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Voitures électriques chinoises : les droits de douane européens ont-ils vraiment freiné l’invasion ?

Dans Economie / Politique / Industrie

Michel Holtz

Présentées comme le rempart ultime contre la déferlante de l’empire du Milieu, les taxes douanières européennes fêtent leurs deux ans. Bilan ? Si elles ont poussé les marques occidentales à rapatrier leur production, elles n’ont en rien freiné les velléités chinoises. Analyse d’une guerre commerciale qui a simplement déplacé le problème vers les hybrides et les composants clés.

Voitures électriques chinoises : les droits de douane européens ont-ils vraiment freiné l’invasion ?
Des voitures chinoises attendent d'être embarquées dans le port chinois de Yantai à destination de l'Europe. Photo : MaxPPP.

C’est la question que tout le monde se pose, deux ans après leur entrée en vigueur. Les droits de douane européens sur les voitures électriques fabriquées en Chine et mises en place par Bruxelles en juillet 2024 ont-ils eu un réel impact ? On peut, en ces temps de canicule, s’abreuver d’un verre d’eau à moitié vide, ou à moitié plein.

Une baisse de 5 points des Chinoises électriques

La bonne nouvelle ? Selon l’ONG Transport & Environnent, la part des voitures électriques fabriquées en Chine et vendues chez nous est retombée à 17 % du marché européen au premier trimestre 2026, alors qu’elle était de 22 % début 2024, avant la mise en place des taxes. Mieux : les ventes des autos de marques européennes assemblées en Chine (Dacia, BMW, Volvo, etc.) sont tombées de 38 % il y a deux ans à 26 % aujourd’hui

Quant à Tesla, ses Model Y fabriqués à Shanghai et importées chez nous ont baissé de 26 à 19 %. Car l’Américain, comme la plupart de ces constructeurs a rapatrié sa fabrication par ici. L’objectif est donc atteint puisque les importations reculent ?

Pas exactement, car en ouvrant le capot, le tableau est beaucoup plus nuancé. C’est que les taxes n’ont pas freiné massivement les velléités chinoises et les ventes des autos de là-bas devraient encore progresser de 25 % ici, car les marques de l’empire contournent les barrières douanières en important massivement des hybrides et des PHEV. Au point ou l’UE menace de taxer ces dernières.

Quant aux 100 % électriques chinoises, elles seraient toujours et malgré les taxes, moins chères, de 21 % en moyenne, que les européennes, toujours selon Transport & Environnement. En cause : des batteries maison et des coûts industriels plus faibles. Sans compter sur l’autre manière de contourner les fameuses taxes : l’implantation d’usines chinoises sur le sol européen. Pas moins de 10 projets sont en cours ou déjà signés.

Damned, encore raté ? Mais alors, que faire ? Pour l’organisme dont le siège est à Bruxelles, l’UE a négligé un élément clé dans sa guerre commerciale avec la Chine : les batteries. Celles des autos chinoises fabriquées en Europe sont généralement importées de l’Empire et elles ne sont taxées qu’à hauteur de 4,7 %. T & E préconise donc à l’UE d’augmenter les droits de douane pour les porter à 20 %.

Une taxe sur les batteries sans effet

Pas de quoi affoler les constructeurs occidentaux dont les autos sont elles aussi équipées, dans 3 cas sur 4, de batteries importées de Chine, puisque, toujours selon l’organisme, le coût de revient final de l’automobile européenne n’en serait augmenté que de 2,8 %.

C’est peu et la mesure ne risque ni d’inciter les constructeurs européens à accélérer le développement de gigafactorys en Europe, ni de faire reculer des Chinois qui continueront d’importer leurs propres batteries pour fournir leurs usines européennes.

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