La fable du SUV et de la courgette ou le vertige d’une économie à l’envers
Il est coutume d’entendre, dès les bancs de l’école, qu’il ne faut pas mélanger les choux et les carottes. En langage courant, l’injonction invite à fuir l’amalgame absurde. Il arrive pourtant que l’actualité fasse caramboler dans une même unité courgette et SUV.

Dans un marché d’époque, sous le vent de l’inflation, se croisèrent un beau jour, en grande discussion, sieur SUV d’acier et dame courgette, au teint vert et frais.
De capteurs et de puces assaillis, le carrosse de fer, dix mille euros avait pris en moins d’une demi-décennie. Par mille et une astuces, pour justifier de vingt-neuf pourcents le gonflement, l’on invoque la modernisation, la situation et le règlement.
Issue des semis, la modeste courgette s’est aussi tournée vers les nantis, majorée d’une foudroyant trente-deux pour cent1 en un an seulement. Télescopage abrupt pour les bourses du peuple, qui ne sait, si pour bien rouler et bon manger, il serait pris pour dupe.
Mais pourquoi tant d’argent ? Dame courgette évoque le climat, le ciel, mais aussi le grand boutiquier de l’hypermarché. Sur son dos, il prendrait marge parfois jusqu’à moitié. Au final, deux cents millions d’euros2 prélevés sur l’humble primeur, en échange de son commercial labeur.
Pour sieur SUV, l’erreur est ailleurs. Le vendeur gagne peu malgré son ardeur. C’est auprès du constructeur, qui l’a fait riche en apparats, pour tirer profit de tous ces éclats, qu’il convient de chercher le pourquoi de tant de grandeur. Ô marges, ô business. Mais les taxes, les marchés, les normes d’Europe, la chine au galop, ont brisé leurs chimères et calmé leur ego.
Face à ces maux croisés, il faut une nouvelle parade trouver. Pour la roue, élargir au million le leasing d’un loyer3, diviser de plus de moitié la taxe sur la valeur ajoutée, sont parfois évoqués sans devenir réalité. Une préférence européenne et la solution d’un petit modèle à moins de dix mille euros servent d’étincelle.
Pendant ce temps, du haut du palais, les conseils pleuvaient lancés à tout va un vertueux fatras. Mangez vert, cinq fruits et légumes quotidien, pour la santé, c’est bien. Roulez propre, sans pétrole, pour sauver la planète, c’est net.
L’injonction au verdissement et au bon nourrissement ne vaut pas un fétu, si pour manger et se déplacer, le peuple est à la rue.
1 Familles Rurales/2 l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM) /3 Transport & Environment




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