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À Strasbourg, la municipalité envisage d’éliminer de la circulation 15 % des voitures l’an prochain

Dans Economie / Politique / Politique

Michel Holtz

la capitale alsacienne entend éliminer de la circulation 43 000 voitures l’an prochain en mettant en place une SFE très contraignante. Une offensive radicale qui contraste avec le reste de l’Hexagone en matière de zones à faibles émissions supprimées avant d’être réhabilitées par le Conseil constitutionnel. Entre Lyon qui freine des deux pneus, Marseille qui reste prudente et Grenoble qui botte en touche, les politiques de restrictions de circulation sont devenues illisibles.

À Strasbourg, la municipalité envisage d’éliminer de la circulation 15 % des voitures l’an prochain
Plus de place pour les Crit'Air 3 dès le 1er janvier prochain au centre-ville de Strasbourg comme dans toute l'agglomération. Photo : MaxPPP.

Une Arlésienne ? Un serpent de mer ? Enterrées par l’Assemblée, les ZFE ont repris des couleurs après l’abrogation du texte par le Conseil constitutionnel le 21 mai dernier.

Pour le moment, aucun nouveau texte sur l’obligation des zones à faibles émissions n’est à l’ordre du jour de la session parlementaire de septembre, et peu de partis ont envie de remettre le couvert d’une mesure repoussée par une majorité de Français à quelques mois de la présidentielle.

Strasbourg jusqu’au-boutiste ?

Mais le gouvernement, et l’Élysée, y songe, ou envisage de refiler le bébé à leurs successeurs, ne serait-ce que dans le but de ne pas avoir à payer une lourde amende à l’UE puisque la France s’est engagée, comme les autres pays européens, à mettre les zones en place.

Reste que la nature a horreur du vide et que certaines municipalités entendent bien profiter du flou juridique pour s’engouffrer dans la brèche. À l’instar de Strasbourg. Son Eurométropole (l’agglomération de la ville et des communes alentour) entend bien remettre le couvert et vient de décréter l’interdiction de circulation des vignettes Crit’Air 3 dès le 1er janvier prochain et même des Crit’Air 2 un an plus tard, dans le centre-ville et dans plusieurs communes limitrophes.

Ce sont ainsi plus de 43 000 véhicules qui sont concernés, soit 15 % du parc automobile. Et l’agglomération strasbourgeoise a beau ne pas être, et de loin, la plus pauvre de l’hexagone, et de fait, dispose d’un parc automobile un peu plus récent qu’ailleurs, cette décision risque d’avoir un fort impact sur les populations les plus vulnérables. Car même si le réseau de transports publics (trams et bus) existe, il ne saurait être aussi dense qu’en région parisienne.

À Marseille, la ZFE reste en place, mais dans une version plus allégée que celle envisagée à Strasbourg. Photo : MaxPPP.
À Marseille, la ZFE reste en place, mais dans une version plus allégée que celle envisagée à Strasbourg. Photo : MaxPPP.

Cette décision alsacienne est bien entendu observée de près par d’autres municipalités qui elles aussi avaient l’intention de mettre en place des ZFE, comme c’est le cas à Lyon. Mais les élections municipales sont passées par là et celles des présidences de métropoles avec elles.

L’ancien président de l’entité, le vert Bruno Bernard a été remplacé par la LR Véronique Sarselli et son discours est, logiquement, à l’opposé de celui de son prédécesseur. Elle juge les ZFE « dogmatiques et inapplicables ». Il ne faudra donc pas compter sur elle pour aller plus vite que la musique et assure qu’elle se contentera d’appliquer la loi. Une loi, qui, pour le moment, n’existe pas.

À Marseille, ou le maire PS Benoit Payan a été réélu, la ZFE est quant à elle, déjà en vigueur et le reste. C’est finalement l’une des zones françaises historique puisqu’elle est en place depuis 2022. Sauf qu’elle est beaucoup moins contraignante que celle que Strasbourg entend entériner. D’abord parce qu’elle ne prend en compte que l’hyper centre de la cité phocéenne, et qu’ensuite, seules les autos munies de Crit’Air 4 et 5 sont concernées.

Wait and see à Lyon

Cette politique du cas par cas hexagonal varie donc d’une métropole à l’autre. Mais ce manque de cohérence est encore plus flagrant à Grenoble ou la ZFE était en place jusqu’à la suppression des zones par l’Assemblée. Mais après la suppression, place à la décision constitutionnelle et à l’atermoiement de la métropole, ou plutôt à la politique façon Ponce Pilate. Car si la ZFE de la métropole alpine reste en place, elle est suspendue à la décision de chaque maire de commune.

Entre les mairies qui prennent les devants, celles qui sont dans l’attente et celles qui font tout pour reculer, les ZFE sont plus que jamais une énigme française. Comme l’explique Guillaume Lizzy, le président PS de la métropole de Grenoble, « plus personne n’y comprend rien. Ni les habitants, ni les élus, ni même les forces de l’ordre. » On peut s’en rassurer, et se dire que les PV ne pleuvront pas de sitôt. Mais c’est une maigre consolation.

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