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DESIGNERbyBELLU - Paul Bouvot, vingt ans déjà

Dans Futurs modèles / Design

Déjà vingt ans que Paul Bouvot est parti rejoindre Ettore Bugatti et Enzo Ferrari. Pour les oublieux, rappelons que Paul Bouvot fut un artiste tourmenté ainsi que le responsable du style de Peugeot pendant vingt ans. Et surtout une personnalité riche et attachante.

DESIGNERbyBELLU - Paul Bouvot, vingt ans déjà

Un matin, ça l’a pris. Il monta prestement au grenier de sa villa d’où l’on embrasse tout le golfe d’Ajaccio. Du haut de son échelle de meunier, il s’est mis à brandir une à une les toiles qu’il avait accumulées depuis des dizaines d’années. Il invitait les amis qu’il avait réunis à l’en débarrasser. Il voulait dans un geste d’humeur, un peu théâtral, se séparer de traces de son passé.

Il faut dire qu’il était lourd, le passé de Paul Bouvot. Le 5 juillet 1944, il était tombé dans une embuscade tendue par les Allemands sur le chemin des Vignes, à Mouchard. Son ami Gilbert Cuinet fut tué sous ses yeux. Paul fut épargné, mais arrêté et déporté à Dachau.

DESIGNERbyBELLU - Paul Bouvot, vingt ans déjà

Libéré par l’armée russe le 10 juillet 1945, Paul Bouvot a vécu toute sa vie hanté par les images de la tragédie : le compagnon abattu sous ses yeux, la Traction criblée de balles, l’arrestation, le train dans la nuit glacée, le matricule gravé sur le bras. Dachau.

Paull passa de longs mois pour se réadapter à la liberté dans un établissement de la Croix Rouge, en Suisse, avant de revenir dans son Jura natal. 

Une carrière contrariée

Fils d’Auguste Bouvot, garagiste, et de Noémie Rozet, couturière, Paul Bouvot fait ses études au lycée Hyppolite Fontaine, à Dijon. En 1938, à l’âge de seize ans, il obtient son brevet industriel. À côté de l’école, les usines Terrot fabriquent des motos. Des belles motos… Il en rêve, de chevaucher un jour une de ces machines…

Un matin, l’adolescent se paie le culot de parler au directeur technique, Edmond Padovani. Les deux passionnés sympathisent mais la guerre les sépare aussitôt. Paul Bouvot part dans le Doubs, à Buffart ; il travaille comme ouvrier agricole pour échapper au STO et se lance dans la résistance… jusqu’au drame de Mouchard.

Ferrari 212.
Ferrari 212.

Après la Libération, il entre chez Labourier qui fabrique du matériel agricole à Pontarlier. Il y reste jusqu’en 1953. Un pis-aller ; car Paul a d’autres envies : piloter des motos de course et fabriquer des voitures de sport. Ces vœux sont exaucés : il participe à plusieurs courses avec son ami Jean Touzalin au guidon d’une Norton 750 et, pendant son temps libre, il construit plusieurs prototypes équipés de moteurs Simca, deux berlinettes et une barquette qui ont fière allure. Il aime aussi bricoler les nobles mécaniques d’une Bugatti ou encore d’une Ferrari 212 Inter dont il ose raccourcir le châssis ! Un tel savoir-faire devrait intéresser une grosse entreprise…

Peugeot 304 Berline
Peugeot 304 Berline

En 1956, un de ses amis présente Paul Bouvot à Simon Boschetti, directeur technique de Peugeot. Il est engagé sur le champ… Paul Bouvot travaille avec Henri Thomas, l’homme de la carrosserie qui s’est distingué dans les années 1930 en traçant la ligne « fuseau-Sochaux » chez Peugeot. Paul Bouvot lui succède en 1960 en tant que « conseiller extérieur attaché au bureau de style ». Une fonction délicate qui implique la modernisation du studio, la gestion de la concurrence avec Pininfarina et le rajeunissement de l’image de marque.

Ferrari California.
Ferrari California.

