Carburants : pourquoi le bouclier tarifaire de TotalEnergies met le pistolet sur la tempe des pompistes indépendants
Les stations-service indépendantes, viennent de saisir l’Autorité de la concurrence pour dénoncer le bouclier tarifaire sur les carburants mis en place par TotalEnergies. Une pratique jugée anticoncurrentielle qui les asphyxie.

En pleine crise pétrolière, le bouclier tarifaire sur le prix des carburants mis en place par TotalEnergies s’avère salutaire pour le porte-monnaie des automobilistes, mais cauchemardesque pour les stations-service indépendantes.
La Fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FF3C), défenseur des pompistes traditionnels, vient de saisir l’Autorité de la concurrence. Le géant de l’énergie abuserait de sa position pour mener une politique qui asphyxie ses rivaux.
Du volume et des marges
Le plafonnement des prix sur les carburants a permis à TotaleEnergies d’enregistrer des volumes en hausse de 20 % à 40 % sur l’ensemble de son réseau. Dans le même temps, près de la moitié (43 %) des stations indépendantes déplorait une chute de leurs ventes de carburants de « 10 % à 50 % », selon la FF3C.
En reconduisant pour le mois de juin son bouclier tarifaire - limitant le prix à la pompe à 1,99 €/l essence et à 2,25 €/l diesel - le pétrolier continue sa guerre des prix qui, si elle satisfait les automobilistes, désespère les stations-service indépendantes.
« Un gros opérateur qui aligne dix pompes peut se contenter d’une marge de deux centimes par litre, le volume fait le bénéfice », souligne un indépendant drômois, incapable de rivaliser avec les géants de la distribution de carburants avec seulement deux pistolets (diesel et sans plomb 95). L’asymétrie des modèles économiques entre le réseau du géant de l’énergie et les indépendants cristallise fortement les tensions.
Le mécanisme de l’asphyxie
Acteur dit « intégré », le groupe pétrolier maîtrise l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’extraction du brut au raffinage, jusqu’au pistolet de la pompe.
Les profits historiques engrangés en amont par la multinationale — près de 5 milliards d’euros au premier trimestre — lui permettent de subventionner massivement son réseau de distribution et de supporter des marges réduites à la pompe. « Le réseau Total pratique des prix que personne d’autre ne peut pratiquer », a expliqué sur les ondes de Radio France, Frédéric Plan, le conseiller national de la FF3C.
Le pompiste indépendant n’est quant à lui qu’un simple revendeur. Il achète son carburant au prix -fort- du marché et dépend exclusivement des marges obtenues par sa vente pour payer ses charges. S’aligner sur les prix bloqués TotaElnergies équivaudrait à vendre à perte. Une pratique intenable et interdite.
La bataille juridique
Mais pourquoi saisir l’Autorité de la concurrence ? « Nous travaillons sur le long terme pour dissuader une entreprise qui maîtrise l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de pratiquer de telles tarifications au détriment du marché de la distribution » explique Jacques Goisque, Directeur général de la FF3C. Et d’indiquer à Caradisiac, voir dans cette pratique « un abus de position dominante qui fragilise un peu plus le maillage territorial des stations-service ».
Pour l’énergéticien, le plafonnement des prix à la pompe relève d’une mesure de protection du pouvoir d’achat, une « offensive commerciale » que l’entreprise assume déployer.
La lente disparition des indépendants
TotalEnergies rejette également l’idée d’un abandon des territoires, mettant en avant l’ouverture de plus de trente stations rurales depuis 2024, sans que cela ne compense les dizaines de fermetures annuelles.
Entre 1980 et 2025, le nombre de stations indépendantes en France s’est effondré, laminé par l’essor des grandes surfaces (60 % des volumes) et le réseau Total (30 % de stations nationales).
L’Autorité de la concurrence devra déterminer si le parapluie tarifaire pratiqué par Total contrevient aux règles commerciales. Une saisine similaire en 2023, n’avait abouti à aucune recommandation à l’encontre du géant de l’énergie, faute d’éléments suffisants pour prouver une quelconque distorsion de marché.




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