Pourquoi la disparité d’électrification des flottes entre les pays européens menace la cohérence continentale
La transition énergétique dépend d’un jeu de roulette fiscale où le portefeuille des entreprises dicte sa loi. Du Nord survolté à l’Est en panne sèche, le dernier guide de la mobilité publié par le géant du leasing Ayvens révèle un marché continental fracturé. L’incertitude réglementaire au sommet de l’État européen paralyse les stratégies à long terme.

Alors que l’Union européenne tente de maintenir le cap vers une décarbonation de son parc automobile, le Mobility Guide 2026, publié par Ayvens passe au crible les flottes d’entreprises de 30 pays européens (27 + UK, Norvège, Suisse).
Le document met en lumière une fracture continentale d’une Europe à trois vitesses, où l’incitation à basculer vers l'électrique devient de plus en plus coercitive.
Le basculement de la fiscalité
Pendant des années, l’argument du véhicule à batterie reposait sur la « carotte » : bonus écologiques généreux, gratuité des parkings et exonérations totales. Cette époque est révolue. L’analyse d’Ayvens acte un changement de paradigme brutal chez les décideurs publics européens.
En France, la Taxe incitative pénalise à hauteur de 4 000 € tout véhicule électrique manquant en flotte. En Belgique, depuis le 1er janvier 2026, seuls les véhicules zéro émission bénéficient d’une défiscalisation totale. Aux Pays-Bas, le rabais sur l’avantage en nature fond à 5 %, prélude à sa disparition totale programmée pour 2028.
Une Europe électrique à 3 vitesses
Cette transition par la contrainte financière crée un effet de miroir déformant. À l’Ouest et au Nord, le Coût Total de Possession (TCO) bascule nettement en faveur de l’électrique.
En Norvège, l’essence est tellement taxée qu’acheter un véhicule thermique n’a plus de sens économique. En Belgique, rouler en électrique revient à 0,33 € du kilomètre contre 0,40 € pour l’essence ou le diesel. En France le coût moyen kilométrique est de 0,33 € pour une électrique contre 0,41 € pour une thermique.
Des pays où l’essence reste moins chère
À l’Est (les marchés électriques « émergents »), la donne s’inverse. En Bulgarie, l’absence de politiques incitatives laisse le thermique grand vainqueur de l’équation économique : 0,33 € du kilomètre contre 0,39 € pour l’électrique. À Sofia ou Zagreb, verdir sa flotte relève encore du sacrifice financier.
Entre les deux, les pays comme l’Irlande (59), la Grèce (58), l’Italie (54), Espagne, Portugal, l’électrique est avantageux si l’on roule beaucoup (rentabilisation par l’électricité moins chère que l’essence) ou si l’on opte pour des segments spécifiques. Le Portugal se distingue d’ailleurs dans l’index 2026 comme l’un des pays les plus compétitifs d’Europe pour le coût des loyers électriques.
Quid du compromis bruxellois pour 2035
Derrière cette mosaïque de réglementations locales, l’étude d’Ayvens rappelle qu’en décembre dernier, la Commission européenne a proposé de ramener l’objectif de réduction des émissions des constructeurs pour 2035 de 100 % à 90 %.
Pour les entreprises, le signal est flou. Faut-il basculer massivement vers le tout-électrique ou parier sur le maintien d’une mixité énergétique ? Cette indécision se double d’une crise de confiance persistante de l’utilisateur final. Plus de 30 % des conducteurs interrogés avouent ne pas savoir si l’infrastructure actuelle leur permettra d’accomplir sereinement leurs trajets quotidiens. L’accès à la borne s’est amélioré, mais l’anxiété de la panne reste toujours présente.




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