On a voyagé en BMW iX3 sans tenir le volant et ça fait vraiment bizarre
ESSAI LONGUE DISTANCE - Fini les mauvaises voitures électriques : comme Audi et Mercedes, BMW propose désormais des véhicules à la pointe de cette technologie. Premier modèle BMW à offrir des performances électriques de haut niveau, le SUV iX3 inaugure aussi des équipements à l’efficacité déroutante. Il est vraiment devenu meilleur qu’un X3 thermique équivalent !

Alors que tout le monde croyait les géants premium allemands capables de terrasser rapidement Tesla une fois leurs premières voitures électriques lancées sur le marché, ces derniers ont paru presque ridicules dans un premier temps en comparaison des produits du constructeur américain : proposés tous les trois à la fin de la précédente décennie, les BMW iX3 de première génération, Audi e-tron et Mercedes EQC offraient des performances électriques décevantes. Très chers, ils chargeaient lentement et se contentaient d’une autonomie maximale très moyenne. Quelle surprise pour des références absolues de la performance et du luxe, qu’on croyait invincibles !
Débutants de la chose électrique, ces grands constructeurs allemands avaient tout simplement besoin d’apprendre de cette technologie qu’ils ne connaissaient pas. Audi, Mercedes et BMW viennent chacun de commercialiser des véhicules électriques de seconde génération, dont les performances les replacent heureusement au meilleur niveau du marché. La marque aux anneaux mise sur son Q6 e-tron et son A6 e-tron, Mercedes sur son GLC (en attendant les Classe C et GLE) et BMW sur sa nouvelle famille de modèles « Neue Klasse ».
Le pionnier iX3
Le iX3, déjà essayé par Caradisiac, fait donc rentrer BMW dans l’ère des voitures électriques modernes. En rupture totale sur le plan du design avec les précédents modèles (thermiques et électriques) de la marque à l’hélice, il repose sur une plateforme à 800 volts de tension dotée d’énormes batteries de 108 kWh (ou de « seulement » 82,6 kWh dans sa nouvelle version d’entrée de gamme 40), avec une puissance maximale de charge de 400 kW, un 10-80 % annoncé en 21 minutes et 805 km d’autonomie WLTP. Des chiffres vraiment excellents sur le marché actuel, même si des marques comme XPeng, Porsche (Cayenne) ou BYD (Denza Z9GT) parviennent à faire encore mieux au registre de la puissance et la vitesse de charge en courant continu… mais pas de l’autonomie maximale.
Comment se comporte ce iX3 aux promesses si grandes dans la vie de tous les jours ? Pour le savoir, nous avons récupéré un exemplaire du modèle à Valencia, lieu de l’essai presse international de l’auto, pour le ramener jusqu’à Paris par l’autoroute sur un trajet de 1 500 km.
Une première partie de trajet perturbée par le vent
Ne rêvez pas : les 805 km d’autonomie maximale WLTP annoncés par BMW demeurent totalement fantaisistes dans la vraie vie lorsqu’on ne roule pas seulement en ville. Mais sur le plan de l’efficience, ce gros parpaing de 4,78 mètres de long à la surface frontale pénalisante (mais au Cx de 0,24 tout de même) s’en sort honorablement.

Sur le trajet depuis Valencia jusqu’à la frontière française, peu propice aux économies d’énergie et perturbé par de forts vents de face et latéraux, nous avons relevé 23,9 kWh/100 km à l’ordinateur de bord (chiffre non vérifié par d’autres moyens). L’autonomie maximale réelle était de 458 km sur ce premier trajet (arrêté avec 4 % de batterie restante), chiffre un peu décevant mais sans doute expliqué en partie par le fort vent permanent sur le trajet et la topographie assez vallonnée de ce parcours.
La charge est vraiment rapide
Sur une borne Ionity de 350 kW atteinte peu avant la frontière française, nous effectuons un 4-80 % en 23 minutes. Un très bon temps sachant que le véhicule n’a pas pu atteindre les 400 kW en pic à cause de la borne : le 10-80 % promis en 21 minutes paraît crédible, surtout qu’il n’y a visiblement pas besoin de préconditionner la batterie (avec une température ambiante à environ 15 degrés).

