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Essai longue durée - 1 300 km en Jaecoo 5 : la dèche en Ardèche…

Dans Nouveautés / Nouveaux modèles

Alan Froli

C’est la crise : les voitures sont si chères que l’on ouvre grand la porte aux modèles chinois, plutôt réussis au demeurant, et notamment au déjà fameux Jaecoo 5 parrainé par Jean Reno. Reste à savoir si le produit satisfait dans la plupart des situations. C’est ce que nous allons voir avec cette boucle de 1 300 km qui va nous mener jusqu’à l’Ardèche. Au programme : un essai à moindre coût, comme le suggère ce féroce concurrent du Dacia Duster.

Essai longue durée - 1 300 km en Jaecoo 5 : la dèche en Ardèche…

Les opulents Range Rover, les fastueux hôtels, c’est fini (pour nous, ça n’a jamais vraiment commencé…). L’heure est à la sobriété et aux dépenses minimales. Direction un camping en pleine nature avec celui qui ressemble à un chic 4x4 britannique mais qui ne coûte finalement pas plus cher qu’un Duster hybride : le Jaecoo 5 dans sa version partiellement électrifiée « SHS-H ».

Imaginez : même en jetant son dévolu sur la version huppée Exclusive dotée notamment du toit vitré, d’un système audio Sony 8 HP, des caméras 540°, des sièges électriques et du hayon motorisé, la facture s’établit à seulement 28 990 €. Certes, il faut ajouter un malus global CO2 + masse de 430 €, mais la note reste inférieure à 30 000 €. Tentant !

Et a priori, tant lors du premier essai que du match face à son plus sérieux rival, à savoir le Dacia précité, le SUV compact low-cost venu de l’empire du Milieu nous est apparu honnête. Mais on ne le répétera jamais assez : si quelques heures suffisent à faire le tour de 80 % d’une voiture, cerner les 20 derniers pour cent réclame du temps et des kilomètres. C’est pourquoi nous avons choisi d’emmener ce Jaecoo à l’autre bout de la France, en cherchant un maximum de types de routes et de situations, et en espérant que les conditions de voyage se durcissent.

On sera servi… Cap sur l’Ardèche ! Et l’Ardèche dure, avec des oursins dans les poches : après tout, nous roulons dans une voiture low-cost. Nous séjournerons dans une tente, dans un camping en pleine nature qui propose des terrains nus à une vingtaine d’euros la nuit. Mon fidèle compagnon Alain, cadreur émérite, s’amuse de la situation, d’autant qu’il ne connaît pas ce charmant coin du sud de la France.

Essai longue durée - 1 300 km en Jaecoo 5 : la dèche en Ardèche…

De mon côté, j’ai tout le matériel nécessaire, ce qui permet d’ores et déjà de tester le coffre. Ça commence mal : entre notre modeste demeure en tissu imperméable, les matelas gonflables, les couvertures, et tout le nécessaire pour notre frugal dîner, les 410 litres sous tablette ne suffisent pas à accueillir également nos bagages.

Le Jaecoo pourrait faire mieux, notamment en replaçant sa batterie 12 Volts qui n’a rien à faire en plein milieu du bac sous le plancher (et qui empêche par ailleurs d’y loger une roue de secours). On se console en éparpillant quelques affaires dans le bac en polystyrène qui la recouvre. Fort heureusement, l’accumulateur du système hybride se situe sous l’habitacle, comme dans la version 100 % électrique (bientôt à l’essai). Vous êtes prévenus : si vous campez ou partez généralement très chargé en vacances, préférez un modèle plus logeable. Sinon, il faudra un coffre supplémentaire, sur le toit ou attelé. Nous prenons la route dans la matinée, après quelques prises de vues nécessaires au reportage vidéo.

Barbizon (77), 19 août, 10 h 30 du matin : notre Jaecoo 5 est prêt à prendre la route et à en dévoiler davantage sur sa véritable personnalité.
Barbizon (77), 19 août, 10 h 30 du matin : notre Jaecoo 5 est prêt à prendre la route et à en dévoiler davantage sur sa véritable personnalité.

Alain est inquiet : après plusieurs semaines de canicule dans l’Hexagone, la météo annonce des averses orageuses pile sur notre point de chute à quelques kilomètres de Vallon-Pont-d’Arc, plus précisément à Chauzon. J’avoue trouver ça dommage dans un premier temps : la perspective de bâtir notre nid douillet sous des hallebardes, de passer la nuit les pieds dans l’eau (voire plus) et d’être traversé par un éclair ne m’enchante pas. Finalement, je me réjouis. Déjà parce qu’il sera toujours possible de dormir dans la voiture, et aussi parce que l’essai n’en sera que plus complet avec la mise à l’épreuve des essuie-glaces et de la tenue de route sous la pluie.

