Lamborghini LM002 : au volant du baroudeur le plus fou de l’histoire
ESSAI RETRO - Descendant d’une lignée de prototypes destinés à répondre à des besoins militaires, le LM002 est finalement devenu un super SUV avant l’heure. Sous ses airs de baroudeur pur et dur : un intérieur luxueux digne d’une Rolls contemporaine et un V12 de voiture de course capable de pédaler à quasi 7 000 tr/mn. Vous montez ?

Je ne sais pas trop par quoi commencer pour vous parler du LM002. Il y a tellement de possibilités ! Mais ce qui me marque le plus en regardant les images vidéo, ce sont les couinements à bord. Oui, « Rambo Lambo », comme on se plaisait à l’appeler à sa sortie en 1986, grince. Sans doute parce qu’il a quarante ans, mais aussi et surtout parce que l’essai se déroule sur un chemin semé de bosses en tous genres qui lui imposent de l’exercice physique. Il a été conçu pour ça. Comme tous les 4x4 à l’époque d’ailleurs, puisque le concept de SUV taillés pour la route n’existait pas, du moins en Europe. Et manifestement, aucune embûche ne lui fait peur.
Et pour cause : il embarque tout le nécessaire, notamment une transmission intégrale enclenchable avec un différentiel central verrouillable manuellement, des ponts avant et arrière autobloquants (aux tarages respectifs de 25 et 75 %) et une gamme courte pour les cinq rapports manuels… De quoi grimper aux arbres avec le concours de porte-à-faux ultracourts.
Ici, pas de jolies courbes ni d’ornements : le design rectiligne est avant tout fonctionnel, l’intérêt étant de bien voir, de monter sur les ailes si besoin, et de charger la benne. On vous laisse imaginer avec quoi : comme les concepts Cheetah et LM001 développés entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, le LM002 avait surtout pour objectif de séduire les armées.
Sauf que, contrairement à ses aînés, l’agent 002 abandonne l’idée de placer son moteur à l’arrière et de céder à l’appel de roturières mécaniques d’origine Chrysler, au profit d’un bloc maison. Et pas des moindres puisqu’il s’agit du meilleur V12 du catalogue, en l’occurrence celui de la Countach LP 5000 QV, à 48 soupapes. De quoi disposer de 500 Nm à 4 500 tr/mn, mais aussi de 450 ch à 6800 tr/mn. Un cœur de sprinter dans un corps de lanceur de marteau qui ne fait pas de miracle en accélération face aux 3 tonnes (avec le réservoir de 290 litres plein à ras bord) et aux gros pneus Pirelli Scorpion à crampons en 345/60 ZR 17 : avec 7s8 pour passer de 0 à 100 km/h, le Lm accélère à peine plus fort qu’une VW Golf de 150 ch. Et l’appétit s’en ressent, avec 30 l/100 km annoncés en moyenne. Sauf qu’à l’époque, impossible de trouver 4x4 plus performant.

Une mécanique noble pour le moins inattendue donc, tout comme l’intérieur, ultraraffiné. Ici, ni plastique dur ni moquette rêche, et encore moins de tissu : conscient qu’il sera davantage amené à parader dans les beaux quartiers qu’à guerroyer dans les dunes, Rambo Lambo habille son habitacle de cuir du sol au plafond, en passant par la planche de bord et les portières, et même de boiseries. En fait, seul l’immense tunnel de transmission, escorté par quatre sièges aux maintiens prononcés, rappelle la vocation aventurière de l’engin.
Une douceur inattendue !
La position de conduite déroute au début, avec un petit volant incliné et invariablement collé au tableau de bord, faute de réglage de la colonne, et un pédalier qui, étonnamment, préfère les ballerines aux Rangers. Et si les grosses bosses du capot, qui dissimulent le système d’admission à 6 carburateurs Weber, intimident, le passage de la première vitesse effraie : déjà parce que l’embrayage nécessite un mollet de cycliste (et plutôt vêtu d’un maillot à pois…), mais aussi parce que le guidage du levier réclame une main de fer dans un gant de velours. Passé cette étape, la direction assistée et la douceur du moteur balaient les appréhensions.

Car pour le reste, la fluidité est de mise : alors qu’un V8 pourrait se comparer à une bonne soupe moulinée avec des gros morceaux de légumes, un V12 s’apparente à un velouté, sans grumeaux. Malgré la masse à tirer, le bloc extrait l’auto de sa torpeur avec force mais sans hoquet ni vibration, le tout en musique : et plutôt Vivaldi que Van Halen.
On s’étonne alors de s’adonner à de sérieux exercices de franchissement, et pas doucement : l’angle d’attaque de 50° et la douce fermeté des suspensions, qui semblent pouvoir tout gommer, invitent même à mettre du rythme, façon char d’assaut. Des Quatre Saisons, on passe à la Chevauchée des Walkyries de Wagner. Quelle épopée ! Une montée abrupte se présente ? Pas de problème : on l’aborde en gamme de vitesses courte. Non seulement l’auto grimpe aisément (jusqu’à 120 % selon le constructeur), mais elle passe de l’autre côté sans avoir besoin de freinage automatique dans la descente, les 5 200 cm3 générant un frein moteur exemplaire.

Si le LM002 est tout aussi à l’aise sur route ? Difficile à dire, la boucle d’essai prévue par Lamborghini pour célébrer les 40 ans du modèle ne comportant pas de route sinueuse. Mais à en croire la presse spécialisée, la suspension indépendante à doubles triangles aux quatre coins et le centre de gravité, plus bas qu’il n’y paraît, permettraient de virer à plat sereinement, même à vitesse élevée. Mais après tout qu’importe… Qui peut bien avoir envie de poncer l’asphalte avec un puissant SUV ? Ah oui, vous avez raison : la plupart des utilisateurs, en particulier ceux de l’Urus, le descendant de Rambo Lambo…

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