L’ordinateur de bord affichait 311 km d’autonomie récupérés en 10 minutes, proche là aussi des 350 km promis par BMW sans avoir pu profiter d’une charge à 400 kW (et avec l’ordinateur de bord calibré sur une consommation située aux environs des 24 kWh/100).
Même constat sur les deux autres bornes rapides rencontrées plus tard lors du voyage, toutes deux bridées à 350 kW de puissance : ce iX3 repasse sans problème de 10 à 80 % en à peine plus de 20 minutes et surtout, la consommation a ensuite baissé à 21,8 kWh/100 entre la première et la seconde charge, sur un trajet majoritairement autoroutier à 130 km/h comprenant un peu de réseau secondaire sur les dernières dizaines de kilomètres, avant de remonter à 22,7 kWh/100 km entre la troisième charge rapide et l’arrivée à Paris. Sur le dernier relais alors que nous étions repartis à 100 % de batterie, nous avons tutoyé les 500 km d’autonomie réelle (495 km au final). Sachant que le trajet sur l’A6 vers Paris demande un peu plus d’énergie que dans l’autre sens, nous aurions vraisemblablement dépassé cette barre des 500 kilomètres d’autonomie réelle dans l’autre direction. Certains de nos confrères ont d’ailleurs dépassé légèrement les 500 kilomètres lors de leurs mesures sur d’autres axes plus favorables. Pour un gros SUV électrique, il s’agit en tout cas d’un record.
Et le reste de la voiture ?
Au-delà des performances électriques pures, que vaut ce BMW iX3 dans la vie de tous les jours ? Là encore, les progrès paraissent gigantesques par rapport aux précédentes générations de voitures familiales électriques. Et la conception même de ce lourd SUV électrique étonne : avouant 2 360 kg sur la balance, l’engin se passe d’amortissement piloté et s’appuie simplement sur des systèmes à butées hydrauliques. Son compromis de suspensions, tendant vers la souplesse, affiche un degré de confort remarquable qui n’empêche pas de garder de vraies bonnes sensations de conduite quand on hausse le rythme. Malgré la prise de roulis importante, les mouvements de caisse et les réactions de l’auto laissent sentir une mise au point vraiment bien calibrée. Sur circuit lors d’un précédent essai, d’ailleurs, j’avais même pu sentir l’auto pivoter au lever de pied sans sous-virer dans les parties les plus sinueuses. Il y a aussi un bon feeling de direction et tout pour prendre un certain plaisir à hausser le rythme sur une route d’arrière-pays. Surtout avec 469 chevaux en puissance maximale et des performances qu’on peut qualifier de « copieuses ».
Remarquons aussi le gros travail de mise au point réalisé dans le détail par les ingénieurs de BMW, qui sont parvenus à annihiler toute forme de secousse lors de l’arrêt complet de la voiture au moment : que le « brake mode » soit activé ou non, l’auto réalise le fameux « champagne stop » que la Rolls-Royce Spectre ne parvient à obtenir qu’en activant la régénération au freinage maximale.
On note juste des bruits d’air assez élevés à 130 km/h sur l’autoroute, vraisemblablement amplifiés par le fort vent rencontré sur la partie espagnole de notre trajet. Mais aussi quelques détails de finition décevants, par exemple le bouton de réglage du siège conducteur que j’ai malencontreusement déboîté en appuyant un peu fort par inadvertance (il s’est « reclipsé » ensuite assez facilement).
La conduite sans les mains, ça marche
Parlons enfin de ce fameux « Assisted Driving Pro » monté en série sur l’iX3, permettant théoriquement de conduire « sans les mains » jusqu’à 130 km/h sur des voies rapides. Le système restant interdit en Espagne faute d’homologation, il a fallu attendre l’arrivée en France pour le mettre à l’épreuve. Il faut alors, une fois l’Assisted Driving Pro activé sur la tablette tactile centrale, appuyer sur le bouton à la gauche du volant pour le mettre en marche. Ce système de conduite autonome « niveau 2 + » impose de conserver le regard vers la route mais il n’oblige plus à garder les mains sur le volant et gère lui-même les dépassements lorsque le véhicule revient sur un véhicule plus lent. Dans ce genre de situation, il demande juste de regarder le rétroviseur gauche pour confirmer la manœuvre (puis le rétroviseur droit afin de se rabattre).

