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Faut-il encore acheter une voiture ?

Dans Economie / Politique / Marché

Jean Savary

Avec un bond de presque 50 % au mois de mai, le marché automobile reprend des couleurs. Mais pas la santé de l’avant Covid. Pourquoi achetons-nous moins de voitures ? L’économie n’explique pas tout.

Faut-il encore acheter une voiture ?

Depuis trente ans, pas une réunion de famille, un enterrement ou un mariage sans que l’on me demande quoi acheter « comme voiture ».

Jusqu’à il y a peu, on me demandait ce que je pensais de la Schprountz XTZ et je répondais qu’au même prix, voire moins cher, la Truxmush 412 était un cran au-dessus et probablement plus fiable. Forcément, le cousin ou le tonton achetait quand même la Schprountz, dont il avait de toute façon déjà signé le bon de commande. Quitte à me reprocher plus tard de la lui avoir conseillée…

Aujourd’hui, il y a moins de curiosité, plus d’anxiété.

La voiture, c’est mal, ça pollue, ça va être interdit, comment avoir envie d’acheter ?

D’ailleurs, les questions ne portent plus sur un modèle, ni même une marque – dont ils se tamponnent autant que des partis politiques. On m’interroge désormais sur les technologies, les énergies…

Plus compliqué que de départager les vertus des breaks et des monospaces. D’ailleurs, on ne me parle plus des uns ni des autres et tout juste des SUV ; ce n’est plus le sujet, on est entré dans le dur.

L’électrique, est-ce bien éthique ?

L’hybride rechargeable, est-il fiable ?

L’E85 est vraiment sain ?

Le gaz de pétrole liquéfié, on peut s’y fier ?

Des questions simples pour des réponses compliquées…

Des débats d’arrière-garde

Ce n’était déjà pas simple d’expliquer pourquoi le diesel Zdi de la Schprountz tomberait en panne à force de déposer les enfants à l’école avant d’aller au boulot à peine plus loin. Ou pourquoi, consommer 4,7 l/100 km comme dans le prospectus est impossible avec un SUV essence, sauf à 70 km/h et vent dans le dos. Mais au moins, ça les intéressait.

Là, je les vois piquer du nez dans le fraisier ou se resservir un cognac quand je tente de leur démontrer que le GPL ne peut rien pour la planète, en quoi l’hybride n’est rien d’autre qu’une alternative non nocive au diesel ou pourquoi l’E85 ne sera jamais le carburant universel.

Faut-il encore acheter une voiture ?

Tout cela les laisse perplexes. Ils voient bien que le bon vieux moteur à explosion compte ses jours. Il faudra rouler en électrique alors ? Ça ne les enchante guère et surtout, ça ne leur fait pas envie. L’électrique d’accord, mais attendons qu’il y ait des bornes partout et qu’on puisse faire 950 km sans recharger. Comme leur HDI ou dCi ; qu’ils vont garder en attendant. À moins d’acheter une occasion essence et y faire installer un kit flexfuel. En attendant que ça se décante…

La valeur attend le nombre des années

Et pour ceux qui veulent bien encore acheter et même du neuf, j’ai un nouveau truc pour m’épargner le pensum entre la poire et le fromage et tourner court et même très court, genre au frein à main : « Prends ce qui te plaît, mais surtout ne l’achète pas. »

- Pardon ?

- Loue-la, avec option d’achat ou en LLD, comme un appartement. Aujourd’hui, ça marche aussi pour l’occasion.

- Et pourquoi ? C’est plus cher, non ?

- Plus cher, moins cher, ça dépend de combien ta voiture vaudra quand tu la revendras.

- Je les ai toujours bien revendues…

- Oui, mais ça c’est fini. 

Et d’expliquer au cousin que ce qui fait la valeur d’une voiture dans cinq ans, c’est sa valeur projetée dans 10 ans. Que ce qui fera sa valeur dans dix ans sera sa valeur projetée dans 15 ans, et cætera jusqu’au broyeur.

Or, dans 15 ans, nous serons en 2036, bien des villes auront banni les moteurs thermiques, les constructeurs n’en produiront plus que très peu – et plus du tout en 2040 voire avant. Que vaudra une voiture promise au bannissement ?

