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Oui, on peut s’acheter rare voiture de sport italienne à moteur central pour 20 000 €

Dans Rétro / Youngtimer

Stéphane Schlesinger

Dessinée par Pininfarina et mue par un excellent moteur double arbre placé en son centre, la Lancia Beta Montecarlo bénéficie d'un ADN très pur. Sa base servira d'ailleurs à des voitures de course mythoques ! Originale et très rare, elle reste pourtant abordable, puisqu’on la déniche dès 20 000 €. Un bon plan ?

Oui, on peut s’acheter rare voiture de sport italienne à moteur central pour 20 000 €

Les collectionnables sont des autos revêtant un intérêt particulier, donc méritant d’être préservées. Pas forcément anciennes, elles existent pourtant en quantité définie, soit parce que le constructeur en a décidé ainsi, soit parce que leur production est arrêtée. Ensuite, elles profitent de particularités qui les rendent spécialement désirables : une motorisation, un châssis, un design, ou un concept. Enfin, elles sont susceptibles de voir leur cote augmenter. Un argument supplémentaire pour les collectionner avant tout le monde !

Fiat n'a pas lésiné pour relancer Lancia, allant jusqu'à lui offrir la première voiture de série à moteur central de son histoire. Il s'agit de la Montecarlo, initialement rattachée à la famille des Beta, qui a sauvé Lancia de la disparition. Unique en son genre, la Beta Montecarlo conjugue les avantages d'une berlinette à l'architecture de course à ceux d'un coupé au long cours, en se drapant d'une carrosserie dessinée chez Pininfarina. Echec commercial, elle a pourtant servi de base à des modèles de course mythiques, comme la Rally 037 : à l'époque, la gestion de retombées médiatiques de la compétition était approximative chez Lancia... Reste avec la Montecarlo une sportive rare, différente et pleine de caractère. A redécouvrir et collectionner.

 

En 1974, l'Abarth-Pininfarina SE030 est la première matérialisation de la future Lancia Beta Montecarlo, même si ce proto s'équipe du V6 de la Fiat 130.
En 1974, l'Abarth-Pininfarina SE030 est la première matérialisation de la future Lancia Beta Montecarlo, même si ce proto s'équipe du V6 de la Fiat 130.

C’est l’effervescence chez  Fiat au tournant des années 70. La marque, poids lourd d’un marché européen ignorant la crise, décide de renouveler ses charmantes petites sportives, les 124 et 850 Sport. Comme sur ces dernières, le bloc restera derrière les passagers, mais au centre du châssis cette fois pour une meilleure répartition des masses. Ce sont les projets X1/8 et X1/9, dont le design est confié à Pininfarina pour l’un et Bertone pour l’autre, qui sort en premier, dès 1972. On ne se foule pas pour la dénomination qui reste… X1/9 !

Ceci est une... Fiat, le proto X1/20 de 1974, qui débouchera sur la Beta Montecarlo en 1975. La ligne anguleuse et ultramoderne est due à Paolo Martin, chez Pininfarina, qui a abandonné ses célèbres courbes, comme avec la 130 Coupé qu'il a aussi dessinée.
Ceci est une... Fiat, le proto X1/20 de 1974, qui débouchera sur la Beta Montecarlo en 1975. La ligne anguleuse et ultramoderne est due à Paolo Martin, chez Pininfarina, qui a abandonné ses célèbres courbes, comme avec la 130 Coupé qu'il a aussi dessinée.

Entre-temps, la X1/8 est devenue X1/20, et on en voit un premier avatar fin 1974, en compétition. C’est le prototype Abarth Pininfarina SE 30, mu par le V6 de la Fiat 130. Peu après, au salon de Turin, un concept, recevant cette fois le double arbre 1,8 l de la 124 Sport, est exposé, bardé de badges Fiat. Mais au sein du géant italien, les discussions vont bon train, et finalement, on décide de confier le bébé à  Lancia qui, en pleine relance, a besoin d’une sportive pour remplacer la Fulvia.

