fiacre ».

Schlumpf parviendra à retrouver aussi la trace de la limousine Park Ward type 41131 au USA, où il la rachète, en 1963, après bien des échanges tumultueux au controversé collectionneur John Shakespeare (à qui il reprendra 32 autres Bugatti). Schlumpf constitue ainsi la plus fabuleuse collection de Bugatti qui soit, et de voitures tout court d’ailleurs, qui est devenue le Musée National de l’Automobile à Mulhouse (en soi, une histoire incroyable). Celui-ci possède dont deux Royale, plus une recréation du sublime Roadster Esders équipée d’un moteur d’autorail (à un seul allumage, contre deux au moteur des voitures).

Afin de fêter le centenaire de la type 41, un concours d’Elegance a été organisé (dont nous reparlerons bien vite), et à cette occasion, les techniciens du musée ont redémarré le moteur de la Park Ward pour qu’elle participe à la parade des Royale. Ainsi, on l’a vu rouler, avec le coupé Napoléon et l’Esders, un moment magique entre tous.

Mieux que ça, nous avons pu embarquer dans la Park Ward, à la banquette profonde et à l’espace aux jambes… royal ! Le moteur émet un grondement doux et pourtant impressionnant, administre une poussée puissante dès qu’on roule ou presque, alors que la boîte… semble bien difficile à manier, à en juger par les craquements qu’elle émet, alors que le chauffeur, un technicien du musée, connaît bien le modèle.

N’empêche, effectuer quelques tours de la petite piste jouxtant le musée à bord de cette limousine classée monument historique constitue un événement marquant dans la carrière d’un journaliste automobile qui n’arrive pas à être blasé… Un peu triste tout de même qu'en France, on n'arrive plus à penser l'automobile en grand, comme à l'époque d'Ettore Bugatti.











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