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Le Citroën C15, l’utilitaire increvable qui vous dorlote

Dans Rétro / Youngtimer

Stéphane Schlesinger

Plus qu’un utilitaire, le C15 est le dernier mythe Citroën, et il ne le doit pas qu’à sa capacité de chargement, ou sa praticité. Aussi improbable cela puisse-t-il paraître, cet engin cubique délivre un agrément de conduite inattendu…

Le Citroën C15, l’utilitaire increvable qui vous dorlote

On en voit beaucoup sur nos routes, mais on sous-estime leur importance économique. Pas pour les entreprises qui s’en servent mais pour les constructeurs : les utilitaires. Très rentables, ils constituent une manne, sans laquelle certains auraient sombré. Citroën en a toujours produits, notamment le célèbre Type H, qui a devancé de peu la 2CV fourgonnette, apparue en 1951.

Dès 1977, on commence à travailler sur le C15. Ici, une maquette de février 1978, avec le fameux groin de la Visa de première génération.
Dès 1977, on commence à travailler sur le C15. Ici, une maquette de février 1978, avec le fameux groin de la Visa de première génération.

Elle durera jusqu’en 1977, où elle sera remplacée par l’Acadiane, qui n’en est qu’une vague évolution. C’est l’année où, alors qu’on finalise la Visa, commercialisée en 1978, on en débute la conception d’une variante laborieuse. Aux pinceaux, un certain Régis Gromik, qui compte parmi les principaux dessinateurs de la superbe SM. La Visa dérivant de la bien connue Peugeot 104, en extraire un utilitaire ne devrait pas prendre très longtemps.

A sa sortie fin 1984, le Citroën C15 essence conserve des passages de roue sans élargisseurs en plastique.
A sa sortie fin 1984, le Citroën C15 essence conserve des passages de roue sans élargisseurs en plastique.

Certes, mais à l’époque, la firme au lion rachète la branche européenne de Chrysler, ce qui assèche les finances, au point d’emmener le groupe PSA au bord de la faillite. Dans ces conditions, la Visa fourgonnette est plusieurs fois retardée. Finalement, elle apparaît à la rentrée 1984, et se dénomme C15, référence à son poids en charge, 1,5 tonne. Techniquement, le C15 étire son empattement face à celui de la Visa, et s’équipe de la suspension arrière de la Peugeot 305 Break, à bras tirés et ressorts couchés, ce qui dégage l’espace de chargement (2,7 m3 tout de même !).

Particularité du Citroën C15 à sa sortie : il peut emporter une palette complète.
Particularité du Citroën C15 à sa sortie : il peut emporter une palette complète.

Si la moitié postérieure du C15 est spécifique, la moitié avant reste celle de la Visa, tableau de bord compris, de sorte qu’on a affaire à un véhicule commercial offrant tout le confort d’une voiture de tourisme. Changement radical face à l’Acadiane ! Moins par rapport à la Talbot 1100 VF2 que le C15 remplace également, mais ce dernier s’équipe d’un diesel, en l’occurrence l’excellent XUD7, un 1,8 l de 60 ch équipant aussi la Visa et la 205. Il permet au Citroën de pointer à 133 km/h, une vitesse inédite pour un petit utilitaire au gasoil. Un autre bloc, à essence celui-ci, est proposé, le XW 1 124 cm3 limité 47 ch (125 km/h). Les prix ? 34 960 F et 40 960 F hors taxes pour respectivement le C15 E et le C15 D.

En début de carrière, le Citroën C15 est livré avec une porte arrière pivotante, pas forcément pratique. La version diesel a droit à un train avant élargi, signalé par des élargisseurs d'ailes qui seront par la suite généralisés.
En début de carrière, le Citroën C15 est livré avec une porte arrière pivotante, pas forcément pratique. La version diesel a droit à un train avant élargi, signalé par des élargisseurs d'ailes qui seront par la suite généralisés.

Le Citroën, apportant de nouvelles normes de confort, de performances et d’économie en diesel se vendra très majoritairement avec ce dernier bloc, connaissant un beau succès que viendra contrarier dès 1985 un certain Renault Express. Mais le C15 a ces particularités de pouvoir embarquer une palette européenne et de s’aventurer sur des terrains accidentés, grâce à son importante garde au sol. Il fera donc un malheur à la campagne ! Progressivement, développera sa gamme, adoptant un moteur 1 360 cm3 en 1986, puis fin 1987, et pour quelques mois, remplacera ses blocs X contre de plus anciens groupes culbutés issu de chez Talbot…

En 1989, la face avant du C15 est modifiée : projecteurs modifiés, nouvelle grille de calandre, clignotants déplacés sur le bouclier.
En 1989, la face avant du C15 est modifiée : projecteurs modifiés, nouvelle grille de calandre, clignotants déplacés sur le bouclier.