En attendant, les premiers kilomètres sur l’autoroute se déroulent bien, même si les 58 € de péage sont déjà peu en accord avec notre voyage à bas coût. Le Jaecoo 5 se révèle même particulièrement à l’aise à haute vitesse : le moteur électrique synchrone à aimant permanent de 204 ch et son homologue thermique, pour rappel un quatre cylindres turbo essence de 143 ch assez riche en couple (215 Nm de couple dès 2000 tr/mn), entraînent alors tous les deux les roues avant via un pignon fixe (comprenez qu’il n’y a pas de boîte de vitesses). Autour de 120 ou 130 km/h, on dispose donc quasi instantanément des 224 ch cumulés.

Roi de la voie de gauche !

Sur la voie de gauche de la vertigineuse montée du col de Bessey-en-Chaume qui fait grimper l’autoroute A6 à quasiment 600 m d'altitude, le Chinois ne faiblit pas et prend même de la vitesse avec une déconcertante facilité malgré le poids de l’embarcation (environ 1 550 kg à vide + deux passagers pas maigres et le barda). Limiteur ou régulateur de vitesse conseillé, d’autant que la poussée à cette allure devient vite grisante. Si vous vous rendez régulièrement sur les « Autobahns » illimitées d’Allemagne, vous risquez d’en surprendre plus d’un jusqu’à la vitesse maximale de 175 km/h. Pour ne rien gâter, le bruit du bloc essence est contenu, fonctionnement à bas régime typique d’un modèle turbo oblige.

Assurément, cette partie du voyage serait bien moins confortable avec un Dacia Duster hybride, dont le système se montre moins performant, tant du côté du moteur électrique que du bloc 1.8 atmosphérique. Non seulement le Roumain dispose de « seulement » 155 ch cumulés, pas toujours suffisants en montée face à son poids, mais la boîte auto est contrainte de rétrograder souvent pour trouver de la puissance dans les tours, avec pour revers un bruit bien présent dans l’habitacle. Et c’est un lent système quatre vitesses (côté thermique) à crabots qui s'en charge.

Bref, on est mieux ici, d’autant que la consommation en carburant reste raisonnable dans ces circonstances avec seulement 6,1 l/100 km constatés depuis le début, juste après avoir quitté le grand axe à hauteur de Montélimar. La pluie s’abat sur nous et nous rappelle que, quel que soit le modèle, les systèmes d’essuie-glaces automatiques ne sont toujours pas au point plusieurs dizaines d’années après leur invention.

Pas d’inquiétude en termes de tenue de route sur les départementales : à basse vitesse, seul le moteur électrique entraîne les roues, le thermique étant utilisé uniquement comme générateur. La puissance délivrée, plutôt modeste, n’engendre alors que rarement des amorces de patinage, vite annihilées par les aides à la conduite.

Encore frais, nous gagnons notre camping vers 19h. Il me faut encore monter la tente sans autre aide que mes souvenirs de jeunesse : je n’ai pas pratiqué la chose depuis longtemps, et Alain doit filmer ce que je fais pour que vous puissiez vous moquer. Coup de bol, il ne pleut plus… Jusqu’à ce que je finisse mon assemblage et mette l’eau sur le feu pour notre sachet de pâtes que nous mangerons sans beurre (on ne peut pas penser à tout). Oui, ce soir aussi, on a décidé de faire attention aux dépenses !

La tente est montée en une heure, juste avant que la pluie ne revienne. Ouf !
La tente est montée en une heure, juste avant que la pluie ne revienne. Ouf !

Retour par les petites routes !

Nuit horrible : les averses orageuses promises ont bien eu lieu. Si le sommeil d’Alain fut remarquablement imperturbable, ce ne fut pas le cas du mien : impossible de fermer l’œil entre 2h et 5h. Heureusement, nous sommes restés secs. Nous reprenons la route en fin de matinée après un rapide passage par Vallon-Pont-d’Arc.

L’objectif aujourd’hui : emprunter les petites routes, non seulement gratuites mais qui mettront le comportement routier de notre Jaecoo à l’épreuve. Direction le Puy en Velay en passant par Planzolles, le col de Meyrand, Lanarce. Ça tourne, ça grimpe, et notre SUV n’est pas des plus à l’aise. Non pas qu'il n'aime pas les virages : au contraire, bien que sa direction manque de ressenti, il parvient à tourner sans forcer.

