Le retour des petites voitures pas chères, ce n’est pas gagné
Les nouveaux modèles électriques bon marché (Renault Twingo, Citroën ë-C3) en attendant les futures kei-car européennes (2CV, Dacia Hipster) s’inscrivent à contre-courant de la gentrification de l’automobile. Pour rééquilibrer le marché, la route sera longue car les constructeurs vont devoir assouplir leur modèle économique. Les clients, eux, sont prêts.

Surprise ! L’univers impitoyable de l’automobile n’est pas seulement pavé de mauvaises nouvelles. D’ici un à deux ans, seront disponibles à la vente de vraies petites voitures électriques certes minimalistes mais à un prix de base inédit, autour de 15 000 euros. Stellantis annonce une réincarnation forcément excitante de la 2CV alors que le Dacia Hipster et son look de kei-car est attendu à un prix voisin. Le retour des petites autos pas (trop) chères est déjà une réalité avec l’arrivée de la Twingo électrique chez Renault et de la ë-C3 Autonomie urbaine chez Citroën en attendant l’Evader de Dacia. Chez Volkswagen, entre autres, il faut aussi s’attendre à des nouveautés à prix d’ami.
En arriver à devoir réinventer la 2cv, instrument de découverte de l’automobile dans la France en ruines de la fin des années 40, n’a rien de très glorieux mais on ne va pas faire la fine bouche. Enfin, il est question de rompre avec la gentrification galopante de la voiture, redevenue un objet de luxe, et de promouvoir des électriques accessibles. Rappel : de 2019 à 2024, le prix moyen a grimpé d’environ 40 % et sur la période 2012-2026, la part de marché du segment A (celui des Renault Twingo ou Toyota Aygo) est passée de 9,1 % à 3,9 % dans l’Union européenne.
Ce mea-culpa implicite des constructeurs (pour l’explicite, on pourra attendre longtemps) découle de la chute des immatriculations de voitures neuves (30 % de moins, en France depuis 2019) et de l’arrivée de modèles chinois pas forcément plus brillants mais largement moins chers. Ce virage sur l’aile est aussi dicté par les normes européennes qui imposent des quotas croissants de voitures électriques et renchérissent l’accès aux modèles thermiques. Sans ces réglementations, on nous vanterait encore les mérites du diesel…
L'Allemagne en arbitre...
Pourtant, se lancer hardiment à la reconquête des jeunes et des classes moyennes voire populaires depuis longtemps inconnus au bataillon de la voiture neuve n’a rien d’une évidence car cet objectif se heurte au modèle économique dominant de l’industrie automobile. Jusqu’alors, les petites voitures pas chères n’étaient pas jugées assez rentables. Surtout si elles étaient électriques. Pour les rendre attractives, le double effet carotte-bâton de la réglementation sera indispensable et il devra s’exercer durablement.
Tout cela va dépendre des équilibres politiques en France mais aussi au niveau des institutions européennes au sein desquelles l’Allemagne, guère versée dans la promotion des voitures pas chères, pèse de tout son poids. Il a fallu batailler ferme pour obtenir la création d’une nouvelle catégorie (les E-cars) allégée en contraintes sécuritaires incluant les Citroën 2CV et Dacia Hipster. Ces véhicules auront droit à des « super-crédits » qui augmenteront d’un tiers leur impact à la baisse sur le calcul des émissions de CO2 d’un constructeur.
La question de la pérennité mais aussi de la sélectivité des primes à l’achat qu’il faudrait sans doute concentrer davantage sur l’entrée de gamme, va aussi se poser. Pour que les constructeurs y trouvent leur compte – ces petites bagnoles ne seront probablement pas des cash-machines – Renault suggère un allègement de TVA. Une demande pas vraiment dans l’air du temps budgétaire.
Plus largement, le retour à un catalogue incluant davantage de véhicules destinés à une clientèle moins élitiste impose d’en finir avec l’obsession des généralistes pour les marges opérationnelles juteuses (12,8 pour Stellantis en 2023, 7,6 % pour Renault en 2024). Autrement dit, privilégier l’investissement et la compétitivité au détriment de la rémunération des marchés et des actionnaires. Il n’est pas sûr que cette perspective enthousiasme François Provost comme Antonio Filosa.
...et le client qui en veut pour son argent
Du côté des acheteurs aussi il va falloir faire bouger les lignes. Pour tirer ses prix la petite voiture pas chère s’inscrit en décalage avec le principe du sacro-saint « toujours plus » ancré dans la psychologie consumériste. La jolie Twingo électrique rime avec autonomie limitée à 250 km, vitres arrière entr’ouvrantes et absence de miroir de courtoisie (si, si !) côté passager. La future 2 CV disposera sans doute d’un rayon d’action inférieur, ne proposera pas la même souplesse de suspensions que son ancêtre et son équipement sera rustre, à coup sûr. Sous peine de décevoir, les constructeurs vont devoir jouer cartes sur table sans chercher à survendre leurs petites bagnoles.
Et alors ? Faisons le pari que l’automobiliste moderne, qui en veut surtout pour son argent, saura faire la part des choses. À cet égard, l’exemple de Dacia, qui a longtemps bâti son succès sur des modèles à bas coût et prix bas, se contentant d’un équipement « essentiel » sans même s’autoriser le moindre clin d’œil nostalgique, offre un précédent encourageant.








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