En juillet 1988, ces derniers sont remplacés par les modernes TU. 1989 voit l’arrivée du restylage, où les clignotants passent sur le bouclier avant, alors qu’en 1991, une variante familiale est déclinée. En août 92, la calandre est remaniée, les rétros s’agrandissent et la calandre change, alors qu’en novembre 1993, comble du luxe, la direction assistée est proposée en option. Deux ans plus tard, elle est de série sur le C15 Club, doté également de la condamnation centralisée, alors que le First, en entrée de gamme, s’en passe.

Le spécialiste Dangel développera une version 4x4 du C15, ici en 1990.
Le spécialiste Dangel développera une version 4x4 du C15, ici en 1990.

Fin 1996, le C15, très populaire, résiste à l’arrivée de son remplaçant, le Berlingo, et il va même bénéficier d’un nouveau moteur en 2001. Codé DW, cet 1,9 l diesel est en réalité une évolution du XUD, puis en 2004, l’équipement se bonifie un peu. Mais la fin est proche : fin 2005, la production est transférée de Vigo, en Espagne, au Maroc, qui assemble les derniers exemplaires un an plus tard. 1,7 million de C15 ont été fabriqués, un joli score !

En 1991, enfin le Citroën C15 se dote d'une version familiale, dotée de places arrière. Le look typé utilitaire entravera le succès de cette variante, ici dotée des doubles portes arrières, plus pratiques que le battant unique.
En 1991, enfin le Citroën C15 se dote d'une version familiale, dotée de places arrière. Le look typé utilitaire entravera le succès de cette variante, ici dotée des doubles portes arrières, plus pratiques que le battant unique.

Combien ça coûte ?

Objet de culte, le C15 gagne constamment en valeur. Pourquoi ? Parce que les beaux exemplaires sont très rares, ce qui est normal, le Citroën étant conçu pour travailler dur. De sorte qu’il faut compter de 4 000 € à 7 000 €, suivant que l’état est bon ou excellent. Etrangement, il n’y a pas vraiment de différences entre les versions et les motorisations.

L'avant modifié du Citroën C15 de 1992, avec le logo central. Notez les grosses protections latérales. 
L'avant modifié du Citroën C15 de 1992, avec le logo central. Notez les grosses protections latérales. 

Quelle version choisir ?

Le diesel, de par sa polyvalence et sa fiabilité, est un très bon choix. Après, si on a envie d’un peu plus de performances, on peut opter pour un 1,4 l essence… sauf qu’on n’en trouve que très rarement !

Apparue en 1995, la version Club du Citroën C15 se veut bien plus civilisée, incluant notamment une direction assistée.
Apparue en 1995, la version Club du Citroën C15 se veut bien plus civilisée, incluant notamment une direction assistée.

Les versions collector

Les C15 en excellent état et affichant moins de 100 000 km sont des collectors. Surtout s’il s’agit des premières versions, pratiquement introuvables.

Que ce soit le XUD ou le DW (à partir de 2001), les diesels du Citroën C15 sont extrêmement solides. En revanche, la rouille demeure un gros problème...
Que ce soit le XUD ou le DW (à partir de 2001), les diesels du Citroën C15 sont extrêmement solides. En revanche, la rouille demeure un gros problème...

Que surveiller ?

Mécaniquement, rien à craindre. Les moteurs à essence, éprouvés, sont très fiables, même si, sur les moteurs X comme les TU, quelques soucis de joint de culasse sont à craindre. Rien de tels sur les diesels bien entretenus (attention à bien changer la courroie de distribution à temps), pratiquement inusables. Les boîtes sont un peu moins endurantes, mais demeurent solides, plus en tout cas que les cardans, mais ces derniers sont peu chers à remplacer. Est-ce à dire que le C15 est indestructible ?

Surveillez l'état des bras de suspension arrière sur le Citroën C15, sujets à des variations de géométrie pour cause de roulements usés.
Surveillez l'état des bras de suspension arrière sur le Citroën C15, sujets à des variations de géométrie pour cause de roulements usés.

Mécaniquement, oui, ou presque, mais métalliquement, non. En effet, il rouille allègrement en particulier à l’arrière. Jonction fourgon/châssis, passages de roue, longerons et traverses sont particulièrement sensibles et presque toujours attaqués. A l’avant, le tour de pare-brise et les passages de roue sont également à regarder de près.

Autre gros défaut, commun à pratiquement toutes les productions de PSA contemporaines équipées de bras tirés : les roulements de ceux-ci prennent du jeu, modifient la géométrie des roues, qui adoptent un carrossage très négatif. Si on ne résout pas le souci à temps, il faut changer tout l’essieu. Enfin, l’habitacle, de piètre qualité et rarement soigné, est rarement en bel état. Heureusement, les pièces sont abondantes et pas trop chères.

