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Philippe Bouvard, l’homme aux 19 000 heures d’antenne et aux 200 voitures

Dans Loisirs / Autres actu loisirs

Michel Holtz

Journaliste indiscipliné, monstre sacré de la radio et de la télé, Philippe Bouvard s’est éteint à l’âge de 96 ans. Derrière le taulier des Grosses Têtes et le chroniqueur compulsif se cachait aussi un amoureux fou des belles mécaniques. Retour sur le parcours d’un gargantua des médias qui a mené sa vie au volant de plus de 200 voitures.

Philippe Bouvard, l’homme aux 19 000 heures d’antenne et aux 200 voitures
Le créateur des grosses têtes en 2022. Photo : MaxPPP.

Était-il un grand journaliste ou un excellent animateur ? En tout cas, le CFJ, la prestigieuse école de journalisme parisienne, a tranché la question en le virant de ses bancs en 1948.

Une qualification de cancre qui n’a pas trop desservi Philippe Bouvard qui vient de nous quitter à l’âge fort respectable de 96 ans, après plus de 70 ans de carrière et un paquet de records. Car il était un conteur et un compteur de longévité et de nombre d’émissions, à la radio, à la télé et dans la presse écrite.

Journaux, télé et radio

37 ans et 19 000 heures d’antenne en tant que taulier des grosses têtes qu’il a fondé sur RTL, 6 000 heures d’émissions télévisées, dont son petit théâtre et des kilomètres de chroniques dans le Figaro, France Soir (qu’il a dirigé) ou Nice Matin, l’homme a accumulé les scores comme il a accumulé les voitures.

Car il aimait les autos plus que de raison, comme il l’expliquait dans cette interview relayée par l’Ina. « Ce sont des fantasmes, des rêves d’enfants et des garçonnières du pauvre » expliquait-il à l’occasion de la sortie de son livre Cent voitures sans regrets où il raconte son amour de la belle bagnole. Et il s’en est offert 200 en tout au long de sa longue vie et de son énorme carrière.

Des autos qu’il a toujours voulues chères et souvent t ostentatoires, tout en conservant un brin d’autodérision (et de fausse modestie), n’hésitant pas à affirmer « qu’elles étaient plus grosses que son savoir ». Des autos qui ont aussi perpétué sa légende, comme cette Rolls Silver Shadow de 1969 qu’il s’est offerte dans les années 70. Dès son acquisition, il a demandé une augmentation à son employeur du moment. Une demande acceptée qui lui fera dire « qu’on ne prête qu’aux riches ».

Philippe Bouvard détaille les équipements de sa 604 bureau en 1980.
Philippe Bouvard détaille les équipements de sa 604 bureau en 1980.

Une décennie plus loin, l’homme pressé et toujours entre deux studios acquiert une autre anglaise, une Corniche Cabriolet de 1985, mais au quotidien, il roule en limousine 604 avec chauffeur, recarrossée par Heuliez qui lui sert de bureau (et même de chambre à coucher). Il en détaille les attributs (téléphone, télé, magnétoscope, etc) devant les caméras de Vincent Perrot pour France 3.

Une F40 maudite

Mais le sommet de cette collection oscillant entre les pures merveilles et les autos purement m’as-tu-vu, arrive en 1987, lorsqu’il fait l’acquisition d’une Ferrari F40. Bouvard l’aurait acheté neuve pour 1,5 million de francs (340 000 euros d’aujourd’hui, une paille pour une telle voiture). Il admirait l’engin au point d’aller la contempler la nuit dans son garage. Mais rapidement il en a fustigé l’inconfort et le gouffre financier que représente son entretien.

Alors il décide de la vendre. D’autant que les spéculations vont bon train sur ce modèle rarissime. Mais la bonne aubaine vire au drame. La veille du rendez-vous avec un acheteur rapidement trouvé, l’auto est volée dans son garage. La police la retrouve rapidement et la vente peut enfin aboutir. Mais la F40 semble maudite. Le nouveau propriétaire réalise lui-même une soudure trop près du réservoir d’essence et l’auto explose, entraînant la mort du soudeur et même l’effondrement partiel de sa maison.

Le garage se désertifie

L’âge venant Bouvard réduira fortement son parc automobile qui, à son apogée compte 8 voitures dans son garage. En 2016 il vend celles qu’il détient encore et la fameuse 604 finira sa vie au musée de l’aventure Peugeot à Sochaux.

L’ex collectionneur, qui n’a jamais réussi à prendre totalement sa retraite, continuera à rédiger des chroniques régulières pour la presse écrite, presque jusqu’à son dernier souffle, troquant la plume pour le magnétophone à la toute fin de sa vie. C’est son épouse Colette, avec qui il était marié depuis 73 ans, qui a annoncé son décès à le 24 août au matin, à RTL, sa station de cœur, sa maison.

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