Municipales Paris 2026 : entre 90 km/h sur le périph' et "boulevard paysager", le grand délire des promesses auto ?
Entre promesses de fluidification du trafic et volonté de piétonnisation totale, les programmes des candidats à l'Hôtel de ville divergent radicalement. Nous avons analysé les mesures-phares de chaque candidat pour comprendre comment pourrait se dessiner votre futur trajet dans la capitale après les élections.

À moins de trois semaines des élections municipales de 2026, la question de l’automobile dans Paris dépasse le simple cadre technique.
Entre les partisans d’une « ville apaisée » qui souhaitent achever la mutation de la capitale en oasis de mobilités douces, ceux qui prônent une « réconciliation » avec l’automobile, et les « tout-bagnole » les promesses, tenables ou farfelues, vont bon train. Caradisiac les passe en revue.

Rehausser la vitesse sur le périphérique
À la droite de la droite, c’est retour vers le futur. Sarah Knafo (Reconquête) prône une limitation rehaussée à 80 km/h, tandis que Thierry Mariani (RN) propose de repasser à 90 km/h, comme lors de sa création en 1973.
L’avis Caradisiac : Une mesure qui se heurte à un problème de sécurité et au mur du trafic. Avec 1,1 million de véhicules par jour, accélérer ne fluidifie rien si les sorties bloquent. C’est le paradoxe de la bouteille de ketchup : secouer plus fort ne fait pas sortir la sauce plus vite.
Moduler la vitesse sur le périphérique
Place au « smart périph ». Rachida Dati (LR) et Pierre-Yves Bournazel (Horizons) misent sur une vitesse dynamique. 70 km/h la nuit et en période fluide et 50 km/h en heure de pointe. Un modèle inspiré de l’A1 et de l’A25 lilloise.
L’avis Caradisiac : C’est la mesure la plus pragmatique, mais elle exige un investissement massif en signalisation dynamique. Selon la direction des routes, ce système permet de gagner jusqu’à 6 minutes par trajet.
Transformer le périphérique en boulevard urbain
Mesure-phare d’Emmanuel Grégoire (PS), et soutenue par Sophia Chikirou (LFI). Pas question de reculer : le 50 km/h est sanctuarisé pour transformer l’autoroute en « boulevard paysager ». L’idée inclut des revêtements antibruit (également voulus par Rachida Dati) et une réduction de la place de la voiture.
L’avis Caradisiac : Projet jugé irréaliste à court terme par de nombreux urbanistes, sachant que le périphérique accueille en moyenne 1,1 million de véhicules chaque jour, dont 40% vont de banlieue à banlieue sans même rentrer dans Paris. On ne fait pas disparaître 40 % du trafic francilien sans saturer les axes adjacents. De plus, transformer 22 portes en places urbaines coûterait plus de 2 milliards d’euros d'ici 2030.
Créer 30 000 places de parking-relais aux portes
Pour désengorger le centre, Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel envisagent 30 000 nouvelles places de parking-relais (+ 30 %) aux portes de Paris. Foncier requis : environ 75 hectares, soit 100 terrains de football.
L’avis Caradisiac : Promesse intéressante mais hélas difficilement tenable. La bétonisation s’oppose à la végétalisation demandée par les habitants. Le manque d’espace impose des structures en silo ou souterraines coûteuses dans un sous-sol déjà saturé par 14 lignes de métro. L’investissement se situe entre 600 millions et 1 milliard d’euros, il est donc bien peu réaliste en cette période de diète budgétaire.
Supprimer la Zone à Trafic Limité (ZTL)
-
Rachida Dati et Thierry Mariani veulent supprimer la ZTL installée dans dans les arrondissements de l’hypercentre parisien, jugée punitive pour le commerce. Y est proscrit le trafic de transit de tout véhicule à moteur (même électrique) hors taxis, VTC, transports en commun, véhicules professionnels disposant d’une autorisation ou véhicules permettant le transport de personnes handicapées. À l’inverse, Sophia Chikirou veut étendre ce dispositif à d'autres quartiers de Paris. Pierre-Yves Bournazel propose une voie médiane : maintenir la zone mais l’ouvrir aux artisans et soignants.
