Percuté par un vélo, le maire bannit toutes les bicyclettes de son centre-ville !
Après avoir été bousculé par un cycliste, le maire de la ville italienne de Côme a décidé d’interdire les vélos en zone piétonne. Voici la recette du cocktail drama personnel et réalité sociétale.

La cohabitation entre les différents usagers de la route prend parfois des allures de mauvaise comédie. Si en France on a l’habitude des passes d’armes entre les pro-vélos et les automobilistes, l’Italie vient de nous offrir un scénario digne de la commedia dell’arte.
À Côme, le maire a tout simplement décidé d’interdire les vélos dans son hypercentre. Et pour cause, l’édile s’est fait renverser par un cycliste en sortant de la mairie. Un règlement de comptes très personnel qui relance le débat sur la « dangerosité » des mobilités douces. Des guillemets pour une notion somme toute très relative.
Le fameux « vivre-ensemble » dans nos centres-villes ressemblerait presque à une utopie. On le sait, la multiplication des vélos, vélos à assistance électrique (VAE) et autres engins de déplacement personnel motorisés (EDPM) comme les trottinettes a transformé nos trottoirs et nos zones piétonnes en véritables jungles urbaines. Tout le monde se fiche de ce qu’il se passe, les sanctions sont soit extrêmes, soit inexistantes.
Mais jusqu’à présent, les mesures politiques prises pour réguler ce chaos restaient, du moins en apparence, motivées par l’intérêt général.
En Italie, du côté de Côme, pittoresque bourgade lombarde bordant le célèbre lac éponyme, le maire Alessandro Rapinese a décidé d’opter pour une méthode un poil plus expéditive, et surtout, totalement assumée comme une vengeance personnelle.

Une vengeance assumée et transformée en arrêté municipal
Tout commence à la mi-juillet. Alors que la municipalité planche sur une réglementation de l’accès à la Zone à Trafic Limité (ZTL) pour les coursiers, le maire sort tranquillement de l’hôtel de ville. C’est là que le drame se noue : Alessandro Rapinese est percuté de plein fouet par un vélo électrique. Pas une trottinette débridée type Dualtron Storm, pas une gyroroue, pas même un cycliste trop vif qui tentait une étape du TDF, mais un vélo à assistance électrique. Un engin qui plafonne à 25 km/h et pèse 28 kg en moyenne.
L’incident aurait pu se solder par de simples excuses et un pantalon froissé. Mais quand on est le premier magistrat de la ville, on a le pouvoir de transformer sa mésaventure en arrêté municipal. Ni une, ni deux, l’édile décide d’interdire purement et simplement la circulation des bicyclettes dans les rues du centre-ville, un texte qui entre en vigueur en ce mois de septembre.
« Renversé par ces bêtes »
Interrogé par nos confrères de l’agence italienne ANSA et du quotidien La Stampa, le maire ne s’embarrasse même pas des habituels éléments de langage. « On m’a accusé d’avoir pris cette mesure parce que j’ai été percuté par un vélo électrique : absolument ! », clame-t-il avec une franchise déconcertante.
Avant de justifier son coup de sang par une tirade qui ne manquera pas de faire réagir la sphère cycliste : « Les gens se comportent en fonction de leurs propres expériences et j’ai éprouvé dans ma chair ce que cela fait d’être renversé par ces bêtes. »
Mais pourquoi interdire tous les vélos, même ceux à propulsion strictement musculaire, s’il a été fauché par un modèle électrique ?
Le Code de la route italien ne fait pas de distinction entre VAE et vélo musculaire, donc les deux se trouvent dans le même panier.
C’est également le cas en France. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’assurance n’est pas obligatoire pour les VAE (à la différence des trottinettes pour lesquelles seules les électriques sont à assurer).
Évidemment, cette décision radicale est loin de faire l’unanimité. Si certains piétons applaudissent des deux mains, les associations voient rouge. Vincenzo Falanga, président de Nova Como, fustige une méthode autocratique : « L’administration transforme un problème individuel en problème collectif ». Un rassemblement de protestation à vélo est d’ores et déjà prévu (reste à savoir s’il se fera à vélo).
Le maire assume sa ligne dure. Il rappelle d’ailleurs fièrement qu’en 2022, sa ville avait été pionnière en interdisant la location de trottinettes électriques en libre-service. Il en profite pour tacler le législateur : « C’est une folie d’avoir imposé aux propriétaires de trottinettes l’obligation d’assurer leur véhicule et d’avoir une plaque, mais de ne pas l’avoir fait pour les vélos électriques, qui sont peut-être encore plus dangereux. »
Amusant comment la notion de dangerosité revient sur la table. Justement, parlons-en.
Entre chiffres, sentiment et industrialisation
Cette saillie pose une vraie question de fond : les mobilités dites « douces » sont-elles devenues le danger majeur pour les piétons ? Si l’on regarde du côté de la France, les chiffres récents remettent le pédalier au milieu du cadre.
Selon le bilan de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) pour l’année 2025, 503 piétons ont tragiquement perdu la vie sur nos routes. Mais sur ces 503 décès, l’écrasante majorité est due à des véhicules motorisés lourds (300 piétons victimes d’une voiture de tourisme, et 149 d’un utilitaire ou d’un poids lourd).
S’ils génèrent un incontestable sentiment d’insécurité sur nos trottoirs et causent annuellement plusieurs centaines de piétons blessés lors de collisions (souvent dues à des excès de vitesse ou au non-respect des feux), le nombre de piétons tués par les trottinettes et vélos électriques reste extrêmement marginal.
En 2025, comme les années précédentes, les décès de piétons heurtés par un vélo ou un EDPM se comptent littéralement sur les doigts d’une main au niveau national (moins de 5 décès annuels).
Mais ne pas mourir ou être gravement blessé, ne signifie pas que tout se passe bien. Justement, le problème est là.
Une statistique qui occulte un fait de société
Si le risque mortel pour un piéton vient donc toujours très majoritairement de l’automobile, il y a bien une gêne grandissante parmi les piétons et usagers de la route. Il suffit d’emprunter une piste cyclable en métropole pour découvrir que les piétons galèrent à circuler et à traverser. Certes, ils ne risquent pas de mourir, mais ce serait bien qu’ils ne risquent pas de se faire percuter non plus. Ce serait encore mieux qu’ils puissent traverser en toute quiétude en traversant des pistes régies par un ordre bien établi. C’est d’autant plus cocasse que le mot « ville apaisée » est souvent évoqué en parlant de mobilité douce, alors que les citadins s’insultent tels des PGM sur GTA.
Entre des infrastructures inadaptées, un Code de la route souvent ignoré et la montée en puissance d’engins de mobilité, la cohabitation vire parfois à l’affrontement. Reste à savoir si d’autres élus oseront franchir le pas de l’interdiction totale.
Quid des professionnels ?
Reste à savoir si une dérogation sera accordée aux professionnels, tels que les livreurs, transporteurs de personnes. Ce serait la porte ouverte au retour des petits véhicules motorisés et un sacré pas en arrière en matière de respirabilité.




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