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Municipales : les embarras de Paris

Dans Economie / Politique / Politique

Serge Bellu

Le jeudi, c’est le jour où les routes (de nuit) de l’automobile et de la culture se croisent ou convergent.

Municipales : les embarras de Paris
Coincés dans un embouteillage au lendemain de la guerre, il ne savent pas qu’ils roulent dans des voitures de collection.

À la veille du deuxième tour des élections municipales, il est rassurant de regarder des images de villes éternellement encombrées. Ainsi, les « embarras de Paris » appartiennent au patrimoine de la capitale et nous savons gré aux élus sortants d’avoir su préserver ce précieux privilège avec zèle.

Les idéologues n’ont jamais cédé à la facilité de profiter des progrès accomplis par l’automobile en matière de protection de l’environnement (réduction des émissions nocives et baisse de la consommation des moteurs thermiques). Ils se sont employés à pondérer ces avancées en inventant des moyens inédits pour générer des embouteillages garantissant un niveau de pollution élevé.

Grosse affluence d’attelages à la fin du XIXe siècle sur les Grands boulevards, à Paris.
Grosse affluence d’attelages à la fin du XIXe siècle sur les Grands boulevards, à Paris.

Ces visionnaires ont imaginé de paralyser le trafic avec des mesures simples : le remplacement de multiples voies de circulation par des pistes cyclables, la disparition d’artères réservées aux bus et aux véhicules de secours, la suppression d’espaces dédiés aux livraisons. Une délicieuse promiscuité naît du rapprochement des usagers à la queue leu leu sur une voie unique, formant une marche solennelle, lente, jalonnée de livraisons sauvages, ponctuée par les arrêts du bus et de la benne à ordures qui fait sa collecte avec pertinence aux heures d’affluence. Pendant qu’une poignée de vélos épars filent sur leurs larges avenues.

Place de l’Opéra dans les années 1920, les bus se passent de voie dédiée.
Place de l’Opéra dans les années 1920, les bus se passent de voie dédiée.

Un technocrate plus perspicace que les autres a émis l’idée géniale d’éradiquer le concept de place publique que nous avait légué l’antiquité. De la Bastille à la Catalogne en passant par l’Italie, la fluidité circulaire des places historiques a été annihilée pour les transformer en passages tortueux et engorgés. Trop fort !

Autre pépite à laquelle un esprit trop rationnel n’aurait jamais pensé : encourager les deux-roues sans protection à emprunter à contre-sens les rues les plus étroites. Bravo pour cette solution astucieuse permettant d’intimider les cyclistes arrogants qui terrifient des piétons incrédules.

Elle va moins bien marcher maintenant…
Elle va moins bien marcher maintenant…

Piétons, nous le sommes tous. Dès que nous claquons la porte de notre automobile, nous redevenons cette créature fragile exposée aux agressions, à la véhémence, à l’arrogance, aux incivilités, aux trottinettes débridées, aux trottoirs bafoués, aux feux rouges grillés… Piétons nous le sommes parce que nous le voulons bien, clament les bien-pensants enjoignant les femmes enceintes, les séniors, les souffreteux, les tire-au-flanc, les voyageurs chargés de valises et les romantiques qui aiment la pluie à enfourcher une bicyclette…

Les bien-pensants devraient savoir que tous les piétons sont des électeurs à défaut d’être tous cyclistes.

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