-
L’avis Caradisiac : La ZTL repose sur des plans de circulation « en labyrinthe ». La supprimer impliquerait de rouvrir des axes (comme Rivoli) au transit, risquant d’attirer à nouveau les 35 à 50 % de trafic de passage et de provoquer des thromboses dans les petites artères. Une fois créés les aménagements, il est en réalité bien difficile de revenir en arrière.
Rouvrir les voies sur berges aux voitures
Thierry Mariani souhaite rouvrir les voies sur berges à la circulation. Une chimère souhaitée par Sarah Knafo, qui souhaite y ajouter des coursives en arcades façon Paris d’Emily in Paris.
L’avis Caradisiac : Les rives de la Seine sont classées à l’Unesco. Les rendre aux véhicules n’est pas dans le sens de l’histoire. Les recouvrir nécessiterait d’abattre 100 grands arbres et de renforcer des voies sur pieux inadaptés. Des centaines de millions d’euros pour un projet irréalisable avec un gain de temps vite effacé par le trafic induit.
Confier la gestion de la circulation à l’IA
Portée par Rachifat Dati et Sarah Knafo, cette proposition vise à piloter les feux tricolores par intelligence artificielle, comme à Boston ; Rio de Janeiro, Bangalore ou Seattle.
L’avis Caradisiac : En analysant les flux et les temps d’attente, l’IA optimise les feux en temps réel. C’est réaliste et efficace : les villes équipées constatent une réduction des arrêts de 30 % et des émissions de 10 %.
Augmenter, diminuer ou transférer le stationnement
-
Dati, Knafo et Mariani proposent 15 000 à 20 000 places supplémentaires, un tarif unique et la gratuité le midi. Pierre-Yves Bournazel mise sur une application pour localiser les places disponibles. Sophia Chikirou veut réduire la surface au profit des PMR et de parkings souterrains en régie. Enfin Emmanuel Grégoire entend réserver 25 % des places de surface aux pros et PMR.
-
L’avis Caradisiac : La réserve de 25 % (Emmanuel Grégoire) est la plus « réaliste », nécessitant seulement une nouvelle signalétique. Les créations massives ou la gratuité totale se heurteront, elles, au manque d’espace physique et aux contraintes budgétaires.
Le bilan. On le voit, les propositions ne manquent pas mais se heurtent bien souvent à un contre-argument financier assez imparable. Quelles que soient les promesses des uns et des autres (débitumisation, végétalisation, piétonnisation du centre ville), il est illusoire d'espérer un retour en grâce de la bagnole à Paris, alors même que l'espace qui lui a été allouée ne cesse de se rétrécir depuis 25 ans. Et comme moins de la moitié des ménages parisiens disposent d'une voiture, il est inutile pour les candidats d'en faire trop pour satisfaire des électeurs qui dans les faits sont minoritaires, ple question de bon sens. Tout juste peut-on espérer que les mesures les plus drastiques, à commencer par la transformation du périphérique en simple boulevard périurbain, mettent plus de temps que prévu à se mettre en place. Et, surtout, que les candidats mettent autant d'énergie à chasser les voitures qu'à mettre en place des infrastructures de transport en commun réellement satisfaisantes. Si on veut efficacement lutter contre le tout-voiture, il faut mettre en place des alternatives crédibles. Et on est encore loin, bien loin du compte.














Déposer un commentaire
Alerte de modération
Les données que vous renseignez dans ce formulaire sont traitées par GROUPE LA CENTRALE en qualité de responsable de traitement.
Les données obligatoires sont celles signalées par un astérisque dans ce formulaire.
Ces données sont utilisées à des fins de :
Vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement de ces données, d’un droit de limitation du traitement, d’un droit d’opposition, du droit à la portabilité de vos données et du droit d’introduite une réclamation auprès d’une autorité de contrôle (en France, la CNIL).
Pour en savoir plus sur le traitement de vos données : Politique de confidentialité
Alerte de modération