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« Ils sont nuls en voitures électriques » - Les journalistes de France 2 se font étriller par les spécialistes

Après la rédaction de TF1, c’est celle du 20H de France 2 qui essuie de violentes critiques par les médias spécialisés dans l’automobile électrique et sur les réseaux sociaux. Leur tort ? Avoir abordé un voyage en voiture électrique comme des automobilistes néophytes de cette technologie, et non pas de vrais spécialistes de l’électrique.

« Ils sont nuls en voitures électriques » - Les journalistes de France 2 se font étriller par les spécialistes
Une Citroën ë-C3, comme celle du reportage de France 2.

« C’est voulu, ça vient d’en haut » ; « Comme par hasard, la borne fonctionne quand j’y vais alors qu’elle était soi-disant en panne dans leur reportage ». Voilà le genre de commentaire à la teneur plus ou moins complotiste qu’on pouvait lire sur les réseaux sociaux ou dans des vidéos Youtube de spécialistes de l’électrique, après la diffusion en 2024 d’un reportage de TF1 dans lequel un journaliste de la rédaction a réalisé un trajet de « vacances » entre Villeneuve-d’Ascq et Étretat.

Le reportage en question, réalisé par un journaliste découvrant totalement la technologie des voitures électriques, cumulait à peu près toutes les erreurs classiques d’une personne peu habituée aux usages de ce genre de véhicule (avec tout ce que cela implique de choix de recharge). S’il manquait clairement de précision technique et de pédagogie sur ces technologies encore très nouvelles pour le grand public, il avait au moins le mérite d’illustrer parfaitement le comportement d’un automobiliste « lambda » peu averti sur les voitures électriques, soit la majorité des Français qu’il reste à convaincre pour que leurs ventes progressent encore (30 % des voitures neuves sur le dernier mois de juin tout de même).

Au tour de France 2

Un autre reportage du 20H, cette fois celui diffusé par France 2 le 2 juillet dernier, vient à nouveau de susciter de vives réactions auprès des spécialistes et adeptes de la voiture électrique. Il montre un journaliste de la chaîne de télévision qui se lance dans un trajet entre Paris et Les Sables d’Olonne. La voiture utilisée ? Une Citroën ë-C3 44 kWh, évidemment pas la meilleure « familiale » pour les longs trajets avec son autonomie WLTP de 311 km (ou à peine plus de 170 km en réel à 130 km/h quand il fait froid comme nous l’avions relevé lors d’un périple épique).

Déjà, une première salve de commentaires estime que le choix de la voiture est « à charge contre l’électrique », puisque les journalistes de France 2 choisissent une citadine « conçue pour la ville ». En cela, ils nient aussi le fait qu’une citadine polyvalente de ce genre également proposée en version thermique, facturée au minimum 23 850€ avant bonus en électrique avec les « grosses batteries »), possède une capacité de charge rapide et ne peut pas se concevoir à ce prix comme une simple microcar urbaine sans permis.

Des erreurs de débutants classiques

Lors du premier arrêt sur l’autoroute, le journaliste commet déjà une erreur : arrêté à une station Ionity, il se branche sur une borne en courant continu limitée à 50 kW de puissance. Il semble faire ce choix en raison de l’occupation de toutes les autres bornes plus puissantes (350 kW), expliquant « qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser des bornes plus puissantes avec ce modèle et que ce point de charge permet d’avoir de l’électricité moins chère à 0,39€ du kWh ». Cette dernière affirmation est vraie mais il semble ignorer que sa citadine peut charger à 100 kW de puissance maximale et qu’il perd donc beaucoup plus de temps en se limitant à 50 kW.

Sur la suite du trajet, il priorise visiblement les bornes les moins chères via des applications pour smartphone comme A Better Route Planner et commet d’autres erreurs : il sort d’abord de l’autoroute pour rallier une borne limitée à 22 kW en courant alternatif (sachant que l’auto ne prend que 7,4 kW au maximum), puis repart lorsqu’il découvre la lenteur de cette solution (effectivement plutôt conçue pour la recharge à destination ou pendant la nuit). Il termine ensuite sur une autre station de charge rapide Ionity et ne refait cette fois pas d’erreur de borne, au prix d’un tarif inévitablement plus élevé. Il comptabilise au final 2h09 de temps de charge total sur le trajet et 64€ de budget pour cela, alors qu’il était théoriquement possible de perdre beaucoup moins de temps (40 minutes de charge et 30€ avec une batterie pleine au départ de Paris d’après les applications).

Est-ce une mauvaise façon d’expérimenter la chose ?

Comme pour le reportage de TF1 sur le même sujet, donc, les spécialistes critiquent le fait qu’on laisse des néophytes du roulage en voiture électrique réaliser un tel reportage avec des erreurs techniques et un portrait négatif de ce genre d’expérience. « Un propriétaire part de chez lui batterie pleine, rechargée la nuit pour 8 à 9 € au tarif domestique en heures creuses, bien en dessous du tarif public », écrit par exemple Frandroid, rappelant que partir avec des batteries pleines rechargées à 100 % chez soi permet de descendre drastiquement la facture. « Avec deux arrêts rapides bien placés et une carte d’abonnement, ce Paris, Les Sables-d’Olonne tombe autour de 40 euros, sous l’heure de charge cumulée », ajoute le journaliste du média avec justesse.

Mais justement, doit-on considérer que les automobilistes possèdent nécessairement un point de charge à domicile et une carte d’abonnement permettant de réduire les forfaits en charge rapide sur l’autoroute ? Si non, les tarifs mentionnés par le journaliste de France 2 restent conformes à la réalité d’un « électromobiliste » n’ayant que très peu d’occasions de voyager loin avec son véhicule et donc, pas l’utilité d’une carte d’abonnement nécessitant de payer tous les mois. Par ailleurs, l’électricité sur borne publique en ville peut aussi être chère et même subir des variations de prix impressionnantes, comme démontré dans une étude récente de la CLCV.

Reste les erreurs factuelles du reportage, imputables ici au manque d’expérience du journaliste en la matière (tous les utilisateurs réguliers des voitures électriques ont commis les mêmes erreurs au début). Demander l’avis d’un spécialiste de la chose avant le montage du reportage aurait été judicieux, certes, mais la teneur de ce reportage ne transcrit-il pas fidèlement ce que vit tout débutant dans ce genre de périples ? Surtout, quel degré d’expertise doit-on exiger de la part de monsieur tout le monde en matière d’utilisation des voitures électriques ? Faudrait-il prévoir une formation qu’on enseigne par exemple dans les auto-écoles, rien que sur la différence entre courant alternatif et courant continu ? Dans tous les cas, il n’apparaît pas certain que les postures parfois un peu méprisantes formulées par les vétérans passionnés de la charge sur le retour d’expérience de novices de l’électrique, ne partageant pas forcément l’envie de composer avec ce genre de contraintes surtout lorsque leur situation le permet moins, sont de nature à inciter le grand public à se tourner vers cette technologie.

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