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Mondial de l'auto 2026

"Les Chinois ont la technologie, mais nous avons l'histoire."

Dans Futurs modèles / Concept-cars

Jean Savary

Pour nous détourner des constructeurs chinois, Renault et Stellantis nous prennent par les sentiments : néo 2CV et sa version fourgonnette, R8 Gordini, Alpine A 310 et même une future Peugeot 208 en forme de 205. Charmant, c’est sûr, mais payant ?

"Les Chinois ont la technologie, mais nous avons l'histoire."
Le Peugeot Vision RCZ, un coupé électrique auquel le lien avec un modèle d'hier apporte un supplément d'âme.

C’était la veille de l’ouverture du Mondial de l’auto, j’écoutais distraitement la radio lorsque j’ai entendu cette forte phrase qui me revient au moment d’écrire ce billet. Elle disait à peu près ceci : « Les constructeurs occidentaux ont quelque chose que les constructeurs chinois n’ont pas, leur patrimoine historique qui permet de recréer des modèles qui parlent au cœur. »  Même avec l’aide de l’IA, je n’ai su retrouver l’auteur de cette forte pensée, ou plutôt lequel, car ce credo était sur les lèvres de beaucoup de dirigeants à la Grand messe parisienne. Arnaud Belloni, ancien de Renault, nouveau patron de Fiat : « Ils peuvent nous copier mais ne peuvent pas prendre notre héritage. C'est un énorme avantage compétitif". Alexandre Malval, directeur du design de Renault à propos de ses R5 et R4: "Ces modèles ont un capital sympathie et émotionnel déjà bien présent qui nous permet de nous démarquer de l'uniformisation du marché et de sortir du lot." J’ai aussi noté un plus direct «Les Chinois ont la technologie, mais nous, nous avons l'histoire. Ça ne s'achète pas. » mais j’ai oublié de noter le nom de l’auteur.

2CV, R8 Gordini, Renault Espace, Peugeot RCZ...: exclusivement des références au passé dans ces concept-cars tricolores exposés au Mondial.
2CV, R8 Gordini, Renault Espace, Peugeot RCZ...: exclusivement des références au passé dans ces concept-cars tricolores exposés au Mondial.

Histoire de France contre technologie chinoise 

Dans mes recherches, je suis aussi tombé sur ce verbatim pêché dans une newsletter pro, dont l’auteur « un cadre français d’un constructeur… chinois » requiert l’anonymat, on comprend pourquoi : « Au Mondial de l’Auto, l'innovation était chinoise. Les marques françaises, elles, innovent dans la nostalgie : elles ressortent les modèles d’hier au lieu d’inventer ceux de demain. »

Arrgh, le fourbe, l’immonde félon, le maudit renégat, le perfide judas (le dictionnaire des synonymes me propose aussi « parjure » mais on ne prête pas serment dans l’industrie automobile) n’ai-je tant écrit que pour lire cette infamie ?

Hélas, il a raison le bougre : j’ai beau chercher dans mes dossiers du Mondial, je ne trouve pas trace de la moindre invention conceptuelle, d’une seule nouveauté technologique du côté de Renault ou Stellantis.

"Les Chinois ont la technologie, mais nous avons l'histoire."

Rien que des rééditions de silhouettes du passé, les remises au gout du jour d’anciennes gloires comme cette Peugeot E-T16 qui pourrait annoncer la future 208 et, plus étonnant, redessinée de frais et belle comme une Vaillante, l’A310 des années 80. Comme si Alpine voulait s’excuser d’avoir commis le boursouflé SUV A390 qui trône à côté. Et surtout, clou de la reconstitution historique, le grand retour de Sainte Deuche et de sa sœur fourgonnette, toutes deux pressées par la foule en émoi.

Je n’ai rien contre le néo-rétro, j’en suis même depuis longtemps client pour mes motos et j’admets que le coup a souvent réussi (Fiat 500, Mini et plus récemment la R5). Mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’une telle profusion de résurrections évoque un peu la mise au tombeau de notre industrie.

Une nouvelle Polo, pas une néo-Polo

Les Allemands ne font pas ça. Porsche n'a jamais eu à faire un revival de sa 911, vu qu’elle n’est jamais morte, ni pour la même raison Volkswagen de ses Golf, Polo ou Passat, pas plus BMW de ses différentes Séries ou Mercedes de ses multiples Classes. D’accord, il y eu la Beetle et désormais l’ID buzz, mais ça ne prétendait pas supplanter les gammes existantes de VW.

Quand les Français font, défont et refont leurs gammes dans un perpétuel renversement de table, les Allemands perpétuent sagement leurs « wagen », les peaufinent, les améliorent : tout simplement ils les modernisent.

A de rares exceptions près (Clio, Captur, 205/206/207/208) nous Français ne savons pas capitaliser sur nos succès. Contrairement aux allemandes, jamais ou presque une nouveauté française n’évoque clairement sa devancière, ni même ne semble en dériver.

Même les noms doivent changer, par renumérotation comme Peugeot qui a fini par caler sur le 9 de sa vieille 309 ou par invention de nouveaux noms comme Renault, qui baptise aussi vite qu’il enterre ses patronymes et désormais les déterre.
Même les noms doivent changer, par renumérotation comme Peugeot qui a fini par caler sur le 9 de sa vieille 309 ou par invention de nouveaux noms comme Renault, qui baptise aussi vite qu’il enterre ses patronymes et désormais les déterre.

Nous abusons du nouveau, de la rupture. Pourquoi le somptueux coupé 406 a t’il sombré dans le 407 ? Pourquoi la Vel Satis a-t-elle renoncé à la Safrane ? Pourquoi la sympathique Twingo est-elle devenue une triste mini Clio, l’Espace V plus un Espace mais un SUV vulgaire. On pourrait multiplier les exemples de ces « on efface tout et on recommence » et compter, de l’autre côté du Rhin les équivalents de nos si innovantes 1007, Vel Satis, Cactus, Pluriel, Avantime et autres bides somptuaires.

Les Français tiraient les premiers

Berlingo et Kangoo, pionniers de la catégorie des ludospaces
Berlingo et Kangoo, pionniers de la catégorie des ludospaces

Mais au moins, nous inventions, nous innovions. Certes pas dans la grosse technologie, mais dans les concepts, les formes, les fonctionnalités, l’ergonomie. Quand la société, les aspirations, les besoins changeaient ou évoluaient, les constructeurs français tiraient toujours les premiers, de la DS à la R16 en passant par la 4L, la Méhari, le Berlingo, l’Espace, le Scénic. Nous inventions de nouvelles catégories, la familiale 5 portes, le véhicule de loisir, le ludospace, le monospace compact…

Aujourd’hui, quels sont les besoins, où est la demande ? Me trompé-je beaucoup en affirmant que l’acheteur réclame des voitures moins chères mais pas forcément petites, moins gourmandes - mais pas forcément électriques pour un temps encore - moins inutilement sophistiquées, hautes d’assise (on ne posera plus nos fesses à 30 cm du sol), mais pas forcément de plafond, plus vraiment des berlines mais plus tout à fait des SUV.

Tout ceci pour dire que même si j’aime beaucoup la future nouvelle 2CV, et aussi les néo R5, R4, Twingo et même la Gordini, je pense que Renault et Stellantis gagneraient à porter le regard un peu moins dans le rétroviseur et d’avantage à travers le pare-brise : la nostalgie ne doit pas devenir la nostalgite, une vilaine maladie gériatrique dont ils ne se remettraient pas.

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