Au salon de Genève 1975, Lancia présente la Beta Montecarlo, qui diffère du proto Fiat X1/20 par sa face avant... et c'est pratiquement tout !
Au salon de Genève 1975, Lancia présente la Beta Montecarlo, qui diffère du proto Fiat X1/20 par sa face avant... et c'est pratiquement tout !

C’est ainsi qu’au salon de Genève 1975, la Lancia Beta Montecarlo effectue ses premiers tours de roue en public. L’audience est un peu décontenancée, mais la voiture est séduisante et techniquement unique sur son segment.

Si l’allure est suggestive, le moteur demeure relativement paisible, c’est le double arbre Lampredi de Fiat, poussé à 2,0 l et 120 ch (mais toujours à carburateur, contrairement au bloc de la Porsche 924). Allié à une boîte 5 de série, il emmène la Montecarlo à 190 km/h : estimable, mais on attendait davantage !

L'avant de la Lancia Beta Montecarlo est un peu massif, mais il cache un coffre de près de 300 l. Par ailleurs, le Cx s'établit à 0.39, une très bonne valeur en 1975.
L'avant de la Lancia Beta Montecarlo est un peu massif, mais il cache un coffre de près de 300 l. Par ailleurs, le Cx s'établit à 0.39, une très bonne valeur en 1975.

Il faut dire que la Lancia se veut plus GT que sportive. La crise du pétrole et les limitations de vitesse sont passées par là. Ainsi, contrairement à bien des modèles à moteur central, elle se veut spacieuse (pour deux passagers) et pratique grâce à une visibilité soignée, voire un coffre de 300 l.

Présentée avec soin, la Beta Montecarlo se présente aussi en deux versions, l’une coupé, à toit fixe, l’autre targa, dont le pavillon souple se replie. Le prix n’est pas spécialement amical cela dit : 56 600 F, soit 46 900 € actuels selon l’Insee. Bien plus chère qu’une Alfa Romeo Alfetta GTV ou une Porsche 924 ! Conséquence, la Lancia ne se vend pas bien du tout.

A l'arrière, la Beta Montecarlo exhibe des montants typiquement Pininfarina, entre lesquels apparait une lunette verticale. Une disposition que l'on voit sur la Ferrari BB.
A l'arrière, la Beta Montecarlo exhibe des montants typiquement Pininfarina, entre lesquels apparait une lunette verticale. Une disposition que l'on voit sur la Ferrari BB.

En 1976, une variante dite Scorpion (mais dégonflée à 1,8 l et 83 ch pour cause de dépollution) est lancée aux USA, sans plus de succès, de sorte que dès 1978, la Beta Montecarlo prend une retraite… temporaire ! La production cesse après 3 385 exemplaires, dont 2 078 coupé et 1 757 spider, mais reprend en 1980.

Présentée fin 1978, la Lancia Beta Montecarlo Turbo remportera deux fois sa classe aux 24 Heures du Mans. Et encore, ce n'est qu'un avant-goût...
Présentée fin 1978, la Lancia Beta Montecarlo Turbo remportera deux fois sa classe aux 24 Heures du Mans. Et encore, ce n'est qu'un avant-goût...

Une légère évolution de la Lancia est présentée au salon de Genève, qui se signale par ses vitrages sur les arcs-boutants arrière, ses jantes de 14 et sa nouvelle calandre. Le cockpit bénéficie de nouveau garnissages, mais hélas, le 2,0 l conserve son carburateur et ses 120 ch. Même la banale berline Fiat 132 a droit à une injection et un peu plus de chevaux !

Ah si, la Lancia bénéficie tout de même d’un allumage électronique… Alors que la variante de circuit, engagée en Groupe 5, obtient de bons résultats grâce à un turbo, la Montecarlo de route (elle perd l’appellation Beta) reste atmosphérique. Une voiture de plus que le groupe italien n'a pas tellement envie de vendre...

Au salon de Genève 1980, surprise, la Lancia Montecarlo revient, débarrassée de l'appellation Beta mais dotée d'une nouvelle calandre.
Au salon de Genève 1980, surprise, la Lancia Montecarlo revient, débarrassée de l'appellation Beta mais dotée d'une nouvelle calandre.

