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La future parade de Bruxelles pour limiter les parts de marché des voitures chinoises dans l’Union sera-t-elle vaine ?

Dans Economie / Politique / Politique

Michel Holtz

Alors que les constructeurs de l’empire du Milieu viennent de franchir le cap historique des 10 % de parts de marché en Europe avec plusieurs mois d’avance, la Commission européenne s’alarme. Face au contournement massif de ses taxes sur l’électrique par le biais des véhicules hybrides, le commissaire au Commerce Maros Sefcovic s’apprête à abattre une nouvelle carte en envisageant une taxe sur les PHEV. Mais entre la menace des modèles hybrides non rechargeables à bas coûts et le cheval de Troie des usines d’assemblage plébiscitées par les États membres et les constructeurs locaux, Bruxelles manque cruellement d’armes.

La future parade de Bruxelles pour limiter les parts de marché des voitures chinoises dans l’Union sera-t-elle vaine ?
La citadine PHEV Byd Doplfin G DM-I pourrait bien voir ses tarifs fortement augmenter.

Ce choix dans la date n’est pas un hasard du calendrier. Le jour même ou l’ACEA (l’association des constructeurs européens) dévoile les chiffres de ventes des 5 premiers mois 2026, le porte-parole de l’Union européenne à Bruxelles a confirmé que le ministre chinois du commerce sera présent à Bruxelles le 29 juin à l’invitation de la Commission.

Car les statistiques de l’ACEA sont sans ambiguïté et on finit par inquiéter Bruxelles. Les parts de marchés des constructeurs chinois ont dépassé les 10 % à la fin du mois de mai, une emprise que tout le monde attendait, mais pas avant la fin de l’année 2026.

Tout le monde progresse, mais les Chinois beaucoup plus que les autres

Les constructeurs européens tentent de se rassurer, en se disant que, certes, les constructeurs de l’Empire du Milieu vendent de plus en plus d’autos chez nous, mais c’est parce que ça y est, enfin, les citoyens de l’Union se sont (un peu) remis à acheter des voitures et qu’il n’y a pas que les Chinois qui en profitent.

C’est exact puisque les ventes globales ont augmenté de 4 % sur la période. Sauf que si l’on compare les progressions entre les marques occidentales et les Orientales, on est loin du compte. Volkswagen le leader est en hausse d’un tout petit 1,5 % et si Stellantis s’en tire mieux avec Fiat, Citroën et Opel (ses marques les plus accessibles) avec + 5,7 %, ces chiffres ne sont pas comparables avec les hausses chinoises.

La performance de Chery (Jaecoo et Omoda) ? + 265 %. Celle de Byd ? + 159 %. On peut se rassurer en expliquant que ces chiffres spectaculaires sont faciles à obtenir pour un constructeur qui part de peu en Europe, et c’est vrai pour Chery, mais pas pour Byd présent depuis cinq ans sur le continent.

Maros Sefcovic s’interroge. Photo : MaxPPP.
Maros Sefcovic s’interroge. Photo : MaxPPP.

Cette situation, et ce grignotage chinois des parts de marché, inquiètent l’Europe depuis le début de la présence des autos de l’Empire chez nous. Alors l’UE a réagit en taxant les importations des autos électriques. Sauf que depuis l’instauration de ce péage à l’entrée de l’Union (qui peut atteindre 45 %), les constructeurs chinois répliquent en envoyant en Europe des hybrides ou des PHEV qui ne sont pas taxées.

Damned, encore raté, s’est dit le slovaque Maros Sefcovic. Alors le commissaire européen au Commerce, entouré de ses conseillers a eu une idée, et c’est pour cela qu’il a convoqué le ministre du commerce chinois Wang Wantao le 29 juin prochain. Pourquoi ne pas taxer les PHEV de la même manière que les électriques ? Après tout, les hybrides rechargeables représentent 30 % des ventes chinoises en Europe, et même s’ils sont boudés en France, ils ont largement contribué à l’excellent score de Byd et au rapide développement de Jaecoo chez nous.

Sauf que l’industrie automobile de l’Empire du Milieu dispose aussi d’hybrides non rechargeables, des HEV dont les ventes dépassent très largement celui des PHEV car elles sont moins chères. Faut-il les interdire aussi ? Et comment lutter contre l’autre, et ultime, parade chinoise pour continuer à conquérir l’Europe : l’assemblage dans les usines de l’Union ?

De Sunderland en Angleterre ou les Jaecoo – Omoda seront fabriquées sur les chaînes Nissan dès 2027, à l’usine Byd de Szeged, en Hongrie actuellement dans sa phase de lancement, en passant par les nombreux projets en cours, l’industrie chinoise tente de court-circuiter les taxes européennes.

Après les PHEV faudra-t-il taxer les HEV ?

Et Maros Sefcovic peut difficilement lutter contre ces assemblages au sein même de l’UE. Car d’une part s’il intervient, il se heurtera à l’opposition des constructeurs locaux qui voient dans ces partages, ventes ou sous-traitances, des moyens d’éviter leurs sous-productions.

Mais de plus, empêcher ces nouvelles usines, ou ces unités de productions reconverties, verraient les États membres et les régions se hérisser contre Bruxelles puisqu’elles leur permettent de sauvegarder des emplois ou d’en créer de nouveaux. Les cauchemars chinois du commissaire européen ne sont pas terminés, et l’avance chinoise ne devrait pas reculer.

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