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Sommes-nous tous des pétromasculinistes ?

Dans Economie / Politique / Politique

Michel Holtz

Théorisé en 2018, le concept de « pétromasculinité » associe le rejet de la voiture électrique à la défense d’une virilité fossile. Alors que le débat automobile se radicalise entre « Khmers verts » et partisans du thermique, la frontière est-elle vraiment si nette ? Analyse d’une fracture sociétale où toute nuance semble avoir disparu.

Sommes-nous tous des pétromasculinistes ?
Quand le pot d'échappement (ou son absence) devient un enjeu politique. Photo : MaxPPP.

C’était un temps ou l’électrique était plus timide qu’aujourd’hui, c’était en 2018. Cette année-là, Cara Daggett, une chercheuse de l’université de Virgine publie les résultats d’une étude appelée Petro-masculinity : Fossil Fuels and Authoritarian Desire (Pétromasculinité : combustibles fossiles et désir autoritaire).

Pour la première fois, la spécialiste en sciences politiques établie un lien entre la défense acharnée du thermique, le refus tout aussi acharné de l’électrique et la virilité, en découvrant, notamment, que ce refus et le climatoscepticisme qui en découle parfois, sont très largement masculins.

Le réchauffement n’est pas un sujet

À la même période, aux États-Unis, apparaît une drôle de pratique baptisée coal rolling (charbon roulant). Le jeu de ces concentrations consiste à faire fumer son diesel le plus possible, histoire d’expliquer à la terre entière qu’on se fout des écologistes et de la planète comme de son premier litre de mazout.

À écouter la démarche des pratiquants de ce « sport », le réchauffement climatique est un mythe et les émissions de C02 ne sont pas un sujet. Le temps a passé et quelque peu occulté les exercices enfumés de ses doux dingues pas si doux. Mais c’était sans compter sur le retour de leur héros reélu fin 2024 : Donald Trump qui, à coups de « drill baby drill » et d’une politique anti-VE acharnée ne les a pas seulement réveillés, mais leur a donné une raison d’exister, et de ressusciter.

Évidemment, en Europe, on ne pratique pas le « charbon roulant ». L’exercice est interdit comme il l’est dans plusieurs États américains comme la Californie. Pourtant, ce pétromasculinisme s’il n’est pas explicitement revendiqué, ni soutenu par quelques partis qu’ils soient, est implicitement au cœur de leur pensée politique et en une de plusieurs médias d’extrême droite européen pour qui tout ce qui est écologique est forcément « escrologique », ou le fruity d’une « écologie punitive » pour reprendre des expressions qu’ils ont eux-mêmes inventé et très largement diffusés dans la société.

Des partis, et leurs médias qui misent sur la simplicité d’un discours qui oblitère toute nuance. Un discours qui taxe de « khmer vert » ceux qui roulent en voiture électrique, et pour qui, ceux qui brûlent toujours de l’essence fossile sont des « résistants ». Un chouette mot bien pratique qui fleure bon l’héroïsme et la liberté, et évite à ceux qui s’en enorgueillissent d’être taxés de réactionnaires.

La nuance n’est donc plus de mise et il faudrait choisir son camp : celui des thermiques avec le risque de se voir traiter de Trumpiste pétromasculiniste, ou celui de l’électrique avec l’autre risque : le soupçon de rejoindre un supposé lobby écologique.

Comment en est-on arrivé là ? À ce point de radicalisation politique et sociétal ou toute opinion, choix et décision se doivent d’être tranchés sans le début de la moindre zone grise, et donc sans le début de la moindre réflexion ? Il en va ainsi des « gueux » d’Alexandre Jardin qui oppose les bobos des villes pro ZFE aux pauvres des campagnes. Il en va ainsi aussi de toute opinion politique qui n’appartiendrait pas à l’un ou l’autre des extrêmes. Et il en va en s’amplifiant à moins d’un an de la Présidentielle.

Une élection ou l’auto et ses technologies sera, un peu plus encore que les fois précédentes au cœur des discours des uns comme des autres et que nous vous détaillerons au fur et à mesure de la campagne ici même.

La nuance est portée disparue

Cette dernière sera-t-elle placée sous le signe des pétromasculinistes ou des « Khmers verts » ? Nul ne le sait, mais peut-être que les mégafeux récents comme la flambée des cours du pétrole, s’ils ne mettent pas les politiques extrêmes d’accord entre eux, pousseront les électeurs à s’en détourner, en mode « cause toujours ». Parce que le VE a un réel intérêt, parce que même s’il n’est pas la solution miracle au réchauffement, il ne l’aggrave pas, comme on le lit parfois, et fait malgré tout baisser, un peu, les émissions.

Mais ce n’est pas parce qu’on roule dans un silence électrique que l’on déleste le ronronnement d’un V8. Et à l’inverse, ce n’est pas parce qu’on conduit une voiture à carburant fossile qu’on est climatosceptique et qu’on adule le 47e président des États-Unis. Les vraies gens de la vraie vie sont souvent plus nuancés que certains des politiques qui tentent d’obtenir leurs voix.

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