Emblématique de la Dolce Vita, ce spider italien est aussi très facile à vivre a quotidien
Oui, elle fête déjà ses soixante ans, et pourtant, la Fiat 124 Spider demeure étonnamment d’actualité par sa beauté bien sûr, mais ses performances et son agrément de conduite, ainsi que, étonnamment, sa praticité. Très fiable, elle constitue un bon plan, mais il s’agit de bien l’acheter…

Les collectionnables sont des autos revêtant un intérêt particulier, donc méritant d’être préservées. Pas forcément anciennes, elles existent pourtant en quantité définie, soit parce que le constructeur en a décidé ainsi, soit parce que leur production est arrêtée. Ensuite, elles profitent de particularités qui les rendent spécialement désirables : une motorisation, un châssis, un design, ou un concept. Enfin, elles sont susceptibles de voir leur cote augmenter. Un argument supplémentaire pour les collectionner avant tout le monde !
Elle n'arrive pas en collection, elle y revient. Un peu oubliée ces derniers temps, la Fiat 124 Sport Spider mérite un bon coup de projecteur car elle fête ses soixante ans en novembre. Et vous savez quoi ? Son charme s'est renforcé avec les années. Très joliment dessinée chez Pininfarina, elle bénéficie d'une conception rigoureuse, de moteurs très modernes pour leur époque et des prestations encore très actuelles en matière de performances, de tenue de route et de polyvalence. Devenue très rare car les USA les ont consommées en masse avant que la rouille ne les décime, cette italienne aussi belle que son blason est roturier constitue un joli placement-plaisir.

Il aurait tant voulu la traction. Mais ça, Dante Giacosa, ingénieur en chef de Fiat ne l’a pas obtenue pour le futur cheval de bataille de Turin. On lui a dit, "chez Autobianchi si tu veux", et cela a donné l’excellente A111. Le géant turinois a préféré confier la conception de la future 124, plus simple techniquement avec ses roues arrière motrices reliées par un essieu rigide, à Ocar Montabone, chapeauté par Gaudenzio Bono, en relation direction avec le grand patron Vittorio Valetta. Pourquoi un tel conservatisme ?

Un peu pour rassurer la clientèle, mais aussi pas mal pour un dessein plus grand : produire la voiture en URSS, à très, très grande échelle. Oui, ce sera sur sa base que sera établie la Lada 1200 ! Et sur les routes défoncées de l’Union Soviétique, il faut du solide, pas du révolutionnaire (même rouge). Très classique mais remarquablement conçue en très peu de temps, la 124 sort en mars 1966, et séduit par ses moteurs nouveaux conçus par Aurelio Lampredi, venu de chez Ferrari, ses trains roulants bien guidés, son excellent rapport encombrement/habitabilité voire ses quatre freins à disques.

Surtout, dès le départ, on pense à en dériver plusieurs versions, dont un spider qui sera dessiné par Tom Tjaarda chez Pininfarina. Mélange de Ferrari 275 GTS pour l’avant et de Corvette Rondine (un concept du carrossier italien) pour l’arrière, le spider raccourcit son empattement de 14 cm et surtout, coiffe son moteur d’une très moderne culasse à deux arbres à cames en tête commandés par courroie. Cet ensemble constitue une première !

Conséquence, le petit 4-cylindres de 1 438 cm3 développe quelque 90 ch, une puissance alors respectable, et s’allie à une boîte à 5 vitesses, une rareté alors. Capable de 170 km/h, la 124 Spider plaît énormément quand elle est révélée au salon de Turin en novembre 1966, au point d’éclipser le spider Alfa Duetto, jugé moins joli et surtout beaucoup plus cher !
En effet, à 16 490 F (24 900 € actuels selon l’Insee) contre 22 700 F à son rival milanais, certes plus puissant, le cabriolet turinois est attractif. Il est par ailleurs bien équipé : compte-tours, mano de pression d’huile, essuie-glace à cadencement réglable, éclairage du coffre et du compartiment moteur, boîte à gants fermée, vide-poches…

Codée AS, la 124 Spider évolue dès 1968, elle modifie son train arrière, où elle troque son tube de poussée par des petits tirants longitudinaux. En 1969, des évolutions plus importantes interviennent. Le moteur grimpe à 1 608 cm3, pour une puissance de 110 ch conférée par deux carbus double corps. La calandre adopte un nouveau motif et le capot se dote de deux bossages évocateurs de puissance.