Logiquement, le client demeure très rare, et la production est à nouveau stoppée, pour de bon cette fois, en 1981. 1 123 coupés et 817 targas ont été fabriqués. Cela dit, des exemplaires seront écoulés jusqu’en 1984, ce qui permet de faire la jonction avec une fabuleuse bête de course : la Rally 037.

Avec son moteur à compresseur et ses trains roulants fantastique, elle remportera le championnat du monde des rallyes 1983, devant les Audi Quattro et Peugeot 205 T16. La Montecarlo n’en profitera pas.

Pour sa phase 2 de 1980, la Lancia Montecarlo ajoure ses montants arrière, gagne un feu de brouillard et des jantes agrandies, mais perd son assistance de freinage.
Pour sa phase 2 de 1980, la Lancia Montecarlo ajoure ses montants arrière, gagne un feu de brouillard et des jantes agrandies, mais perd son assistance de freinage.

Combien ça coûte ?

Plus que de kilométrage, il faut ici parler d’état. Une Montecarlo saine et présentant bien débutera à 20 000 €, alors qu’un exemplaire vraiment impeccable se vendra 25 000 €. On ne note pas tellement de différences en phases 1 et 2, coupé et targa.

Aux USA, la Lancia Beta Montecarlo s'appelle Scorpion. Bien moins puissante que l'européenne et enlaidie, elle n'a que peu d'intérêt malgré son cockpit plus chic.
Aux USA, la Lancia Beta Montecarlo s'appelle Scorpion. Bien moins puissante que l'européenne et enlaidie, elle n'a que peu d'intérêt malgré son cockpit plus chic.

Quelle version choisir ?

Entre coupé et spider, c’est une affaire de préférence personnelle. En revanche, les phases 2 peuvent séduire davantage en raison des petites améliorations qu’elles ont reçues.

Fin 1982 Lancia lève le voile sur la Rally 037, qui sera championne du monde des rallyes en 1983. Ce sera la dernière propulsion à remporter le titre !
Fin 1982 Lancia lève le voile sur la Rally 037, qui sera championne du monde des rallyes en 1983. Ce sera la dernière propulsion à remporter le titre !

Les versions collector

Toutes, sauf si elles sont totalement rongées par la corrosion. Une couleur bien seventies, comme un vert pétant, sera un plus.

Mécaniquement, la Lancia Beta Montecarlo est du genre robuste. En revanche, elle rouille avec une allégresse peu commune, surtout en phase 1.
Mécaniquement, la Lancia Beta Montecarlo est du genre robuste. En revanche, elle rouille avec une allégresse peu commune, surtout en phase 1.

Que surveiller ?

Mécaniquement, la Montecarlo est très solide, si elle a été bien entretenue. Le Lampredi, pas capricieux pour un sou, demande une vidange tous les 5 000 km et un changement de courroie de distribution (une opération plutôt simple) tous les 4 ans ou 60 000 km. De temps en temps, on règle le jeu aux soupapes et on procède à un réglage allumage/carburation. Très classique, et moyennant quoi, le bloc encaisse 300 000 km.

La boîte sera à vidanger tous les 40 000 km, et restera solide. Evidemment, les fuites sont légion mais ne doivent pas vous alarmer. Une bonne surveillance des niveaux suffit. L’électricité est plus problématique, notamment avec le commodo de phares sans relais, mais pas catastrophique. De la même manière, l’habitacle vieillit très correctement.

Alors, tout bon la Lancia ? Pas tout à fait. En bonne italienne des 70s, elle rouille abondamment. Surveillez particulièrement les bas de caisse, les planchers, les passages de roue et surtout les attaches de suspension arrière. C’est LE point qui va déterminer l’achat. Assurez-vous aussi que l’auto soit complète, car si les pièces mécaniques se dégottent aisément à prix corrects, il en va très différemment pour les éléments spécifiques (carrosserie, habitacle), rares et chers !

Confortable et prévenante, la Lancia Beta Montecarlo étonne par ses bonnes manières sur route. Elle est aussi très efficace, mais son moteur est plus bruyant que performant, hélas...
Confortable et prévenante, la Lancia Beta Montecarlo étonne par ses bonnes manières sur route. Elle est aussi très efficace, mais son moteur est plus bruyant que performant, hélas...

