Flashs intempestifs et lasers anti-somnolence : voyage sur les autoroutes surréalistes de l’empire du Milieu.
Des autoroutes à huit voies balayées par des lasers anti-somnolence aux millions de flashs qui traquent chaque conducteur, le trajet vers la campagne shanghaïenne ressemble à une plongée dans un film d’anticipation. Reportage en immersion dans un monde où le silence de l’électrique se fracasse contre le vacarme des klaxons. Une planète où l’on grignote des langues de canard devant des gratte-ciel fantômes.

Aux quatre coins du monde, les départs en week-end se ressemblent. À une petite différence près. Lorsqu’en Europe, il nous arrive de râler parce que la circulation est à l’arrêt à une encablure d’un péage, les Chinois restent stoïques durant des dizaines de km sur 8 voies qui roulent au pas.
C’est le cas ce samedi matin. Comme toutes les fins de semaine, nombre d’habitants de Shanghai retournent à la campagne dont ils sont souvent originaires. Et, avec pas loin de 25 millions d’habitants, la plus grande ville chinoise a largement de quoi remplir les centaines d’autoroutes et d’échangeurs d’un flot ininterrompu de plaques d’immatriculations bleues ou vertes.
Des couleurs de plaques distinctes
Pourquoi ce jeu de couleurs ? Le bleu désigne les voitures thermiques, et le vert, plus logiquement, les électriques qui bénéficient des menus avantages offerts au VE en Chine. Lesquels ? Une pluie de détaxes, d’aides à l’achat, et de stationnements gratuits ou moins chers, même si ces coups de pouces sont revus à la baisse, comme partout sur la planète.
En tout cas, ces couleurs, les flashs ne s’y trompent pas. Sur les grandes artères urbaines comme sur les autoroutes, ils crépitent, tous les 500m, juchés sur des portiques. Et pas spécialement pour relever les excès de vitesse. Même dans un bouchon, et à 20 km/h, on se fait flasher, constamment. Tout le monde, tout le temps, se fait photographier. Des millions de clichés quotidiens, automatiquement analysés, qui observent les attestations d’assurance et les déplacements de chacun.

Qui est au volant ? A-t-il son permis ? La voiture est-elle volée ? Les flashs veillent, secondés par des caméras dans les villes comme sur les portiques à flashs qui surplombent les huit voies. Dans les zones urbaines, aux carrefours, à tous les coins de rue, ces caméras sont regroupées par grappes, tout en haut d’arbres métalliques, telles des noix au sommet de curieux cocotiers.
Après deux heures de bouchons et de flashs, il est temps de s’arrêter sur une aire d’autoroute. Une aire ? Un gigantesque parking plutôt, ou des centaines de bornes de recharge attendent le client qui file se ravitailler dans les boutiques d’un immense centre commercial ou l’on trouve à peu près de tout, y compris des fast-foods chinois.
On y déguste de petites barquettes dont les mets ressemblent à ceux de nos KFC. Mais en lieu et place des morceaux de poulet de l’enseigne américaine, présente également en Chine, ce sont des langues de canard au goût, disons particulier, que dégustent les automobilistes en partance pour leur week-end vers leur province natale.

Une barquette de langues plus tard, retour à la route dans un entrelacs d’échangeurs géants en construction et d’immeubles de 30 étages jamais achevés depuis le naufrage du géant de l’immobilier chinois Evergrande. Des bâtiments fantômes qui ponctuent le paysage autoroutier ou, de temps à autre, des faisceaux laser viennent balayer l’autoroute. Ces dispositifs, qui transforment le bitume en dance floor, sont mis en place par les pouvoirs publics pour éviter la somnolence au volant.
Les conducteurs chinois ont, semble-t-il, saisi le message gouvernemental et s’ils ne manquent pas de vigilance, ils en oublient parfois l’anticipation, déboulant de droite comme de gauche, puisque, sur autoroute, les dépassements, à l’instar des US, sont autorisés de tous les côtés. La queue de poisson est une spécialité nationale (comme les langues de canard) et le klaxon fait office de passeport pour tous les changements de direction.
Le klaxon pour remplacer le bruit des moteurs
En fait, cet usage de l’avertisseur est un grand remplacement, celui du bruit des moteurs. Dans la région de Shanghai, près de la moitié des autos sont électriques, et la quasi-intégralité des scooters (très en vogue et utilisés sans casque) est électrique aussi. Alors, le klaxon est devenu le moyen de se faire entendre des autres engins motorisés.
L’électrique avait, entre autres vertus, le bonheur du silence. Il ne l’a plus, du moins dans l’empire du Milieu qui a pourtant popularisé le genre au niveau planétaire.




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