Le mystérieux SUV conçu par Citroën pour les machés émergents
Peu connue, cette sorte de Méhari à carrosserie métallique se voulait très facile à fabriquer et peu chère. Proposée en plusieurs carrosseries, celle qui porte le très amusant nom de FAF n’a pourtant pas connu le succès…

Il est au moins une certitude dans l’existence. Celle-ci prendra fin. En dehors de ça, de quoi peut-on être sûr ? De rien. Ah si, une chose. La Citroën 2CV est une voiture géniale. Cette voiture, nous en avons beaucoup parlé sur Caradisiac, nous en avons vanté la simplicité extraordinaire, les capacités sur route et sur piste, voire l’entretien d’une simplicité désarmante. Ces qualités ont fait merveille dans les zones rudes et mal carrossables, comme nos campagnes de l’immédiat après-guerre.
Seulement, elles valent aussi pour nombre de pays émergents, où l’argent manque, où les routes sont très difficiles quand elles existent, et où on doit réparer soi-même sa voiture. Fort de ce constat, un certain Maurice Delignon, entrepreneur en Côte d'Ivoire, crée en 1963 une sorte de Jeep à partir d’une plate-forme de 2CV : la Baby Brousse. Avec sa carrosserie bricolée à partir de tôles sommairement pliées et de contreplaqué, elle est présentée à Abidjan

Très peu chère, elle commence à être produite localement, puis évolue en 1968. Basée sur la plateforme renforcée de la 2CV Fourgonnette, elle arbore une carrosserie métallique, en tôles pliées, elle est l'une des autos les moins chères d’Afrique Noire. Au point d’intéresser Citroën, qui en rachète les droits en 1969 pour la commercialiser de 1970 à 1979, allant jusqu’à la produire en Iran. Quelle drôle d’idée, puisque la marque propose déjà la Méhari ? Parce que la carrosserie de celle-ci, en plastique, nécessite un outillage spécialisé.

Or, l’idée de la Baby Brousse, c’est justement qu’on puisse la fabriquer n’importe où avec des outils très basiques. Et c’est un succès : quelque 31 305 unités sont produites. On décide de lui donner une descendance : ce sera la FAF, pour « Facile à Fabriquer, Facile à Financer ». La carrosserie, plus élaborée, voire esthétique, demeure ultrasimple à produire : on plie la tôle suivant les pointillés du patron fourni avec les éléments de la FAF, livrés depuis la France, et le tour est joué ! Avec cette auto, Citroën espère aider des pays du Tiers Monde, comme on dit alors, à s’industrialiser puisque 50 % du véhicule pourra être produit sur place, seule la mécanique et la suspension venant de France.

Citroën cible les marchés d’Afrique Noire, et présente la FAF le 28 novembre 1978, à la foire de Dakar. Une gamme complète est prévue, dont des breaks 3 et 5 portes, qui, tout-chemin, ont déjà quelque chose de petits SUV ! On compte aussi un van tôlé, un pickup, un véhicule d’interception militaire, sans porte… Elle doit être produite au Sénégal, mais en Guinée-Bissau ou encore en République centrafricaine. Mais le constructeur a aussi le Portugal dans sa ligne de mire, où la FAF sera effectivement produite, ainsi que la Chine.

Là, la FAF pourrait voir sa base construite dans de grands centres industriels, et sa carrosserie dans de petits ateliers un peu partout dans le pays. Les ambitions sont grandes, puisqu’un document interne étudie la possibilité d'en produire 500 000 annuellement ! Hélas, l’Empire du milieu n’en veut pas. Qu’à cela ne tienne, Citroën tente de l’imposer en Indonésie, où elle ne suscite qu’une certaine indifférence. Et l’Afrique alors ? Même chose : la sauce ne prend pas. Citroën développe une version 4x4, à partir de la transmission de la Méhari, la propose à l’armée française, qui ne la retient pas non plus. La FAF fait un flop !

La fabrication s’arrête, apparemment, au milieu des années 80, après qu’environ 1 900 autos sont sorties des divers ateliers, celui du Portugal étant le plus important, suivi par celui de l’Indonésie. Il semble que les prix des éléments mécaniques n’aient pas été si intéressants, alors que mettre en place un système d’approvisionnement local en pièces se soit révélé plus compliqué que prévu. Sans oublier la diplomatie française, déjà en perte de vitesse.

Surtout, il s’agit d’une auto à la carrosserie légère mais certainement peu solide, qui n’a pas fait le poids face aux 4x4 japonais, simples techniquement, autrement robustes et toujours bon marché. Signalons aussi qu’à 720 kg, la elle est nettement plus lourde que la Méhari (555 kg), et se contente de 31 CV : la FAF s’essoufflait fort vite... Par ailleurs, et Chrysler en fera l'amère expérience avec sa CCV, les pays émergents veulent de vraies voitures, solides et valorisantes.
Citroën n’a pas non plus jugé bon de proposer la en France, au grand public. D’autres ont tenté de produire un tout-chemin sur base 2CV, comme la Namco Pony en Grèce, ou la Dalat au Vietnam, mais ce sont d’autres histoires…








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