Les 24-Heures du Mans côté fauteuils pliants et ombrelles
Loin des loges feutrées et même des sièges numérotés, le public s’organise. Entre système D pour se protéger du soleil et se reposer, théories sur la course et ferveur populaire, voyage au cœur de la ronde sarthoise aux côtés des « sans tribunes »

Il fait 33 degrés, et pas brin de fraîcheur ni d’ombre à la chicane Ford, juste avant la ligne droite des stands. Il est 15h, et la course démarre dans une petite heure. Annie et ses deux garçons sont en place depuis 11h du matin. « C’est le cadeau que je leur offre : la semaine du Mans ».
300 000 spectateurs pour 35 000 places en tribune seulement
Au prix du billet, 120 euros par personne, s’ajoutent le trajet depuis l’Yonne ainsi que le camping, à 30 mn du circuit « moins cher et moins bruyant qu’ici ». Mais pour ce tarif, Annie et les garçons n’ont pas accès aux tribunes, comme près de 90 % des quelque 300 000 spectateurs qui assistent à cette 94e édition dans laquelle un invité de dernière minute s’est incrusté : la chaleur qui fait son retour.

Mais Annie, comme de très nombreux autres spectateurs ont prévu le coup : le parapluie emporté en cas de pluie sert d’ombrelle et le pliant est l’accessoire obligatoire pour pouvoir s’asseoir pendant de longues heures, et parfois y dormir.
C’est le cas de ces deux amis originaires de Laval. L’un est mécano, quand l’autre achève ses études d’électronique automobile. Et les presque régionaux de l’étape sont incollables sur le règlement de la course, les engagés et même la politique de l’ACO.

Ils n’hésitent pas, d’ailleurs, à afficher une théorie, un rien complotiste, sur les excellentes performances de Cadillac, aux premières loges sur la grille derrière la BMW qu’elle ne tarde pas à dépasser quelques secondes après le départ et que l’Allemande a redoublé par la suite. « La BoP (Balance of Performance, ndlr) et ses calculs embrouillés, favorise clairement Cadillac » estiment les deux garçons. « Car l’ACO est en cheville avec les Américains pour établir un championnat commun en 2030 ».
En attendant, les deux théoriciens retournent sous leur ombrelle et leurs pliants qui seront aussi leurs lits de fortune. Ils se sont posés juste à côté du Porsche Experience Center ou les coupes de champagne sont de sortie, comme la vue confortable sur le circuit.

Hadrien, lui est seul et loin de la chicane Ford. Debout entre deux tribunes près des stands auxquels il n’a pas accès, il a un casque audio vissé sur les oreilles pour suivre les indications du speaker de la course. Il ne regarde pas la piste, mais son smartphone, ou il peut suivre en direct les évolutions des 18 hypercars, des 19 LMP2 et des 25 LMPGT3. « J’ai la liste complète et j’ai tous les classements sur mon tèl ».
Un peu plus loin et en plein soleil, Jérome ne veut pas vivre Le Mans sur un tout petit écran. Il n’a payé que 109 euros, mais pour le week-end seulement. Mais pas question de s’installer au bord de la piste « pour avoir une vue la grille et les autos loin derrière, c’est pas la peine ». Alors il a ouvert son pliant, et son ombrelle, près de l’un des écrans géants disséminés sur la boucle sarthoise.
Les 24 heures ? Il faut en être
Mais pourquoi n’est-il pas resté chez lui, dans son canapé, devant la chaîne l’Équipe qui diffuse l’événement gratuitement ? Il rigole. « Il manquerait la chaleur le jour, le bruit infernal la nuit et les gens qui se sont envoyé trop de bières en faisant des commentaires débiles de la course ».
Il se ravise et s’aperçoit que c’est peut-être tout cela qu’il est venu chercher dans la Sarthe : une atmosphère, une ambiance particulière, une grand-messe païenne avec ses excès et ses désagréments. « Si je suis venu, et que je viens chaque année, c’est pour ça, pour en être, tout simplement ».
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