Sur la route

Dérivant de la Fiat X1/9, la Beta Montecarlo se révèle, comme elle, très compacte. Pourtant, à bord, la place est plutôt généreuse, et on trouve même un vaste rangement derrière les sièges. Ceux-ci, agréables, s’allient à une bonne position de conduite (malgré un pédalier un peu décalé vers la droite) pour rendre cette Lancia très civilisée. Le moteur se réveille dans un ronflement pas forcément mélodieux, mais tout est doux dans cette auto, de la direction à la commande de boîte en passant par la suspension.

Un tableau sobre, rembourré (contre les chocs) et correctement réalisé pour la Lancia Beta Montecarlo. Mais les jauges sont difficiles à lire. Ici en 1975.
Un tableau sobre, rembourré (contre les chocs) et correctement réalisé pour la Lancia Beta Montecarlo. Mais les jauges sont difficiles à lire. Ici en 1975.

Cette dernière préserve même un confort assez étonnant ! De sorte qu’alliée à l’excellente souplesse du moteur, elle fait de cette Beta une GT de poche très plaisante. Oui, mais si on veut un peu de sensations. Alors, il faut enfoncer à fond l’accélérateur pour ouvrir le 2e corps du carburateur, et là, les 120 ch libérés emmènent vigoureusement la voiture. Le bloc n’est, cela dit, pas rageur, même si son timbre métallique ravit les oreilles à haut régimes. Tant mieux, car le volume sonore, lui, aurait tendance à les casser. Dommage, car on se serait bien vu faire de longs parcours dans cette Lancia.

Les passagers de la Lancia Beta Montecarlo bénéficient de places généreuses et confortables. Notez le toit en toile que l'on enroule.
Les passagers de la Lancia Beta Montecarlo bénéficient de places généreuses et confortables. Notez le toit en toile que l'on enroule.

Surtout que le châssis excelle : parfait équilibre, attitude gentiment sous-vireuse, direction précise et informative… Evidemment, à la limite, les réactions peuvent être très vives, moteur central oblige, mais l’auto a été parfaitement réglée pour une conduite coulée/rapide. Reste le freinage, efficace mais parfois brutal. D’ailleurs, sur les phases 2, il perd son assistance. Enfin, cette petite GT consomme assez peu : 9 l/100 km en moyenne.

 

L’alternative youngtimer

Toyota MR Mk II (1989 – 1999)

Commercialisée dès 1990 en France, la Toyota MR peut être vue comme une descendante de la Lancia Montecarlo : son concept est identique !
Commercialisée dès 1990 en France, la Toyota MR peut être vue comme une descendante de la Lancia Montecarlo : son concept est identique !

Si on cherche un coupé abordable à moteur central et toit amovible plus récent que la Montecarlo, inutile de regarder en Italie. Le plus proche dans sa définition se trouve en effet au Japon, c’est la Toyota MR de 2e génération. Première à être importée en France dès 1990, elle s’équipe, comme la Lancia, d’un 2,0 l en position transversale, mais ici, il se coiffe de 16 soupapes et développe 160 ch.

De quoi emmener les 1 260 kg de la biplace nippone à près de 220 km/h. En 1994, celle-ci bénéficie d’un léger restylage, d’un équipement enrichi et d’une puissance portée à 175 ch. Hélas, le prix devient excessif, ce qui limite d’autant les ventes en France. D’ailleurs, elles cessent dès 1996. A partir de 15 000 €.

 

Lancia Beta Montecarlo (1975), la fiche technique

  • Moteur : 4 cylindres en ligne, 1 995 cm3
  • Alimentation : carburateur double corps Weber
  • Suspension : jambes McPherson, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis (AV et AR)
  • Transmission : boîte 5 manuelle, propulsion
  • Puissance : 120 ch à 6 000 tr/min
  • Couple : 165 Nm à 3 500 tr/min
  • Poids : 1 040 kg
  • Vitesse maxi : 190 km/h (donnée constructeur)
  • 0 à 100 km/h : 9,3 s (donnée constructeur)

> Pour trouver des annonces de Lancia Beta, rendez-vous sur le site de La Centrale.

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