Codé BS en 1,4 l et BS1 en 1,6 l. Bizarrement, la boîte 5 passe en option… Pour rester compétitif sur le marché US, le plus important pour lui, le Spider se bonifie encore en 1972 et se code CS en 1,6 l et CS1 en 1,8 l. Cette fois, il reçoit la 2e génération du double arbre Lampredi, apparue sur la berline 132. Le 1,4 l disparaît, le 1,6 l chute à 1 592 cm3 pour 108 ch (BV5) ou 104 ch (BV4), perdant un carburateur mais gagnant en souplesse et en facilité de réglage. Surtout, apparaît un 1 756 cm3 de 118 ch (BV5) ou 114 ch (BV4) qui l’emmène à plus de 180 km/h.

Mais l’Europe entre alors dans une ère de morosité, et se lasse de ce genre de voiture ludique. Les ventes s’effondrent, au point que Fiat stoppe la commercialisation sur le Vieux Continent dès 1975 ! Le Spider continue aux USA, qui absorbent près de 80 % de la production, où il ne va cesser d’évoluer, au point de revenir en Europe, très modifié, dès 1982. Mais cette histoire fera l’objet d’un autre article.

Combien ça coûte ?
La cote varie énormément. Pour une très belle AS, comptez 22 000 €, contre 20 000 € à une BS1 et 18 000 € à une BS. Les CS sont un poil moins chères en théorie. En pratique, c’est surtout l’état qui va conditionner votre achat. Ne méprisez pas les modèles importés des USA : le soleil californien a pu les préserver quelque peu de la rouille, et leur plus faible puissance n’est pas encore trop gênante. Elle le sera bien plus à partir de 1974, et difficile à résoudre car le taux de compression baisse nettement. En conséquence, on doit les payer un peu moins chers que les européens.

Quelle version choisir ?
La plus saine possible ! Ensuite, la préférée des amateurs de conduite sera la BC1, avec ses deux carbus et ses 110 ch, mais en réalité, toutes sont très agréables.

Les versions collector
Toutes, en particulier les tous premiers exemplaires avec le train arrière initial, et en parfaite configuration d’origine. Très, très rares, elles peuvent dépasser les 30 000 €.

Que surveiller ?
Contrairement à ce qu’on entend souvent sur les italiennes, la Fiat 124 est mécaniquement très fiable. Nombre d’exemplaires ont passé les 200 000 km sans pannes majeures, simplement en étant entretenus dans les règles de l’art. Ce qui n’est d’ailleurs pas bien compliqué. Vidange tous les 5 000 km, un réglage allumage/carburation tous les 10 000 km, contrôle du jeu aux soupapes tous les 20 000 km, et changement de courroie de distribution tous les 40 000 km, avec purge du circuit de refroidissement et de la boîte, elle-même solide.
Seul point négatif : le tube de poussée des tous premiers exemplaires. Le boîtier de direction peut prendre du jeu mais il se règle, contrairement à la timonerie (à surveiller) alors que les trains roulants sont plutôt solides. Notons une tendance des étriers arrière à gripper en cas de non-utilisation (classique). Même l’habitacle est correctement fabriqué. Naturellement, vu l’âge des autos, beaucoup auront été restaurées, et c’est là qu’il faut faire attention.
A la tôlerie, qui est LE défaut de la 124 (conformément à la réputation des italiennes). Tout peut rouiller, en particulier les pieds de pare-brise, le bac de capote, les passages de roue, les bas de caisse, les planchers, les longerons… Gare aux cache-misères ! Bonne nouvelle, les pièces d’entretien, mécaniques et de trains roulants se trouvent assez aisément et à des prix convenables, mais pour les éléments spécifiques d’accastillage, c’est plus complexe.

