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Pourquoi la France est tellement accro au diesel et paie si cher son addiction

Autrefois économique, le gazole est devenu un produit de luxe. C’est notre attachement historique au mazout qui alimente aujourd’hui, en partie, sa rareté. Entre l’héritage des années 1980, et une dépendance aux raffineries du Moyen-Orient, d’où est importé 50 % de notre diesel, la France paie le prix fort.

Pourquoi la France est tellement accro au diesel et paie si cher son addiction
Les Français ont longtemps adoré le diesel. Photo : MaxPPP.

Pendant des décennies, le gazole a été le carburant idéal pour faire des économies. Mais depuis deux mois, il est devenu un produit de luxe, en raison d’un étonnant paradoxe : l’amour des Français pour le diesel.

Ce n’est pas que les pétroliers et les distributeurs veulent faire payer cher aux citoyens de l’hexagone leur attachement au mazout, mais c’est bien parce que ce carburant est si demandé, qu’il est, non pas en situation de pénurie, mais plus rare que le sans-plomb.

La France championne d’Europe du diesel

Tout ce qui est rare et cher et le gazole ne fait pas exception : la France doit importer plus de la moitié de sa consommation. En 2024, selon l’Ufip, elle en a fait venir 25 millions de m3 dans l’hexagone, soit la moitié de l’ensemble du mazout brûlé par l’UE.

Pas de chance : 50 % de ce fameux diesel est raffiné au Moyen-Orient, alors que le sans-plomb quant à lui ne provient qu’à 20 % du Golfe. Résultat entre les accès par le détroit d’Ormuz bloqués et les raffineries pilonnés par les drones, depuis le début de la guerre, notre gazole a prix cher.

Mais pourquoi la France sent-elle le mazout plus fort que ses voisins ? La raison en est historique et remonte au lendemain de la seconde guerre mondiale. Il faut reconstruire le pays, et les Français doivent pouvoir se chauffer en hiver.

Alors les gouvernements successifs de la IVe République favorisent le diesel en allégeant ses taxes. Les particuliers se chauffent au mazout, les tracteurs comme les camions roulent au gazole et tout le monde est content.

Les professionnels, qui roulent au mazout ont manifesté pour réclamer des aides. Photo : MaxPPP.
Les professionnels, qui roulent au mazout ont manifesté pour réclamer des aides. Photo : MaxPPP.

Mais lorsque la Ve République est arrivée, le nucléaire a débarqué et la consommation de mazout a baissé dans les foyers en faveur de l’électricité. En parallèle, les centrales électriques au fioul ont fermé petit à petit. Que faire des surplus ? L’État a incité les constructeurs auto a se lancer dans le moteur diesel, et en moins de trois décennies, le parc s’est transformé et en son temps, durant une période, PSA a été le premier fabricant de blocs diesel au monde. Le parc français carburait au mazout à 4 % en 1980, pour atteindre 62 % en 2008, une époque ou même la Renault Twingo 2 roulait au gazole.

Depuis, le dieselgate est passé sous les ponts et, à partir de 2015 la part du diesel a fondu. Il ne représente aujourd’hui plus que 2 % des ventes des autos neuves. Sauf que le parc vieillit et que près de la moitié des autos en circulation, soit 19 millions, sont encore gavées de ce carburant odorant. C’est 5 millions de moins qu’en Allemagne.

En plus, comme ce sont justement ces diesels qui roulent le plus, ainsi que quasiment tous les utilitaires et de nombreux transports en commun, c’est ce carburant-là qui reste la star des pompes.

Sauf que, depuis deux mois, le diesel a décollé vers la stratosphère. Selon une moyenne calculée par l’AFP sur la base des données gouvernementales. le litre a augmenté de 59 centimes depuis le 28 février, contre 28 centimes pour le SP95-E10, et 26 centimes pour le SP98.

Juste avant l’annonce du fragile cessé le feu entre les États-Unis et l’Iran, le 7 avril dernier, le gazole explosait les scores en atteignant 2,337 euros en moyenne nationale.

Alors que faire ? Le gouvernement a demandé aux raffineries françaises d’augmenter leurs efforts pour produire plus de gazole, ce qu’elles ont fait. Mais selon l’UFIP, cette hausse reste très marginale et ne dépasse pas 5 %. Pas suffisant pour faire baisser le prix du gazole qui se décide selon la cotation d’Amsterdam qui fixe ses prix pour l’Europe.

La baisse des prix n’est pas pour demain

Du coup, quelle solution pour limiter la casse ? En IIrlande, le deuxième pays le plus diésélisé d’Europe, le gouvernement a posé 500 millions d’euros sur la table alléger la douloureuse après des manifestations et des blocages. La France a fait un effort cinq fois moins important et l’a réservé aux seuls professionnels. Sauf que le dette irlandaise est de 209 milliards d’euros, soit 32,8 % du PIB, et que celle de la France atteint 3 300 milliards et 109 % de son PIB.

Alors, à Matignon, on rentre la tête dans les épaules pour laisser passer le boulet et l’on attend la réouverture totale du détroit d’Ormuz. On attend aussi que les raffineries qui distillent notre précieux mazout, très abîmées par la guerre pour certaines, soient réparées. Ce qui pourrait prendre, au bas mot, plusieurs mois.

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