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La Chine va aussi régner sur les normes de sécurité

Dans Pratique / Sécurité

Jean-Michel Normand

Dominant en matière de technologie, le made-in-China est également en train de s’imposer dans le domaine des normes de sécurité. Il faut dire que les constructeurs européens et américains lui ont laissé le champ libre.

La Chine va aussi régner sur les normes de sécurité
Le volant "Yoke" (ici sur une Tesla Model X) n'est pas jugé sûr par les autorités chinoises.

Les propriétaires de 4,3 millions de véhicules électriques appartenant à neuf marques (près de trois millions de Tesla mais aussi des modèles Xiaomi et Leapmotor, entre autres) vont devoir ramener leur voiture au garage. Ce sera un rappel à grande échelle, a priori le plus vaste que la Chine ait jusqu’alors organisé. Pour les constructeurs concernés, il s’agira de modifier la commande mécanique d’ouverture d’urgence des portières depuis l’intérieur afin de la rendre plus aisément repérable et facile à utiliser.

Ce mégal-rappel concerne des modèles équipés de poignées escamotables, clairement dans le collimateur des autorités chinoises. Plusieurs accidents mortels ont fait apparaître qu’en cas de crash, il était devenu impossible d’ouvrir la portière de l’intérieur ou de l’extérieur en cas d’interruption de l’alimentation électrique. La puissante SAC (Standardisation administration of China), l’organisme chargé de faire respecter les normes de sécurité, a fait savoir en début d’année que les élégantes poignées affleurantes seront interdites sur le marché chinois à compter de 2027. À moins de disposer en parallèle d’un système à commande manuelle capable de commander l’ouverture en cas de défaillance.

Un volant plus dangereux qu'on ne le pense

Pékin ne fait pas seulement le ménage dans les commandes de portières. Très tendance en Europe et aux Etats-Unis, le volant « yoke » (en forme de joug) associé à une commande « by wire » sans liaison mécanique avec la direction n’est pas non plus en odeur de sainteté. Cette architecture qui se propose d’expédier au musée la traditionnelle commande circulaire, indissolublement liée à la conduite d’une automobile depuis plus d’un siècle, concentre aussi les critiques.

Les autorités lui reprochent de projeter des éléments métalliques dans des directions imprévisibles lors du déclenchement de l’airbag. Le « yoke » pourrait aussi d’être à l’origine de fausses manœuvres lors de braquages prononcés. Les tests de conformité qui prévoient de procéder à des essais sur des points d’impacts situés sur la partie haute de la jante – inexistante sur un tel volant - vont, de facto, bloquer son homologation en Chine.

La Chine freine les accélérations électriques

Les experts chinois des sécurités routières ont également commencé à se pencher sur les accélérations au démarrage, jugées trop violentes, de modèles électriques à connotation sportive. Le 0 à 100 kmh abattu en un peu moins de deux secondes par la Xiaomi SU7 Ultra – les Tesla Model S Plaid, Rimac Nevera, Zeekr 0001 FR et autre Lucid Air Sapphire sont à peine moins virulentes – est très mal vu. L’idée serait d’imposer par défaut une accélération moins violente (cinq secondes pour le 0-100 kmh), le conducteur étant libre de rendre malades ses passagers mais après avoir volontairement activé le mode « vitesse lumière ». Un peu comme on désactive l’alerte de survitesse à bord des voitures de série.

Cette vigilance réglementaire soutenue fait écho à une vision très précautionneuse de la sécurité automobile. Au volant, les chinois n’adoptent pas le même type de conduite que les Européens ou les Américains, rompus depuis des générations à tenir le volant voire à manier des boîtes de vitesses manuelles. Sur la route, ils ne gèrent pas toujours au mieux les situations imprévues et s’alarment du moindre bruit mécanique inconnu. Reste que l’on peut difficilement considérer comme excessif leur approche du principe de précaution ou soupçonner systématiquement une sourde manœuvre protectionniste. En Europe et aux Etats-Unis, la problématique des ouvertures de porte affleurantes a déjà été identifiée mais imposer aux constructeurs de prendre des mesures correctrices prend manifestement plus de temps.

La Chine impose ses nouvelles normes automobiles

Au-delà des différences culturelles, l’activisme sécuritaire de Pékin tend à installer la Chine comme la nouvelle référence normative de l’automobile. Dans ce domaine, le premier marché mondial (plus de 20 millions d’immatriculations par an) dispose de sérieux arguments pour donner le « la », en particulier pour ce qui concerne les véhicules électriques. Ce qui permet au passage de s’inscrire à rebrousse-poil de l’image peu valorisante qui colle encore à la production chinoise dans l’esprit d’une partie du public. Tout cela ne signifie pas que l’ex-empire du Milieu va imposer ses desideratas urbi et orbi tel un rouleau compresseur – rien ne dit que le volant « yoke » est mort-né chez nous - mais confirme que le centre de gravité de l’automobile se déplace vers l’est. Qu’il s’agisse de la technologie – chimie des batteries, numérisation, conduite autonome – mais aussi de la sécurité routière voire du design. S’ébauche ainsi un soft-power synonyme de voitures innovantes mais, aussi, fiables et rassurantes, loin de l’image un peu froide et superficielle qui colle encore aux roues des voitures made-in-China. Un moyen de désarmer les préventions des consommateurs occidentaux mais aussi de mettre en exergue le conservatisme et le rapport à la norme plus pointilleux que rationnel dans lesquels tend à se complaire l’automobile européenne.

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