Paul Bouvot va s’y employer en acceptant cette position inconfortable jalonnée de frustrations. De loin en loin, il impose ses idées, comme le dessin du coupé 204, mais la plupart du temps il doit supporter l’autorité de dirigeants souvent partiaux. Pour conjurer le favoritisme consenti à Pininfarina, et afficher son versant rebelle, Paul Bouvot aime à exhiber sur le parking de La Garenne Colombes sa Miura dessinée chez… Bertone. Auparavant, il avait joué le jeu en roulant en Ferrari 250 GT California (la n° 2175/GT ex-Vadim et la n° 2935/GT ex-Alain Delon).

Paul Bouvot passe le relais à Gérard Welter en 1980. Les deux hommes se respectent et s’apprécient. Une page se tourne.

La vie d’artiste

Secrètement, Paul Bouvot mène la vie d’un artiste. Il fréquente les académies de peinture de Maryse Ducaire, Édouard McAvoy et Yves Brayer avant de se consacrer complètement aux arts plastiques après avoir quitté Peugeot. Il exprime son amour de la mécanique avec élégance et brio à travers des toiles généreuses et inspirées, sans cesse partagées entre le souci du réalisme et la tentation de l’abstraction, toujours dominées par la fulgurance du dessin et l’obsession de la sensualité. L’artiste se plait à transcender la beauté d’un moteur ou suggérer le mystère d’un alliage. Il prône la vérité du dessin, préférant l’allusion à l’affirmation. Dans certaines ambiances tragiques et masochistes, on discerne la résurgence des images des années de plomb.

DESIGNERbyBELLU - Paul Bouvot, vingt ans déjà

Il est l’ami d’amateurs éclairés. Pour Pierre Bardinon, il réalise une fresque impressionnante, une allégorie qui s’étire sur une quinzaine de mètres pour évoquer la vie du collectionneur, le récit picaresque de toute une vie embrassée dans un geste fougueux. L’œuvre est installée au Mas du Clos en juin 1990 pour couronner une indéfectible amitié tissée autour de passions communes pour la mécanique, le vin, la femme, l’amitié… Mais aussi les douleurs ancrées dans le passé.

Paul promène sa mèche rebelle et sa chemise rouge entre son atelier parisien de la place des Ternes et sa retraite de Porticcio, au sud de la Corse. C’est là, au bord du golfe d’Ajaccio, qu’il retrouve son chat et sa quiétude. Quand il accepte de se livrer, toujours avec pudeur, il évoque les années de la déportation, d’une voix doucement teintée d’accents franc-comtois. Il sait parler de ses passions avec un enthousiasme intarissable, avec en filigrane, une admiration indéfectible pour Ettore Bugatti ou Enzo Ferrari.

Il a abandonné son atelier pour les rejoindre il y a tout juste vingt ans, le 3 juillet 2000...

 

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Commentaires (8)

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Par

Un bien beau récit ... peut être aurait il fallu insister un peu plus sur le rôle majeur de ce designer chez Peugeot : la 204, première traction de la marque a été dessinée par ses soins : régulièrement dans le top 3 des ventes, elle a permis d'ouvrir à la marque le marché de la voiture moyenne, devenu majeur dans les années 70'.

La 304 lui a succédé, là encore, sous sa houlette. Deux bonnes autos fonctionnelles et rentables qui ont permis à la marque sochalienne de consolider ses positions.

Par

La fameuse 304 je l'avais complètement oublié.

Par

Après un petit passage à vide,Mr Bellu retrouve sa forme.De l'info,de l'Histoire,bien écrit:tout y est.

Par

En réponse à roc et gravillon

Un bien beau récit ... peut être aurait il fallu insister un peu plus sur le rôle majeur de ce designer chez Peugeot : la 204, première traction de la marque a été dessinée par ses soins : régulièrement dans le top 3 des ventes, elle a permis d'ouvrir à la marque le marché de la voiture moyenne, devenu majeur dans les années 70'.

La 304 lui a succédé, là encore, sous sa houlette. Deux bonnes autos fonctionnelles et rentables qui ont permis à la marque sochalienne de consolider ses positions.

Un de mes amis avait une 204 cabriolet rouge. Sympathique auto ! :biggrin:

Par

J'ai usé mes fonds de culotte sur la banquette arrière de deux 204.

Je fus un peu déçu en relisant un essai de la 204 dans un "Auto-Journal" de 1974 ( presque les dernières versions après 9 ans de carrière). Sans véritable défaut, elle n'était créditée d'aucune qualité marquante. Les Simca 1100, GS et autres AlfaSud avaient dû passer par là...

