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La Sécurité routière vous rend moche pour vous sauver la vie

Dans Pratique / Sécurité

Jérémy Fdida

Le 7 août dernier, la Préfecture de police a changé les règles de circulation en imposant le gilet jaune et le casque aux usagers d’EDPM, afin d’éviter qu’ils se fassent écraser. C’est que la jupe était trop courte…

La Sécurité routière vous rend moche pour vous sauver la vie
Depuis le 7 août 2026, les usagers d’EDPM doivent porter un casque et d’arborer un gilet à haute visibilité

Depuis le 7 août 2026, les usagers d’EDPM (trottinettes électriques, gyroroues, gyropodes, cyclomobiles légers, hoverboard) circulant dans Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne se doivent de porter un casque et d’arborer un gilet jaune ou toute autre tenue réfléchissante. À défaut, ils risquent une amende de 135 euros pour le premier et de 35 euros pour le second.

2 idées : une bonne et une bonne… sur le papier

Pour le casque, c’est logique. Les EDPM étant principalement des trottinettes, des engins qui ne demandent qu’à basculer vers l’avant (faire un soleil dans le jargon) en cas d’obstacle. Et ce sera souvent la tête qui prendra en premier, d’autant que les mains resteront forcément derrière. Puis c’est le moyen de protéger le crâne du froid comme du chaud (c’est tout bénef).

Pour le gilet jaune, l’idée n’est pas de vous motiver à faire des barbecues sur des giratoires en vociférant contre une essence à 2 € le litre (le palier a été franchi depuis longtemps) mais bien de rendre plus visibles les gens en EDPM et principalement en trottinettes.

C’est là que le bât blesse. Si vous êtes heurté par une voiture en trottinette, ce n’est pas parce que la personne ne vous a pas eu dans son champ de vision. C’est soit parce que vous avez surgi soudainement pendant qu’elle consultait TikTok au volant, soit c’est vous, le rider, qui êtes venu vous empaler sur la voiture. Donc un gilet jaune, laid, qui prend le vent comme un drapeau ne vous évitera pas des accidents. Déjà que nous n’avons pas l’air malins dessus. Évitons d’enfoncer le clou du manque de style en pensant éviter d’y mettre le dernier du cercueil.

Cependant, l’élément réfléchissant (il faut bien que quelque chose réfléchisse) est utile de nuit, dans les endroits peu éclairés et surtout lorsque les riders n’allument pas le phare de leur engin (certains pensant à tort économiser de la batterie, car la consommation est ridicule). Heureusement, la majorité des nouveaux modèles, même en entrée de gamme, s’accompagne d’un allumage automatique.

Les statistiques qui ne corroborent pas totalement l’idée

Côté chiffres, c’est validé pour le casque. Selon le bilan 2025 de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), 80 utilisateurs d'EDPM ont perdu la vie l'an dernier, contre 45 en 2024, soit une hausse vertigineuse de plus de 77 %. Du côté des blessés graves, la courbe est tout aussi alarmante avec 1 100 blessés, soit une augmentation de 33 % en un an. Et par blessé, on parle de reconstruction de visage, de mâchoire défoncée, de brûlures et de traumatisme crânien engendrant une invalidité.

D’ailleurs, les reproches des usagers sont principalement le manque de confort et le risque d’être décoiffé. Mais un trou dans la tête est difficile à rattraper, même pour Cristina Cordula.

Pour le gilet jaune, c’est plus discutable. Les statistiques de manque strict de visibilité en plein jour ne sont pas légion dans l'accidentalité, les rapports pointant plutôt les pertes de contrôle ou l'inattention. Imposer l’élément réfléchissant sonne donc comme du victime blaming pour être plus visible aux yeux de gens qui ne les ont pas assez ouverts… sur la route.

Rien pour les vélos, même électriques

Les cyclistes, pour leur part, ne sont pas concernés. La première raison est une affaire de classification juridique. Un vélo à assistance électrique (VAE) reste assimilé à un "cycle" classique car son assistance se coupe à 25 km/h, tandis que les EDPM constituent une catégorie de véhicules à part entière dans le Code de la route depuis 2019. C’est pour ça que la loi sur les EDPM ne s’applique pas sur les vélos. Ce n’en est pas.

La seconde raison, c’est qu’à chaque volonté d’imposer le casque, c’est un branle-bas de combat. Les membres des associations hurlent à la liberté, le visage maquillé façon Mel Gibson dans Braveheart. Mais la tendance est à l’adoption en masse. « On fait ce qu’on veut, mais on le fait quand même ». Toujours en brandissant la peur de voir un délaissement du vélo en cas de loi punitive du port du casque. Tant que le résultat est positif, on ne va pas se plaindre.

Des effets sur le long terme en punissant les victimes ?

C’est toute la question. Il est toujours difficile d’aller contre une mesure sécuritaire. Nous verrons si les résultats sont positifs et si cela a engendré une baisse de l’utilisation d’un moyen de transport dont le prix tourne autour des 500 euros et qui permet de parcourir 10 000 km pour 35 € d’électricité.

Car toute cette machine mise en place a tout de même comme point d’ancrage l’écologie, la préservation de la planète et la baisse du rejet de gaz à effet de serre. Évidemment, cela ne doit pas se faire au détriment de la sécurité. Mais ces derniers temps, il semble que ce mantra

se soit effacé au profit d’une réalité économique violente. Quant à cette sécurité, elle est légère. Cela revient à imposer les jupes longues pour éviter les viols. Le problème n’est pas l’utilisateur. Certes, les comportements inconscients existeront toujours et vous verrez 3 personnes sans casques sur des trottinettes. Mais comme d’habitude, la cohabitation entre les usagers reste le problème majeur et il est complexe à régler. Alors en attendant, autant forcer les utilisateurs et tant pis s’il préfère reprendre le Modus DCI pour faire les courses.

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