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24-Heures du Mans : la compétition a-t-elle encore un intérêt quand on est sûr de gagner ?

Dans Sport Auto / Autres actu sport auto

Lionel Bret

En devenant le fournisseur exclusif de la catégorie reine « Hypercar », Michelin a transformé l’approche de la compétition. Si la guerre des gommes n’a pas lieu, est-il bien pertinent de se battre contre soit même ?

24-Heures du Mans : la compétition a-t-elle encore un intérêt quand on est sûr de gagner ?
Michelin est devenu le fournisseur exclusif de la catégorie des Hypercars ©Frederic Le FLOC'h / DPPI

Au départ de la 94e édition des 24 heures de Mans, 8 constructeurs 1 s’affrontent pour la victoire finale. Toutes chaussées des mêmes pneumatiques fournis par un manufacturier unique.

Depuis que Michelin est devenu le fournisseur exclusif de la catégorie reine des Hypercars (jusqu’en 2029), la guerre des pneus entre manufacturiers n’est plus. La compétition a-t-elle encore un sens lorsqu’on équipe tout le plateau ?

Un changement d’angle

Mais les règles du jeu ont changé. La victoire ne se mesure plus seulement au millième de seconde gagné mais également au pourcentage de carbone gagné.

En situation de monopole technique, le premier risque est celui de l’immobilisme. Paradoxalement l’absence de concurrence semble avoir eu ici un effet d’ouverture du champ des possibles. Au lieu de miser sur la conception d’une gomme focalisée uniquement sur la chrono-performance, le manufacturier à user de son monopole pour développer d’autres axes de recherche et développement. La compétition est passée de laboratoire de la vitesse à celui de la décarbonation à haute vitesse.

Pour cette édition, la firme introduit sa nouvelle gamme Pilot Sport Endurance qui franchit le cap des 50 % de matériaux renouvelables et recyclés (contre 20 % auparavant). Le but étant d’utiliser les contraintes de la course pour prouver qu’un pneu « vert » peut encaisser les mêmes charges qu’un modèle issu de la pétrochimie traditionnelle.

Comment courir contre soit même

Pour maintenir une exigence de compétition sans adversaire, Michelin a dû revoir sa méthode, en misant sur de nouvelles rivalités. Celle du règlement et de la stratégie des écuries.

Le législateur de l’endurance (l’ACO et la FIA) a banni les armoires de préchauffage des pneumatiques pour des raisons écologiques. La compétition pour Michelin a donc été d’inventer des gommes capables de monter en température rapidement afin que les voitures puissent bénéficier d’un max de grip quasi instantanément.

Nouvel axe de développement

Par ailleurs pour que la course garde tout son intérêt stratégique, le manufacturier a élargi les plages d’utilisation de ses enveloppes. « La gomme Soft conserve désormais tout son potentiel jusqu’à des températures proches de 30 °C, tandis que la gomme Medium reste pleinement performante jusqu’à environ 15 °C. Concrètement, cela signifie qu’entre 15 °C et 25 °C, les deux mélanges offrent des niveaux de performance très comparables », souligne le manufacturier. Laissant aux ingénieurs et teams managers d’affûter leur stratégie entre performance immédiate et longévité au fil des relais. « Le pneu ne doit pas être un aléa de course (référence aux passages répétés aux stands en F1), l’objectif n’est pas de faire du show mais de l’innovation » soutient Matthieu Bonardel, directeur de Michelin sport.

Au Mans, le manufacturier de Clermont-Ferrand court désormais contre le temps de l’urgence climatique. Une compétition invisible pour les spectateurs de la ligne droite des Hunaudières, mais dont les retombées seront cruciales pour l’avenir de l’industrie automobile. Et dont il n’est pas encore sûr de sortir vainqueur.

1 : Cadillac, Alpine, BMW, Genesis, Ferrari, Toyota, Peugeot et Aston Martin

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