Pour l'anecdote, Paul Bouvot avait respecté à la lettre le dessin de Pininfarina, et les premiers prototypes ne dépassaient pas les 125 km/h, contre 140 attendus.

Il a donc remodelé la face avant pour en améliorer l'aérodynamisme et enfin permettre à la voiture d'atteindre la vitesse maximale prévue au cahier des charges. (source : Les sorciers du lion, Ed Calman Levy 1990).

Par

Merci pour l'anecdote ( si Cara pouvait reparler d'aéro un peu plus souvent au passage... ).

Pas bien étonnant qu'une caisse de 9 ans soit dépassée par des rivales plus récentes.

La 204 n'a jamais été transcendante...

Juste un passage réussi pour Peugeot à la traction, avec moteur tout alliage au passage, la proposition d'un diesel aussi, pas banal sur le segment ( 40 ch dans sa première version ! ), des dérivés coupé et cabrio qui ont tout de même changé grandement l'image Peugeot de l'époque ( comprendre gaulliste, cul-béni, faire comme papa m'a dit ). Un break bien conçu aussi.

Et à la clé auto la plus vendue en 69', 70' et 71'.

Le tout avec un style dû au monsieur évoqué dans cet article qui, sans être transcendant, a eu le mérite de ne choquer personne... on ne lui en demandait pas plus.

Par

Dans ce récit, je lis une première partie assez dramatique. Et la seconde commence avec une Ferrari 212 "raccourcie" - qui devait coûter une fortune à l'époque. Ce Mr Bouvot est donc soudainement devenu richissime ? S'il a acheté les Ferrari 250 de Vadim et de Delon avec son salaire de chez Peugeot, c'était drôlement bien payé !

Par

En réponse à roc et gravillon

Merci pour l'anecdote ( si Cara pouvait reparler d'aéro un peu plus souvent au passage... ).

Pas bien étonnant qu'une caisse de 9 ans soit dépassée par des rivales plus récentes.

La 204 n'a jamais été transcendante...

Juste un passage réussi pour Peugeot à la traction, avec moteur tout alliage au passage, la proposition d'un diesel aussi, pas banal sur le segment ( 40 ch dans sa première version ! ), des dérivés coupé et cabrio qui ont tout de même changé grandement l'image Peugeot de l'époque ( comprendre gaulliste, cul-béni, faire comme papa m'a dit ). Un break bien conçu aussi.

Et à la clé auto la plus vendue en 69', 70' et 71'.

Le tout avec un style dû au monsieur évoqué dans cet article qui, sans être transcendant, a eu le mérite de ne choquer personne... on ne lui en demandait pas plus.

Globalement d'accord avec ton commentaire ... sauf pour "la 204 n'a jamais été transcendente".

En 1965, année de sa sortie, qui sont ses concurrentes ? Rien chez Citroën, chez Renault les R8-R10 à l'habitacle étriqué et à la tenue de route fantasque, chez Simca la 1000 avec les mêmes défauts, en pire. En Allemagne, l'archaïque Coccinelle (la pire voiture que j'aie jamais conduite ...), les Opel Kadett et leur pont rigide, les poussives Ford Taunus 12M. En Italie, l'antique Fiat 1100 et la Fiat 1300, certes jolie mais techniquement dépassée. A cette époque, la seule concurrente à la hauteur venait d'outre-Manche, c'était l'Austin/Morris 1100, sortie 2 ans auparavant : traction avant, moteur transversal, 4 roues indépendantes, grand empattement, tout cela au bénéfice des qualités routières, de l'habitabilité et du confort.

Reprenant la même (bonne) recette, la 204 y ajoutait un moteur en alliage léger à arbre à cames en tête, avec une ligne sage mais moderne. Il faudra plusieurs années au gros de la concurrence pour rattraper le retard en passant à la traction AV et aux 4 roues indépendantes ! En 1970, ce sera Citroën qui assommera techniquement la concurrence avec l'extraordinaire GS.

En 1974 la 204 fut ma première voiture, elle n'était pas exempte de défauts (accessibilité mécanique moyenne, ventilateur débrayable à surveiller, courroie accessoires fragile, vidange tous les 5000 car huile commune avec la boîte) mais j'en garde un excellent souvenir :-) !

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