Sur la route
Menue et ciselée, la 124 Spider exhale un charme assez incroyable. Plus fine qu’une MGB, elle propose pourtant autant, voire plus de place à bord, où l’on profite d’une bonne position de conduite. Le siège a l’air rudimentaire, mais il maintient très correctement, alors qu’on trouve nombre d’espaces de rangements : boîte à gants, vide-poches au pied des montants avant, espace derrière les places avant (on peut aussi y mettre de petits enfants). Evidemment, la ceinture de sécurité est symbolique…

Au démarrage, le bialbero Fiat 1,6 l ronfle gentiment, puis combine souplesse, et vivacité. Un très bon moteur, vivant et allègre, que seconde une excellente boîte de vitesses, parfaitement étagée. Et la partie cycle ? Entre la direction, certes ferme en manœuvre mais ensuite rapide et précise, les trains bien guidés assurant une tenue de route rassurante et une coque étonnamment rigide qui ne tremble pas sur les aspérités, les amateurs de conduite seront ravis. Cette découvrable se révèle encore plutôt efficace, ferme mais pas dure sur les bosses et surtout, son freinage est d’une vivacité inattendue pour une auto de plus de cinquante ans !

L’exemplaire essayé, parfaitement réglé, montre tout l’agrément que réserve un Spider 124 qui va bien. Et s’il pleut, pas de souci : on se retourne, on lève la capote d’un geste rapide (elle entraine avec elle les vitres de custode), on la verrouille au pare-brise, et on est à l’abri. Enfin, cette ancienne avale moins de 10 l/100 km. Sacrée polyvalence !
L’alternative newtimer
Fiat 124 Spider (2016 – 2019)

Prenez une Mazda MX-5 ND, greffez-lui un moteur Multiair de Fiat et déguisez-la en cabriolet des années 60. Vous obtenez la nouvelle Fiat 124 Spider, mélange nippo-italien plutôt réussi mais accueilli sans ferveur particulière au salon de Los Angeles fin 2015. Commercialisée en Europe début 2016, la 124 avance de bons arguments avec son moteur coupleux (240 Nm pour 140 ch) fait pour rouler au couple, et sa suspension plus confortable que celle de la Mazda. De plus, les performances sont excellentes : 217 km/h au maxi, pour un 0 à 100 km/h en 7,5 s.
Cependant, même s’il s’agit d’une propulsion, même si elle est au bon prix, la Fiat ne trouve pas vraiment son public, encore qu’à 24 000 unités écoulées en Europe jusqu’à son retrait dès 2019, ce n’est pas tout à fait un échec. Chose assez folle, la demande arrive après l’arrêt de la production, de sorte que la cote est solide. A partir de 13 000 €.
Fiat 124 Sport Spider BS 1600 (1970), la fiche technique
- Moteur : 4 cylindres en ligne, 1 608 cm3
- Alimentation : deux carburateurs double corps Solex ou Weber
- Suspension : bras superposés, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis (AV), essieu rigide, barre Panhard, tirants de poussée, deux biellettes de réaction (AR)
- Transmission : boîte 5 manuelle, propulsion
- Puissance : 110 ch à 6 400 tr/min
- Couple : 137 Nm à 3 800 tr/min
- Poids : 995 kg
- Vitesse maxi : 180 km/h (donnée constructeur)
- 0 à 1 000 m : 10,3 s (donnée constructeur)
> Pour trouver des annonces de Fiat 124 Sport Spider, rendez-vous sur le site de La Centrale.






Déposer un commentaire
Alerte de modération
Les données que vous renseignez dans ce formulaire sont traitées par GROUPE LA CENTRALE en qualité de responsable de traitement.
Les données obligatoires sont celles signalées par un astérisque dans ce formulaire.
Ces données sont utilisées à des fins de :
Vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement de ces données, d’un droit de limitation du traitement, d’un droit d’opposition, du droit à la portabilité de vos données et du droit d’introduite une réclamation auprès d’une autorité de contrôle (en France, la CNIL).
Pour en savoir plus sur le traitement de vos données : Politique de confidentialité
Alerte de modération