A la conduite, le Citroën C15 étonne par sa douceur générale et la qualité de son comportement routier. Les longs parcours sont tout à fait envisageables !
A la conduite, le Citroën C15 étonne par sa douceur générale et la qualité de son comportement routier. Les longs parcours sont tout à fait envisageables !

Sur la route

J’ai pu prendre le volant d’un C15 de 2005, équipé du moteur DW. Et, accessoirement, en voie d’auto-allègement, vu les trous dans les embouts de longerons arrière… Néanmoins, son habitacle présente bien, et malgré un siège, plutôt confortable, qui ne recule pas assez loin, on obtient une position de conduite convenable. Surprise qui confirme le savoir-faire de PSA en matière de diesel à l’époque, le moteur vibre très peu et s’avère bien insonorisé. Autre bonne surprise, la direction est assistée (option sur cette version First), donc facilite les manœuvres de stationnement.

La planche de bord du Citroën C15 reste celle de la Visa, comportement notamment du plastique rembourré ! Mais l'assemblage demeure lâche. Ici, il y a même des vitres électriques !
La planche de bord du Citroën C15 reste celle de la Visa, comportement notamment du plastique rembourré ! Mais l'assemblage demeure lâche. Ici, il y a même des vitres électriques !

Alliée au moteur doux et souple, elle rend le C15 très agréable à conduire en ville, d’autant que la suspension efface les dos d’ânes avec maestria. Certes, la boîte manque de douceur, mais grâce à un étagement resserré, elle aide le moteur sur route, de sorte que jusqu’à 100 km/h, le C15 n’a aucun problème à suivre le trafic. Là, le moteur reste silencieux et la suspension confortable. Dynamiquement, grâce à des voies larges et un empattement long, le Citroën étonne par son équilibre et sa stabilité, sans rien perdre de son confort.

Les sièges prodiguent un confort certain, mais ils ne reculent pas assez loin, sur le Citroën C15, ici un exemplaire de 2005.
Les sièges prodiguent un confort certain, mais ils ne reculent pas assez loin, sur le Citroën C15, ici un exemplaire de 2005.

Nanti d’une direction précise et informative, il séduit par son châssis qui donne un certain plaisir. Je n’en reviens pas. Alors, oui, passé 100 km/h, le moteur perd de son aisance, mais autrement, on comprend que le C15 ait à ce point séduit par sa douceur et sa conduite reposante les professionnels usés par une journée de labeur. De plus, il passe presque partout et se contente de 7,0 l/100 km en moyenne.

 

L’alternative youngtimer

Citroën Acadiane (1977 – 1987)

En 1977, l'Acadiane succède à la 2CV fourgonnette dont elle n'est qu'une évolution légèrement moins spartiate.
En 1977, l'Acadiane succède à la 2CV fourgonnette dont elle n'est qu'une évolution légèrement moins spartiate.

Succédant à la 2CV fourgonnette en 1977, l’Acadiane est aussi proche d’elle que la Dyane, dont elle dérive, ne l’est de la 2CV. C’en est donc une évolution techniquement peu marquée, se différenciant surtout par un bicylindre 602 cm3 poussé à 31 ch DIN. Il permet à l’Acadiane d’atteindre les 100 km/h, dans un bruit épouvantable, mais un confort de suspension à toute épreuve.

D’une capacité de 2 270 cm3, son fourgon est logeable, et à 480 kg, elle peut encaisser des charges respectables. Légèrement moins spartiate que la 2CV, l’Acadiane ne passe pour autant pas pour un engin civilisé. Mais elle est fiable, sûre, peu onéreuse à entretenir et raffole de la rouille. De sorte que, malgré les 253 393 unités fabriquées, les beaux exemplaires deviennent rares… et chers ! A partir de 7 000 € en très bon état.

 

Citroën C15 1.8 D (1985), la fiche technique

  • Moteur : 4 cylindres en ligne, 1 769 cm3
  • Alimentation : injection diesel
  • Suspension : jambes McPherson, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis (AV) ; bras tirés, ressorts hélicoïdaux, antiroulis (AR).
  • Transmission : boîte 4 ou 5 manuelle, traction
  • Puissance : 60 ch à 4 600 tr/min
  • Couple : 110 Nm à 2 000 tr/min
  • Poids : 945 kg
  • Vitesse maxi : 133 km/h (donnée constructeur)
  • 0 à 100 km/h : 18,7 secondes (donnée constructeur)

> Pour trouver des annonces de Citroën C15, rendez-vous sur le site de La Centrale.

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