Mais le système hybride est à court de ressources dans ces conditions, et pour cause : en dessous de 80 km/h, le bloc thermique n’est quasi jamais connecté aux roues. Et ensuite, la puissance maxi n’arrive que progressivement jusqu’à 100 km/h. Pire : si la batterie n’a pas suffisamment rechargé lors des descentes ou décélérations, impossible de disposer de tous les watts du moteur électrique, même si le quatre cylindres tourne à plein régime. Le compteur de puissance en témoigne avec guère plus de 50 ou 60 % de la cavalerie cumulée disponible en sortie d’épingle. Pénible, surtout sur petites départementales de montagne.

Culminant à 1371 m, le col de Meyrand a donné du fil à retordre au système hybride du Jaecoo 5, insuffisamment puissant en sortie de virage serré.
Culminant à 1371 m, le col de Meyrand a donné du fil à retordre au système hybride du Jaecoo 5, insuffisamment puissant en sortie de virage serré.

Dans ces conditions, les relances sont laborieuses, ce qui peut même s’avérer dangereux quand on veut dépasser. De fait, on renonce ou… on prend le risque de terminer la manœuvre. Ce qui ne devrait jamais arriver avec une voiture qui affiche la puissance d’une Golf 7 GTI à sa sortie (220 ch), autrement vive en reprises, surtout avec une boîte auto DSG6. D’ailleurs, nos mesures déçoivent : quand la Volkswagen ne demandait que 4 secondes environ pour passer de 80 à 120 km/h, le Chinois réclame… 7 secondes. Pour sûr, un Duster hybride n’annonce que 155 ch, mais il les met à disposition en permanence.

Ultra-doux en ville !

Ça va mieux quand ça redescend, particulièrement une fois la civilisation retrouvée au Puy-en-Velay. Non seulement le point de départ des pèlerins vers Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne est agréable à visiter, mais ses petites rues mettent notre Jaecoo à l’épreuve du savoir-vivre en communauté. Et il se montre particulièrement discret, avec des phases en tout électrique nombreuses, donc zen et… économe en carburant puisque la consommation oscille alors autour de 4 l/100 km. On apprécie aussi la légèreté de sa direction en manœuvres, son diamètre de braquage de 10,90 mètres (plutôt court pour un SUV de 4,38 m de long) et les vitres de custode de bonne taille, gage d’une visibilité correcte même si les montants arrière restent larges.

Le temps presse : 17 h sont passées quand Alain met en boîte les dernières images en ville. Et comme nous restons radins, nous privilégions les grands axes gratuits pour rentrer : certes, remonter à Clermont-Ferrand par l’A75, puis de Moulins à Nevers par la N7 et enfin vers la région parisienne par l’A77 fait perdre 2 heures par rapport au trajet A71/A10, mais on épargne 43,40 €. Un gain à l’heure qui fait rêver bien des travailleurs !

Il nous faut 8 heures pour réaliser le parcours retour, et même un peu plus puisque nous ferons une pause carburant pour la voiture comme pour ses occupants. L’occasion, encore une fois, de louer le bon niveau de confort du Jaecoo. Non seulement l’amortissement se montre prévenant, mais son équipement est aux petits soins, avec notamment des sièges chauffants et ventilés. Hélas, malgré ces deux grosses journées de pratique, nous nous y perdons toujours autant dans les menus de l’écran central.

Je dépose mon acolyte au milieu de la nuit en proche banlieue parisienne. Nous sommes plus fatigués par le marathon que nous venons de réaliser que par la voiture, finalement de bonne compagnie à peu près partout sauf sur les routes de montagne. Ça tombe bien, je n’en ai plus à affronter jusque chez moi, dans l’Oise. J’y constaterai, et cela clôturera ce voyage, un éclairage correct en rase campagne, sans plus, avec une couleur « blanc froid » et des coupures nettes typiques de projecteurs à LED, mais une puissance moyenne.

Verdict : bon en ville et sur autoroute, décevant sur route…

Tout n’est pas rose : tentant par son rapport prix/puissance/équipement, le Jaecoo 5 ne déçoit ni en ville où il se montre zen et sobre, ni sur autoroute où la puissance disponible lui donne des ailes. En outre, il est confortable et tient bien la route. Mais son système hybride manque cruellement de répondant sur route où l’on a besoin de relancer, et particulièrement en montagne. Et si son habitacle est spacieux, lumineux et agréable, son ergonomie et son volume de coffre limité déçoivent plus que jamais. Enfin, il faut apprécier le look copié sur le Range Rover…

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Sympas, les nouveaux SUV chinois Jaecoo et leur style franchement inspiré des Range Rover, surtout à des tarifs oscillant entre 27 000 et 38 000 €. De là à abandonner l’idée de rouler en Land, il y a un pas que beaucoup d’adeptes ne souhaitent pas franchir. Soit, va pour un « dandy de grand chemin » d’occasion. Après tout, les propositions ne manquent pas sur les sites spécialisés. Jetons-y un œil…

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