- D’accord, mais si j’achète une électrique ou une hybride rechargeable ? Elles seront toujours autorisées, elles…

- Oui, mais ce n’est pas à toi de supporter le risque d’une mauvaise revente, de pépins après la garantie, d’une décision politique ou d’une technologie qui ne vaudra plus rien quand tu voudras changer.

Faut-il encore acheter une voiture ?

Quand la revente est décevante…

Pour les convaincre, j’ai trois exemples qui donnent matière à réflexion :

1- La Laguna 2. Celui qui s’est offert en 2001 la nouvelle Renault et tous ses super gadgets innovants faisait un achat de père de famille. Renault faisait alors dans le costaud. Sauf que ce modèle a accumulé les pépins jusqu’à se faire une réputation de nid à emm… à enquiquinements et à être invendable sauf à prix bradé.

Parmi les nouvelles et futures électriques, où se cache la Laguna de demain ?

2- Le diesel, ça pollue. En 2012, ils étaient les trois quarts des acheteurs à s’en tamponner. Ils votaient dCi, TDI ou HDI pour mieux les revendre. Et en prime – c’est le mot – parce que l’État leur accordait un bonus CO2 : le diesel, c’était mauvais pour les poumons, mais bon pour la planète.

Automne 2015, survient le scandale VW qui en hiver devient le « dieselgate » et n’épargne aucun constructeur. En 2017, celui qui revendait un diesel se mordait les doigts de n’avoir pas pris une essence ou une hybride. Et pour ceux qui ont persisté dans le D, la revente va devenir très, très compliquée…

L’électrique n’est pas à l’abri de ce genre de cygne noir. Si demain, un grave accident nucléaire déclenche un « atom gate », remet en cause la prolongation des centrales existantes et oblige à un revirement ou à une diète énergétique avec une électricité surtaxée pour parer à la pénurie, que deviendra la voiture électrique ?

3- La Zoé. Une électrique bien moins chère grâce à la batterie en location, c’était la bonne affaire, avec en prime la garantie d’avoir toujours des accus en pleine forme.

Sauf que le plus petit des loyers (1 000 km/mois) coûtait aussi cher que… 1 000 km de gazole. Sauf aussi qu’à la revente, la location de batterie ne subissait, elle, aucune décote, ce qui n’est pas facile à expliquer à l’acheteur… Puis, un nouveau modèle promettant, quasi au même prix, deux fois plus d’autonomie… Bref, à la revente, ces Zoé à batteries en bail ont souvent été bradées à 50 ou 60 % du prix affiché. Les premières Nissan Leaf, Peugeot Ion et Citroën C-Zéro ont subi des décotes encore plus sévères avec leurs autonomies dérisoires. La C-Zéro de la photo aura décoté de 2 € du kilomètre parcouru, soit 16 000 € ou les deux tiers de son prix d’achat bonus déduit, en six ans… Être un pionnier n’est pas donné…

Ce sera encore longtemps le « charme » de la voiture électrique : durée et intensité de charge, autonomie, performances, chaque nouveau modèle ringardise bien plus le précédent qu’une thermique sa devancière.

Faut-il encore acheter une voiture ?

Raison ou instinct… de propriété ?

Ces trois exemples, trois bonnes raisons de laisser au vendeur ou au constructeur le souci de la revente, sont de plus en plus entendus. Aucun instinct de propriété ne résiste à la perspective d’assumer financièrement un bug technologique ou une décision politique.

Ce qui semblait inconcevable à beaucoup il y a peu encore – ne pas posséder de voiture – devient l’évidence même et gagne même le marché de l’occasion. Comme être le locataire d’une maison qui appelle le bailleur si le toit fuit et envoie son préavis le jour où une porcherie s’installe sur le terrain d’à côté.

Louer plutôt qu’acheter, c’est déjà le choix fait par plus de la moitié des « acheteurs » particuliers et c’est autant, sinon d’avantage que la conversion à l’électrique, le signe d’une révolution de notre rapport à l’automobile. 

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