Et ça marche : on a pu rouler l’essentiel du temps passé sur l’autoroute française avec l’Assisted Driving Pro activé sans toucher ni aux pédales ni au volant, le système laissant aussi détourner le regard de la route par moments sans se désactiver tout de suite. Nous avons tout de même expérimenté une période de 50 km pendant laquelle le système était désactivé pour une raison inconnue, en plus de nombreux moments où il s’enlève automatiquement : quand on arrive sur des zones de travaux, par exemple, ou dans certains virages. Il ne va pas aussi loin que le Full Self Driving de Tesla dans la conduite « autonome » (qui fonctionne aussi en dehors des voies rapides et en ville), mais il permet réellement de se détourner de la conduite pendant de très longues distances en laissant entrevoir un futur entièrement autonome. Il y a quand même des moments, notamment lorsque des automobilistes environnants se comportent d’une façon imprévue, où cette idée de laisser faire le véhicule fait un peu peur !
Lorsque l’Assisted Driving Pro est désactivé, le régulateur de vitesse adaptatif et le système de centrage dans la voie fonctionnent aussi parfaitement. Sur ce plan des aides à la conduite (le véhicule possède aussi un système de stationnement automatique à la précision et à la rapidité impressionnante), BMW surclasse de très loin les marques chinoises et semble aussi conserver de l’avance sur Mercedes et Audi. Seul le Full Self Driving de Tesla peut théoriquement faire encore mieux mais il reste interdit en France pour l’instant.
Le BMW X3 thermique est battu dans la vie de tous les jours
A 71 950€ avec ses grosses batteries en version 50 xDrive, le BMW iX3 possède de série ses aides à la conduite « magiques » et affiche une présentation intérieure qu’on peut déjà qualifier de « premium ». Sachant qu’il tutoie les 500 kilomètres d’autonomie réelle en voyage sans aucun problème, qu’il affiche un confort d’utilisation supérieur, qu’il bénéficie d’une technologie plus avant-gardiste que celle du X3 thermique et que ce dernier coûte déjà 65 950€ sans la moindre option avec un moteur essence de 208 chevaux (66 950€ en diesel de 197 chevaux), il n’y a vraiment que les allergiques à l’électrique qui continueront de lui préférer son frère à carburant fossile (en imaginant qu’ils ne puissent jamais accéder facilement à des points de charge). Oui, on arrive bien au moment où la technologie électrique surclasse celle du thermique sur des gros véhicules familiaux premium. Et sur le papier, la nouvelle berline i3 devrait en faire autant face à la Série 3 thermique avec une efficience encore meilleure.
Photos (9)















Déposer un commentaire
Alerte de modération
Les données que vous renseignez dans ce formulaire sont traitées par GROUPE LA CENTRALE en qualité de responsable de traitement.
Les données obligatoires sont celles signalées par un astérisque dans ce formulaire.
Ces données sont utilisées à des fins de :
Vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement de ces données, d’un droit de limitation du traitement, d’un droit d’opposition, du droit à la portabilité de vos données et du droit d’introduite une réclamation auprès d’une autorité de contrôle (en France, la CNIL).
Pour en savoir plus sur le traitement de vos données : Politique de confidentialité
Alerte de modération