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Autoroutes : Pour les concessionnaires, les bonnes affaires se règlent en famille

Dans son dernier rapport annuel concernant les marchés des sociétés autoroutières, l’Autorité de Régulation des Transports (ART) dénonce la part croissante des chantiers attribués par les concessionnaires à leurs propres filiales. Cette pratique de « l’entre-soi » alerte les autorités.

Autoroutes : Pour les concessionnaires, les bonnes affaires se règlent en famille
D'après l’Autorité de Régulation des Transports les maisons mères des sociétés concessionnaires d’autoroutes s'octroient la majorité des chantiers sur leurs réseaux ©Maxppp

On n’est jamais mieux servi que par sa propre filiale. Dans son dernier rapport annuel1, éventé par le Canard Enchaîné et consulté par Caradisiac, l’Autorité de Régulation des Transports (ART) observe une consanguinité industrielle entre les sociétés concessionnaires d’autoroutes et leurs maisons mères.

Sur l’exercice 2025, le pactole des dépenses sur le réseau concédé s’est envolé de 16 % pour atteindre le montant de 1,956 milliard d’euros HT. Ce beau gâteau de travaux fait saliver l’ensemble du secteur du BTP. Sauf qu’à la découpe, les deux mastodontes du BTP, Vinci et Eiffage, maisons mères des principaux concessionnaires autoroutiers s’arrogent 42 % des parts des travaux à eux deux.

Autoroutes : Pour les concessionnaires, les bonnes affaires se règlent en famille

Consanguinité industrielle

« La part des montants attribués par Vinci Autoroutes et APRR-Area à des entreprises liées demeure structurellement élevée », soulignes le rapport.

Sur le réseau APRR-AREA, détenus par Eiffage, 33 % des marchés ont été attribués à la maison mère sur 3 ans glissants.  En 2025, les filiales d’Eiffage remportent 17 % des marchés d’APRR (contre 11 % sur l’ensemble du réseau).

Pas question de se priver non plus chez Vinci autoroutes (ASF-Cofiroute-Escota). La part du « fait maison » atteint 41 % sur 3 ans glissants. En 2025, ce taux est estimé entre 37 % et 55 %. Là aussi Vinci l’emporte dans 55 % de ses propres marchés, contre 39 % sur l’ensemble du réseau. L’ART évoquant avec pudeur un « risque d’attribution préférentielle ».

Le régulateur a aussi repéré une envolée du montant global des avenants financiers en 2025 accordés en cours de chantiers à leurs propres filiales. Cela est dû à deux avenants exceptionnels. L’ART constate qu’après des révisions systématiques de prix en cours de travaux, les contrats passés par les filiales maison en 2025 avaient tendance à s’inverser.

Une concurrence à quatre et les autres

Pour les autres acteurs du BTP, le paysage semble plus chaotique. La part qui leur est laissée représente 31 % du montant cumulé des marchés, soit 283 millions € sur un total de 926 M€. Il faut dire que la majorité des dépenses consacrées aux enrobés, ponts et panneaux d’affichage sont soigneusement cadenassées par un quatuor (Vinci 31 %, Bouygues 18 %, Eiffage 11 % et NGE 9 %) qui déroule sa partition en mode majeur (69 % des contrats). De quoi préserver une apparente intensité concurrentielle entre les différents acteurs. Le rapport affirmant une concurrence « globalement satisfaisante » avec en moyenne 3,9 candidats par appel d’offres.

Mais dès qu’on se rapproche des aires de service, le chiffre s’effondre. Pour l’exploitation globale d’une aire, le nombre moyen de candidats tombe à 1,5 par appel d’offres (contre 1,9 en 2024).

Les aires de la discorde

Au lieu de vendre un pack complet (boutique + restauration + carburant + bornes électriques) à un seul géant de la distribution, l’ART recommandait de séparer les appels d’offres sur les aires de services. En 2025, sur les 21 procédures de mise en concurrence, aucune société autoroutière n’a accepté de séparer le lot des bornes électriques.

Continuant ainsi d’attribuer l’intégralité des activités de chaque aire à un seul et même exploitant. Les autoroutiers expliquent à difficulté de coordonner plusieurs entreprises sur la même aire et la crainte qu’une station de recharge isolée ne trouve pas son équilibre économique sans les revenus de la boutique ou de la restauration.

Un « tout en un » qui permet aux sociétés d’autoroutes de sécuriser des loyers globaux élevés auprès des grands groupes (TotalEnergies, Shell, BP, Avia pour le carburant, Avolta ex-Autogrill, Elior, Areas pour la restauration…). Ainsi lorsqu’Elior remporte un appel d’offres, il gère directement le bâtiment commercial central incluant les enseignes de restauration et délègue ou sous-traite les postes énergies et carburant. Lorsqu’un énergéticien l’emporte, il fait de même, en sous-traitant cette fois l’activité restauration.

Des contrôles a posteriori

Ces gos sous-concessionnaires versent à la société d’autoroute une redevance annuelle (fixe + variable sur le chiffre d’affaires). En confiant l’aire complète à un acteur doté d’une forte assise financière, le concessionnaire s’assure un niveau de revenu locatif.

Face à cet entre-soi assumé l’ART se contente d’annoncer qu’elle va maintenir un « contrôle renforcé s’agissant des marchés passés à des entreprises liées par les sociétés ASF-Cofiroute-Escota et APRR-Area ». Les automobilistes apprécieront au moment de payer leur péage. Sous le bitume, le pactole.

1 : « Les marchés et les contrats passés par les sociétés concessionnaires d’autoroutes. Exercice 2025 ».

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